Gironde
Epsilon Composite et Nova Carbon construisent une économie circulaire de la fibre de carbone
Gironde # Industrie # RSE

Epsilon Composite et Nova Carbon construisent une économie circulaire de la fibre de carbone

S'abonner

La PME Epsilon Composite et la start-up Nova Carbon collaborent dans l’objectif de créer une "nouvelle boucle d’économie circulaire" autour de la fibre de carbone. Ce programme industriel doit permettre à Epsilon d’intégrer l’éco-conception à sa production. L’industrialisation des nouveaux produits recyclés est espérée pour 2026.

Hugo Cartron (à gauche) et Vincent Gamboa, cofondateur de Nova Carbon, ont signé fin février un partenariat stratégique avec Alexandre Lull, dirigeant d’Epsilon Composite — Photo : Nova Carbon

Le lien existait déjà, mais il passe à une toute autre échelle. Fin février, la PME girondine Epsilon Composite (230 salariés, environ 33 M€ de CA), conceptrice et fabricante de pièces en matériaux composites à base de fibre de carbone, a annoncé un ambitieux partenariat avec la start-up girondine Nova Carbon, qui développe une matière produite à partir de déchets de cette même fibre.

Son objectif : créer une nouvelle boucle d’économie circulaire, en intégrant les déchets de production d’Epsilon dans le matériau de Nova pour que la PME puisse recréer une nouvelle fibre éco-conçue.

Plusieurs cycles de vie

Epsilon, dont le procédé phare est la pultrusion - fabrication en continu automatisée de profilés, notamment pour les lignes à haute tension - y voit un moyen d’intégrer des composites plus écologiques sur des marchés cibles comme l’énergie (fabrication de pâles d’éolienne, par exemple), le bâtiment (renforcement structurel) ou les transports.

"Le procédé de Nova Carbon conserve les fibres longues, assez pour maintenir 80 % des propriétés mécaniques".

Les deux sociétés espèrent ainsi trouver des débouchés à cette nouvelle matière, à plus forte valeur ajoutée. "Dans les matériaux recyclés, en général, la matière est coupée et broyée en petites longueurs. Le procédé de Nova Carbon conserve les fibres longues, assez pour maintenir 80 % des propriétés mécaniques", détaille Alexandre Lull, directeur général délégué d’Epsilon.

"Le tout pourrait, si l’industrialisation est concluante, avoir des coûts compétitifs. Sans compter qu’on peut potentiellement recycler plusieurs fois la matière ", abonde Hugo Cartron, cofondateur de Nova Carbon.

40 000

Les promesses ont déjà de quoi séduire le secteur, qui produit chaque année environ 150 000 tonnes de fibre de carbone vierge au niveau mondial, chacune générant une quarantaine de tonnes de CO2 par tonne de fibre. On estime le volume annuel de déchets de cette industrie en expansion à environ 40 000 tonnes par an. Et 90 % des produits en fin de vie finissent à l’incinération ou à l’enfouissement.

Un enjeu de filière

"La décarbonation est un enjeu de filière. Nous souhaitons, demain, pouvoir réutiliser nos chutes dans nos propres procédés de production et trouver des débouchés à cette matière, explique Alexandre Lull. Le bilan carbone de notre procédé, basé sur la déstructuration et la ré-agglomération de la fibre pour créer de nouvelles bobines de ruban, est au minimum 10 fois moins énergivore que la production de fibre vierge", assure Hugo Cartron.

Vers l’industrialisation

Soutenue par l’Ademe et la Région Nouvelle-Aquitaine (100 000 euros), l’initiative baptisée Ormat va boucler sa première phase, servant de preuve de concept, mi 2025, avant une deuxième phase d’industrialisation l’année suivante.

"La phase 1 a montré que c’était faisable, on a des pièces. Maintenant, il faut améliorer le produit, ce qui passera sans doute par une optimisation du procédé d’Epsilon", révèle Hugo Cartron. Tout l’enjeu pour Epsilon reste donc de rendre la matière de Nova compatible avec les performances mécaniques, esthétiques et dimensionnelles de son propre procédé.

"Nous visons 10 % d’éco-conception dans nos produits dans un premier temps, un seuil que nous espérons augmenter progressivement. Pour cela, nous allons devoir impliquer nos clients dans la démarche. Certains sont déjà demandeurs pour valoriser leur propre démarche RSE", termine le dirigeant d’Epsilon.

Déploiements industriels

Si le fabricant girondin de pièces en fibre de carbone se pose à la fois en fournisseur et en transformateur pour Nova, il sera le premier mais pas le seul. La start-up, dont la capacité de production est actuellement inférieure à 10 tonnes par an, espère atteindre plusieurs dizaines en 2026 et centaines en 2027, "ce qui nécessitera une levée de fonds plus importante". Elle en a malgré tout bouclé une d’un million d’euros, discrètement, le mois dernier.

"Nous avions déjà levé 1,4 million d’euros en juin 2024. Les fonds historiques viennent de réinvestir à hauteur d’un million. Nous avons également reçu environ un million de plus en investissement non-dilutif (Bpifrance, Ademe, Région, Europe), soit un peu plus de 3 millions en tout", révèle Hugo Cartron.

Nova s’étend, Epsilon prépare la création de nouvelles usines

Nova, basée à Mérignac (Gironde), pousse déjà les murs de ses locaux de 800 m2 pour en ajouter 300 de plus dédiés à la création de sa première ligne industrielle. Elle espère passer de 9 salariés actuels à 12 fin 2025 et doubler encore ce chiffre l’an prochain. Epsilon, de son côté, prépare la création d’usines en Inde et aux États-Unis.

Gironde # Industrie # RSE # Innovation # PME # Start-up