Il y a un an tout juste, en juin 2025, Yohann Leroy, le PDG de MaiaSpace, annonçait la construction d’une usine sur le site ArianeGroup de Vernon (Eure). Le calendrier a été respecté : MaiaSpace a débuté les travaux de terrassement de son usine de lanceurs de satellites.
MaiaSpace, fondée en 2022, est la filiale à 100 % d’ArianeGroup. Cette start-up, dont les 350 collaborateurs sont répartis entre ses sites de Vernon, de Paris La Défense et de Guyane, doit développer un mini lanceur spatial réutilisable et économique, disponible en deux versions : réutilisable et à usage unique.
Livraison de l’usine mi-2027 et 160 emplois créés
La construction de cette usine suivra plusieurs étapes : la première phase sera constituée de l’usine neuve de 6 700 m², complétée par un bâtiment de stockage existant de 3 500 m². Ceci afin d’assurer la production des étages du lanceur nécessaires à la réalisation d’environ 10 lancements par an. Puis, en phase finale, l’usine atteindra 12 000 m². Celle-ci devrait être opérationnelle à la mi 2027 et créer à terme160 emplois à temps plein.
"La Maia Factory représente un investissement de l’ordre de plusieurs dizaines de millions d’euros, dont une part est prise en charge par l’État au titre du plan France Relance 2030"
Ce nouvel outil de production doit fabriquer 25 à 30 étages de lanceurs par an pour permettre de réaliser jusqu’à 20 lancements annuels de satellites à l’horizon 2032. Si le montant précis du chantier n’est pas communiqué, "la Maia Factory représente un investissement de l’ordre de plusieurs dizaines de millions d’euros, à la charge de MaiaSpace, dont une part (non rendue publique) est prise en charge par l’État au titre du plan France Relance 2030", concède Raphaël Chevrier, responsable des relations publiques de MaiaSpace.
Le premier vol de démonstration fin 2027
La start-up de Vernon annonçait, il y a tout juste un an, prévoir un premier vol de démonstration en 2027. Le calendrier est-il tenu ? "On le tient. Nous effectuerons un premier vol orbital sur la deuxième partie de l’année 2027", confirme Raphaël Chevrier.
Précisément, MaiaSpace ambitionne de réceptionner les premiers éléments du premier modèle de vol début 2027 en Guyane. Puis d’ériger un premier lanceur sur son pas de tir au milieu 2027 pour faire les essais combinés (entre le lanceur et les systèmes au sol). Et enfin, de réaliser un premier vol orbital avant la fin 2027.
50 % du carnet de commandes rempli avec Eutelsat
Si MaiaSpace ne peut avancer de chiffre d’affaires, faute d’avoir effectué de lancement à ce jour, elle a déjà signé plusieurs contrats : avec la start-up française Exotrail pour le lancement de plusieurs missions Space Van (véhicule de transport pour satellites NDLR). Avec la société toulousaine U-Space pour le compte de l’agence de l’Innovation de Défense (AID) pour le lancement de deux petits satellites Toutatis.
"Et s’y ajoute un contrat particulièrement dimensionnant avec Eutelsat pour le déploiement d’une partie de la constellation One Web -des satellites en orbite basse qui permettent un accès internet en zones blanches — pour lequel MaiaSpace va réaliser une dizaine de vols. Ce contrat remplira 50 % du carnet de commandes de note lanceur sur ses trois premières années d’exploitation", souligne Raphaël Chevrier.
Un marché dynamique
MaiaSpace va tirer parti de la forte dynamique des marchés de constellations dédiées à Internet, avec des projets européens tels que Iris² (programme spatial européen), ou le projet One Web avec Eutelsat. "Et d’autres projets à venir pour lesquels le lanceur Maia peut être une solution complémentaire aux lanceurs lourds pour déployer de façon plus réactive une partie des constellations quand les opérateurs en ont besoin", complète Raphaël Chevrier.
Reste aussi tous les satellites d’observation de la Terre pour des nations qui n’ont pas de moyens d’accès direct à l’espace.
Un acteur d’envergure mondiale
Refusant de se positionner comme un acteur exclusivement européen, MaiaSpace prospecte des clients répartis dans le monde entier (Asie Pacifique, États-Unis….), confirme le responsable des relations publiques. Les concurrents de MaiaSpace sont multiples, il s’agit de n’importe quelle société qui a une capacité d’accès à l’orbite basse. Son lanceur peut déployer, à chaque lancement, jusqu’à 4 tonnes de satellites.
"Le premier lanceur réutilisable en Europe"
Parmi les caractéristiques qui le distinguent de ses concurrents, MaiaSpace avance d’abord la propriété réutilisable de son lanceur. "Nous développons le premier lanceur réutilisable en Europe, affirme Raphaël Chevrier. C’est, certes, une technologie que maîtrise Space X depuis de nombreuses années. Mais l’intérêt de la réutilisation pour nous est un peu différent."
Un lanceur en deux versions
Chez Space X, la réutilisation permet d’absorber une cadence de lancement extrêmement élevée pour déployer ses propres satellites Starlink. Tandis que chez MaiaSpace, le lanceur existe en deux versions : à usage unique (sans récupération d’étages) et réutilisable (avec récupération du premier étage du lanceur). Et, grâce à la modularité que permet la récupération ou non du premier étage, MaiaSpace va optimiser en permanence le taux de remplissage de la fusée en fonction du type de satellites transportés.
Réduction des coûts par deux
"La récupération du premier étage nous permet de diviser par deux nos coûts globaux et de proposer des prix attractifs de lancement pour de petits satellites de quelques centaines de kilos, décrit Raphaël Chevrier. Si nous devons lancer des satellites plus lourds, d’une tonne et plus, le lanceur n’est pas récupéré, mais nos prix seront aussi attractifs, parce qu’on aura rempli la fusée".
Un changement de méthode dans la conception
MaiaSpace se veut aussi novateur dans sa méthode de travail. "Nous nous situons dans une méthode "test and learn", analyse Raphaël Chevrier. Les essais sont au coeur de la logique de développement. On crée des prototypes le plus tôt possible, on les teste en conditions réelles dans les zones d’essai. On va ainsi apprendre, réitérer et maturer progressivement le design du lanceur pour gagner en temps et en efficacité".
Le facteur environnemental dès la conception du lanceur
Dernier point différenciant : MaiaSpace a intégré, dès le premier jour de la conception du lanceur, la volonté de réduire son empreinte environnementale. En ce sens, MaiaSpace a choisi d’utiliser, pour la propulsion de son lanceur, un couple de carburants associant le méthane et à l’oxygène liquide, réduisant l’émission de suie dans les hautes couches de l’atmosphère. La réutilisation du lanceur a évidemment un impact bénéfique sur l’utilisation des matières premières, tout comme l’optimisation du taux de remplissage du lanceur.
"C’est aussi ce qui nous distingue d’autres projets de fusée et constitue un facteur de compétitivité à plus long terme, conclut Raphaël Chevrier. Nous sommes convaincus que ce critère de performance environnementale sera de plus en plus fréquemment demandé par les clients et, qui plus est, dans le contexte climatique que l’on connaît."