Dans la famille Erussard, je demande le petit frère ! Si Victorien Erussard est déjà un entrepreneur bien connu du territoire bretillien comme pionnier des bateaux fonctionnant à l'hydrogène (Energy Observer), le Malouin Franck Erussard pourrait bientôt aussi se faire un nom. Comme son aîné, Franck Erussard est engagé sur la décarbonation du secteur maritime. Au sein du laboratoire de recherche bretillien Elphéon (siège à Bains-sur-Oust près de Redon), cet officier de la marine marchande et ingénieur commercial de métier a mis au point, aux côtés de trois amis ingénieurs, une hélice qui pourrait bientôt équiper une partie des 100 000 navires de commerce en transit sur les eaux du globe. Il est associé dans l'affaire à Philippe Bossis, Jean Le Pavec et Guillaume Bastide. Les associés partagent des compétences spécifiques et complémentaires dans les domaines de l'ingénierie, du design, du développement commercial et du marketing.
Économie de fioul
L'hélice NVZ, du nom de la technologie brevetée d'Elphéon, est pleine de promesses. Grâce à un nouveau mode de propulsion, elle améliorerait significativement le rendement des navires (de l’ordre de 15 % a minima). En matière de consommation de carburant, l’économie de 300 tonnes de fioul lourd par jour est ainsi avancée. Soit 23 000 euros environ, en plus d’une "réduction drastique de l’impact environnemental", pointe la SAS. Mais l'innovation d'Elphéon va aussi offrir comme autres avantages : des traversées plus rapides, une durée de vie augmentée des navires, une réduction de l'usure des pièces, des vibrations réduites, moins de bruit (le bouillon à l'arrière des navires)… Et ce n'est pas tout. Grâce à un système de rétrofit intelligent, les anciennes hélices peuvent être refondues pour fabriquer les nouvelles, minimisant ainsi l'impact écologique et les coûts de transition.
Début de la phase de commercialisation
En tant que dépositaire de l’invention, Elphéon, société créée dès 2011, va maintenant entrer dans la phase active de commercialisation de sa licence d’exploitation auprès des acteurs du maritime. "On va adapter nos différentes hélices avec des réglages sur mesure selon la taille des navires", expose Franck Erussard, qui souhaite pouvoir recruter des ingénieurs et avocats dans cette nouvelle étape clé pour l’entreprise. Sa stratégie de pénétration cible d’abord les navires marchands, particulièrement sensibles aux économies de carburant. L’objectif est d’équiper quelques navires tests en 2026 et d’atteindre 2 % de la flotte mondiale d’ici à 2032. Une telle part de marché lui permettrait de générer un chiffre d’affaires de 134 millions d’euros, dévoile Franck Erussard. Son invention va aussi intéresser les paquebots, les remorqueurs, les navires militaires…
Une levée de fonds en cours
Pour pouvoir adapter sa technologie "dans les deux ans qui viennent" et commercialiser ses premières licences, Elphéon a un besoin de financement de 4 millions d’euros pour l’année 2025, ce qui correspond à 16 % des parts sociales de l’entreprise. "Nous avons été contactés par plusieurs fonds (mais aussi la famille nordiste Mulliez, NDLR) mais nous voulons avant tout trouver de belles âmes qui soient en adéquation avec notre projet", prévient Franck Erussard. L'engagement au territoire breton et à la transition écologique sont des valeurs recherchées par les associés bretons.
Une technologie qui va au-delà du maritime
La vision d’Elphéon ne s’arrête pas au seul secteur du maritime. Adaptable, son hélice a aussi un potentiel de transformation des secteurs de l’aéronautique et des énergies renouvelables (hydroliennes, éoliennes, pompes à chaleur…). "Notre technologie, nos algorithmes, peuvent être adaptés à énormément de choses, on veut tout remettre en cause dans les systèmes de propulsion", prévient Franck Erussard. 2025 devrait consacrer l’envol de la société.