Elkedonia annonce une levée de fonds d’amorçage de 11,25 millions d’euros. Que va vous permettre ce financement ?
Nous venons de créer Elkedonia, en spin-off d’Argobio, en mars 2025. Il s’agit d’un financement co-dirigé par Kurma Partners, WE Life Sciences et le fonds French Tech Seed géré par Bpifrance, avec la participation d’Argobio et de plusieurs investisseurs historiques et nouveaux. Cette levée de fonds va nous permettre, entre autres, de poursuivre les tests précliniques de nos candidats-médicaments, d’optimiser notre série chimique et nos biomarqueurs, ainsi que de renforcer notre équipe avec des expertises clés, en France et en Belgique.
Cette innovation va-t-elle permettre une nouvelle approche du diagnostic psychiatrique ?
Aujourd’hui, le diagnostic en psychiatrie repose essentiellement sur des questionnaires réalisés avec un psychiatre, ce qui reste subjectif. Nous pensons qu’il est temps d’introduire des éléments objectifs et mesurables : des biomarqueurs détectables dans le corps, associés à des outils d’imagerie cérébrale.
Ces biomarqueurs seraient des signaux biologiques spécifiques, permettant d’identifier plus précisément les patients atteints de dépression, d’anticiper leur réponse au traitement, et de mieux suivre l’évolution clinique au fil du temps.
Concrètement, en mesurant ces biomarqueurs et en observant les images du cerveau, on pourrait mieux comprendre la nature de la dépression de chaque patient, adapter les traitements de façon personnalisée, et suivre leur efficacité avec plus de précision.
Quels types de traitements développez-vous ?
Nous travaillons sur des molécules appelées neuroplastogènes, capables de restaurer rapidement la capacité du cerveau à s’adapter et à se réparer, sans provoquer d’effets hallucinogènes.
Notre objectif est de proposer une alternative plus rapide et non addictive aux antidépresseurs classiques, notamment pour les cas de dépression résistante aux traitements habituels.
Pour cela, nous développons une molécule qui agit sur une protéine appelée Elk-1, qui joue un rôle clé dans la façon dont les neurones réagissent au stress. En temps normal, une réaction brève au stress est saine et protectrice, mais quand cette réponse se prolonge anormalement, elle peut devenir pathologique et entraîner une dépression.
Aujourd’hui, certains traitements comme l’eskétamine (Spravato) apportent un soulagement rapide, mais présentent un risque de dépendance. Notre ambition est d’offrir un traitement plus sûr, capable non seulement de soulager la dépression, mais aussi, potentiellement, d’inverser certains mécanismes liés à la dépendance.
Où en sont les travaux ?
Nous avons déjà synthétisé les premières séries de molécules et les résultats des tests précliniques sur animaux sont très prometteurs. Nous disposons d’un prototype pharmaceutique fonctionnel, mais pas encore d’une molécule finalisée et prête à être développée en médicament. La prochaine étape consiste à consolider nos données, puis à réaliser une levée de fonds de série A en vue d’entrer en phase clinique. Si tout se passe bien, nous viserions une phase I en 2029 pour évaluer la sécurité du traitement, puis une phase II d’efficacité sur des patients atteints de dépression résistante d’ici 2031.
Pourquoi ce choix d’une implantation entre Strasbourg et Charleroi ?
Elkedonia a deux centres de gravité. au siège social, à Strasbourg, nous développons la partie Discovery & Development des molécules, en lien avec l’écosystème académique et hospitalier local. À Charleroi (Wallonie), nous nous appuyons sur l’expertise belge en oncologie et biomarqueurs pour développer les outils de diagnostics. Nous allons d’ailleurs recruter à Charleroi pour renforcer l’analyse de l’expression des biomarqueurs.
Quel a été votre parcours avant Elkedonia ?
J'ai soutenu une thèse en neurosciences à l'Université Sorbonne sur la maladie de Huntington, puis fait un post-doc à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne. J'ai ensuite eu plusieurs expériences en biotech et en entreprises pharmaceutiques. J'ai notamment participé au développement d'une première biotech qui a été rachetée par le laboratoire Lundbeck en 2018, où j'occupais le poste de directeur scientifique. Nous travaillions déjà alors sur le diagnostic par biomarqueurs. Ensuite, j'ai rejoint le studio Argobio, qui est à l'origine du projet Elkedonia, lancé il y a un peu plus de deux ans.
Qui vous entoure dans cette aventure ?
Nous sommes actuellement quatre chez Elkedonia, dont deux membres issus du studio Argobio. Yves Ribeill, d’Argobio Studio, nous accompagne dans le développement. Jocelyne Caboche, chercheuse de renom, dont les travaux font écho à ma propre thèse, a rejoint l’équipe. Nous allons bientôt renforcer nos effectifs pour préparer la montée en puissance des travaux.
Quel est le modèle économique d’Elkedonia à moyen terme ?
Nous souhaitons, à terme, établir un partenariat stratégique avec une entreprise pharmaceutique, soit sous forme de licence, soit dans le cadre d’une acquisition. L’enjeu est de disposer des ressources nécessaires pour conduire le traitement jusqu’à la preuve clinique, tout en gardant une vision long terme sur l’impact thérapeutique.