Face à l’explosion des débris en orbite, la start-up picarde Phinix Orbital Systems développe un satellite pour les capturer. Soixante-neuf ans après le lancement de Spoutnik 1, les satellites sont de plus en plus nombreux. Météo, GPS, télécommunications… ils sont devenus essentiels. "Mais ceux qui sont en fin de vie restent en orbite, le trafic a augmenté de manière exponentielle, et il y a aussi de plus en plus de collisions qui entraînent des dispersions de milliers de fragments", explique Esteban Martinez, PDG de Phinix Orbital Systems. Selon le Centre national des études spatiales, environ 34 000 objets de plus de 10 cm et 128 millions de petits débris seraient en orbite. Le nettoyage de l’espace devient donc un nouveau marché.
Prototype d’ici 2027
Investi dans la lutte contre la pollution spatiale, Esteban Martinez a créé sa start-up en 2024. Avec ses six associés (non salariés), cet ingénieur en aérospatiale travaille à la conception d’un satellite chasseur de déchets. "Des concepts ont déjà été testés sur Terre par d’autres entreprises, quelques-uns en orbite, mais nous développons une nouvelle technologie. Elle repose sur une navigation basée sur la vision, grâce à des algorithmes d’intelligence artificielle qui vont permettre précisément de voir les débris, très mouvants, en temps réel, et sur un module de capture sous forme de filet", précise le dirigeant.
La start-up en est à la première étape : concevoir un prototype, avec des premiers essais sur Terre d’ici 2027, avant un test dans l’espace en 2028. "Il nous faut une fusée, c’est pour cela que nous avons eu des échanges intéressants avec Maia Space, filiale d’ArianeGroup, qui développe des lanceurs. Eux lancent la fusée, et nous, nous sommes les passagers avec notre satellite".
Financer la R & D via une autre activité
L’investissement nécessaire à la réalisation du prototype s’élève à un million d’euros, et à cinq millions d’euros pour le satellite. Le dirigeant envisage une levée de fonds, "peut-être l’année prochaine, nous ne voulons pas la faire trop tôt car nous souhaitons garder notre indépendance, sans pression d’investisseurs".
Pour financer ce projet, il s’est résolu à lancer en parallèle une autre activité : un bureau d’études techniques proposant de l’ingénierie, du design et de la fabrication de pièces en impression 3D pour des industriels, notamment dans l’automobile ou le numérique. Avec ses associés, ils ont investi 20 000 euros sur fonds propres pour les machines et le matériel. L’objectif est de réaliser entre 70 000 et 80 000 euros de chiffre d’affaires cette année et "pourquoi pas de pouvoir embaucher un ou deux membres de l’équipe, car actuellement, nous sommes obligés d’être salariés ailleurs pour pouvoir vivre".
Un écosystème inexistant en Picardie
Le Mexicain d’origine regrette que la France ne prenne pas suffisamment de risques dans la recherche spatiale, contrairement à d’autres pays. Courtisé par des entreprises allemandes et belges, il souhaite pour l’instant rester en Picardie. "Mais la question se pose, pour peut-être aller à Toulouse, le cœur français du spatial. Car lorsque j’explique ici le projet auprès des banques, je ne suis pas pris au sérieux". Si l’aéronautique est bien développée à Méaulte, l’écosystème spatial reste inexistant, et Phinix Orbital Systems fait figure de pionnier.