Pas un jour ne passe sans que la boutique de Thierry Court, située en centre-ville de Grenoble, n'accueille de nouveaux clients. Les ventes ont grimpé de 125% en mai. « On sait que cela va retomber, mais notre tâche est de les fidéliser», affirme Thierry Court. Avec cinq salariés pour un chiffre d'affaires de 380.000 euros, stable depuis quelques années, l'Isérois avait choisi de se recentrer sur des produits à plus longue conservation (chocolat, confiseries, barres chocolatées faites maison...), en ne proposant plus que des pâtisseries sur commande. « L'émission arrive à point nommé. Nous étions sur le point de songer à quitter Grenoble ». Car depuis quelques années, la crise économique a bousculé les habitudes de consommation, rendant la consommation irrégulière. Et la baisse de fréquentation du centre-ville, couplée aux ennuis de circulation et de stationnement, n'ont pas aidé non plus, d'après lui.
« Pas le profil » de l'émission
Contacté par M6 pour la première édition destinée aux professionnels de son émission phare « Le Meilleur Pâtissier », Thierry Court a proposé l'aventure à ses deux amis, Franck Jouvenal et Martial Lecoutre. Les Isérois ont passé plusieurs étapes de sélection avant de grimper à Paris, aux côtés d'une vingtaine d'autres équipes. « On nous a dit qu'on n'avait pas le profil, avant de nous rappeler le 22 décembre après un désistement ». Résultat ? Le professeur d'IMT Marcel Lecoutre a commencé à travailler, avant d'être rejoint par ses deux amis après les fêtes. « En pâtisserie, on ne peut pas improviser. Il faut penser aux ingrédients, aux recettes, aux moules à fabriquer, aux dessins... C'était environ 3 semaines de travail», résume Thierry Court. Lors du tournage fin janvier, les journées étaient bien remplies. « Heureusement que c'était une période creuse en magasin. On tournait une épreuve chaque jour, en étant présents dès 8h, pour enchaîner le vendredi et le samedi par la finale », glisse-t-il. « On était un peu comme dans une bulle, avec toutes les personnes qui connaissaient notre prénom et qui vous téléguident ». Dès la diffusion du premier épisode, il a proposé les gâteaux de la demi-finale et s'est retrouvé en rupture de stock pendant quinze jours...
Une visibilité pour ses projets
À l'issue de la finale fin mai ? qu'il a remportée-, la boutique est passée de 30 à 200 clients par jour. « On a beau faire de la communication et être innovants, rien ne remplace la visibilité qu'offre l'émission ». L'équipe publiera son propre livre de recettes le 18 octobre prochain. Plus qu'un véritable gain financier, il s'agira surtout d'une vitrine : « On touchera surtout des droits d'auteurs, le livre étant édité et vendu par M6 Editions». En plus d'être sollicité pour assister à des salons, Thierry Court va pouvoir surfer sur cette notoriété pour offrir de la formation-conseil à d'autres pâtissiers. « Nous sommes en train de négocier avec une école basée en Chine. L'objectif est d'apporter notre savoir-faire, et développer des produits qui se conservent», ajoute-t-il.
Réexplorer la pâtisserie
Au niveau local, le pâtissier envisage d'ouvrir un nouveau site de production en dehors du centre-ville de Grenoble, pour faciliter les flux logistiques, et de développer ses ventes via les épiceries fines, voire des franchises. Il n'exclut pas un retour vers la pâtisserie, mais de manière différente. « Nous avons encore les cinq recettes du concours, et proposons depuis septembre dernier une recette originale vendue chaque week-end à la découpe ». Mais une chose est sûre : il ne reviendra plus à l'époque « où l'on faisait vingt à trente sortes de gâteaux, nécessitant de multiples matières premières et beaucoup de personnel ». La mise en lumière de son nom a eu un autre effet : plusieurs de ses produits, dont les barres chocolatées artisanales, sont en passe d'être référencés pour figurer dans l'épicerie fine qu'ouvrira le Printemps Haussmann à Paris en janvier 2018. Un challenge, lorsque l'on sait que l'enseigne retiendra 200 des 1.000 produits présentés.