Marc Scognamiglio, directeur du Royal Emeraude de Dinard, nous accueille le lendemain de son anniversaire. La veille, il a fêté ses 53 ans dans la verrière de l’établissement. Là où il vient saluer les clients chaque matin au petit-déjeuner. Là où il officie aussi comme chanteur de jazz. Dans la vie, Marc Scognamiglio — d’origine normande, comme son patronyme ne le dit pas -, marie travail et plaisir. Directeur d’hôtel le jour… crooner la nuit !
Deux hôtels sous sa gestion
Marc Scognamiglio est avant tout un directeur investi. "Mon job, c’est d’être au contact avec les équipes et les clients, souligne-t-il. J’ai vu dans mon parcours des directeurs passer leur temps à scruter leurs statistiques d’occupation et de prix moyen… Je ne pense pas que ce soit la bonne méthode. Nous faisons avant tout de l’humain. La clé de la réussite, c’est d’être en proximité !"
Marc Scognamiglio, originaire de Caen, est dirigeant du Royal Emeraude depuis 2019. Cet établissement 4 étoiles de 47 chambres, propriété du groupe rennais Beautiful Life Hotels, est situé dans le cœur de ville, à quelques pas de la plage de l’Écluse et du Casino. Depuis 2021, Marc Scognamiglio dirige aussi l’hôtel le Grand Bé à Saint-Malo.
Sous le charme de Dinard
Si l’hôtelier se partage volontiers d’une rive à l’autre (Saint-Malo et Dinard se font face, NDLR), c’est bien à Dinard qu’il reste très attaché. Là où il a imposé son style. Marc Scognamiglio est toujours impeccable, en costume cravate. "J’incarne ce côté british et distingué qui correspond bien à l’image de l’hôtel et de Dinard", sourit-il. Le quinquagénaire est tombé sous le charme de la cité balnéaire chic. "Il y a un certain art de vivre ici. Les commerçants sont aimables, les passants disent bonjour… C’est une ville discrète et attachante."
Nouvelle âme
Le Royal Emeraude est un lieu chargé d’histoire. Ce lieu était à la fin du XIXe siècle l’annexe d’un grand hôtel de luxe, aujourd’hui disparu. C’est là que descendaient les chauffeurs, cuisiniers et autres gouvernantes de riches pensionnaires. Quand il en prend la direction en 2019, Marc Scognamiglio entend bien "redonner une âme" à cette adresse rénovée dix ans plus tôt. Il va pour cela inscrire l’hôtel au cœur de la vie culturelle de la ville. "L’ancien propriétaire était toujours un peu méfiant des partenariats. Moi, je vais y aller à fond : le Festival du film britannique, le Festival de comédie, le Jumping… Ça a très bien pris avec les Dinardais". En remettant de la vie dans l’hôtel, il a su fidéliser une clientèle. Les revenus aussi ont augmenté. "Notre chiffre d’affaires est à 2,8 millions d’euros aujourd’hui, c’est 1 million d’euros de plus que lors de mon arrivée."
Chanteur de jazz
Mais le succès du Royal Emeraude tient aussi à la personnalité de son directeur, qui, une fois par mois, troque son habit d’hôtelier pour celui de "Frank Sinatra". Le dirigeant est chanteur de jazz dans le propre établissement qu’il dirige, interprétant avec swing et élégance les standards du Rat Pack (Frank Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis). C’est à Trouville (Calvados) qu’il a fait ses armes, au sein du Art Big Band.
Il raconte : "Un soir, j’entends du jazz dans une chapelle. Je vois cinq musiciens qui répètent. On discute, le courant passe bien. Je leur dis que je rêverais de chanter avec un Big Band…" Rendez-vous est fixé pour un essai "Je fais "Fly Me To The Moon" et "New York New York". Ça leur plaît. Quelques mois plus tard, je fais mon premier concert avec eux…"
Des soirées jazz très courues
En l’espace de plusieurs années, ce fan de musique jazz depuis l’adolescence, a pris de la confiance. Et n’a plus jamais quitté le micro. Aussi, en 2019, quand il arrive au Royal Emeraude, l’instauration de soirées jazz lui paraît une évidence. Les premières soirées démarrent très vite. Elles perdurent depuis, transformant les espaces de l’hôtel en véritable club feutré. Mieux : elles sont devenues un petit phénomène dans la ville et au-delà. Il faut s’y prendre plusieurs mois à l’avance pour disposer de son précieux sésame. Même le PDG de TF1, Rodolphe Belmer, qui a ses habitudes à Dinard, n’a pas encore pu satisfaire sa curiosité, faute de places disponibles… "C’est en tout petit comité, avec une cinquantaine de personnes tout au plus pour garder le caractère intimiste", s’excuse presque Marc Scognamiglio.
Causes caritatives
L'hôtelier ne vient pas au micro que pour assouvir sa propre passion. Ancré dans la vie locale, il sert aussi volontiers des causes caritatives. En janvier 2024, un concert du Art Big Band a ainsi reversé une partie des bénéfices de la soirée à l’association Footballeurs Sans Frontières, qui vient en aide aux enfants malades. Un autre événement du même type a eu lieu, devant 400 personnes, au Théâtre Debussy.
Demain, Broadway ?
Si certaines personnalités descendent de temps en temps au Royal Emeraude, Marc Scognamiglio n’est pas loin de leur faire de l’ombre. Il est devenu un vrai personnage de la ville. Un VRP en or pour le Royal Émeraude. "Finalement, si l’hôtel s’est développé en termes d’activité et d’image, c’est par le prisme du jazz", se réjouit-il. Sa prochaine étape ? Prendre la direction d’un hôtel à New York, l’une des grandes capitales du jazz ? En séminaire avec le groupe Accor il y a quelques années, le Dinardais a déjà eu l’occasion d’assister à des spectacles à Big Apple. "Je dansais comme un fou, mes collègues hallucinaient…" Gérer un hôtel à New York, pourquoi pas, "mais à Broadway, alors", achève-t-il dans un sourire.