Depuis 1992, la petite commune de Combourtillé, entre Vitré et Fougères, vit au rythme de l'extrusion. La société Valorex (90 salariés, 52M€ de CA) passe au grill les graines, en particulier de lin. Au sens propre comme au sens figuré. Objectif: les valoriser pour les rendre digestibles auprès des élevages. Les grandes marques de produits laitiers comme Jockey de Danone ou GrandLait de Candia sont nées de la technique de Valorex. Une PME «qui consacre 5 à 10% de (son) CA à la R& D», souligne son directeur général Stéphane Deleau.
Convaincre les agriculteurs
Problématique principale de Valorex: se fournir en graines de lin. Une plante qui fut très présente dans les champs bretons par le passé mais qui, aujourd'hui, n'intéresse plus les agriculteurs. Le blé et le maïs étant plus rémunérateurs. Or Valorex a besoin de 40.000 à 50.000 tonnes de lin chaque année. Et dans une démarche globale de développement durable, elle préférerait les acquérir en majorité auprès d'exploitants bretons plutôt qu'en Angleterre, dans le Médoc ou ailleurs en France. Pour convaincre les agriculteurs, une seule solution: valoriser l'ensemble de la plante, et notamment la paille, qui est abandonnée à même les champs. Depuis trois ans, l'association Lin Tradition Ouest travaille sur le dossier. Et aujourd'hui, c'est Valorex qui a pris le relais, toujours en lien avec l'association. «La paille est faite d'une partie bois (les anas) et d'une partie fibre, explique Guillaume Chesneau, directeur technique. L'objectif va être de les séparer.» Pour en faire... des portières de voitures! «La fibre a les mêmes caractéristiques du lin textile. Ça peut donc être utilisé dans l'automobile», indique le directeur R & D.
Dans les pots de fleurs
Valorex s'est associé à son voisin Cooper Standard Automotive, équipementier automobile de Vitré, «pour utiliser les fibres en tant que composites d'éléments de portières de voitures.» C'est pour ce projet très innovant que Valorex a été retenu parmi les dossiers Crisalide. «C'est un projet global de valorisation par la construction d'une ligne de traitement des pailles. L'objectif est d'obtenir des fibres de qualité répondant aux besoins du marché.» L'entreprise reste pourtant prudente. «Cooper Standard en a exprimé le besoin, mais ce n'est pas suffisant pour qu'on se lance dans une unité de transformation, tempère Guillaume Chesneau. On cherche des marchés.» La fibre pourrait par exemple aussi être utilisée dans des emballages, des pots de jardineries... «Tous les matériaux en biocomposite sont concernés.»
Spécialisée dans l'extrusion de graines de lin, Valorex, à Combourtillé, travaille en collaboration avec l'équipementier automobile Cooper Standard, à Vitré, pour valoriser la paille.