Comment vous êtes vous lancée dans la création d’entreprise ?
Par l’idée. Ce n’est pas l’envie de monter ma boîte qui m’a conduit à créer Leetchi, mais le projet en lui-même. Tout a démarré lorsque j’ai eu l’idée d’organiser le week-end d’intégration de ma promo à HEC. J’ai galéré pour récolter l’argent auprès de tous mes camarades de classe. Il n’existait pas de service pour collecter et gérer de l’argent à plusieurs. L’idée de Leetchi est née comme ça et a germé. J’ai fait un benchmark et ensuite je me suis lancé dans le projet. L’entrepreneuriat a été un moyen pour moi et non pas une finalité.
Avez-vous rencontré des difficultés pour créer votre entreprise ? Est-ce que cela a été un parcours du combattant comme on peut souvent l’entendre ?
Créer son entreprise n’est pas compliqué en soi. On peut trouver les statuts sur internet. Il suffit de les amener au greffe et on peut même se lancer avec un capital d’un euro. Créer son entreprise n’est pas difficile. Le plus dur, c’est de trouver un business model, développer de la techno, recruter ses premiers collaborateurs, trouver des financements… C’est tout ce qui vient derrière qui est difficile, mais le process juridique même de création est plutôt simple.
En l’espace de trois ans, Leetchi a réalisé trois levées de fonds pour un montant de 7 M€. Finalement, ce n’est pas si compliqué que cela de trouver des financements !
Nous avons effectivement réalisé trois levées de fonds entre2009 et 2012. En septembre dernier, nous avons cédé une grande partie du capital (ndlr : 86 %) au Crédit Mutuelle Arkea, qui a investi 10M€. Au total, nous avons donc levé 17M¤ sur cinq ans. C’est effectivement pas mal ! Pour répondre à votre question, oui il y a de l’argent. La France n’est pas un désert de financement. Après, il faut avoir un projet qui correspond à ce qu’est une levée de fonds et au cycle qui va être nécessaire pour qu’un investisseur décide d’investir dans un projet.
C’est-à-dire ?
Il faut un projet avec une forte scalabilité et une forte rentabilité. Un investisseur attend avant tout une rentabilité importante. Le capital-risque porte bien son nom : il y a beaucoup de risques et sur 10 entreprises dans lesquelles un investisseur va investir, il y en a cinq qui vont mettre la clef sous la porte, trois qui vont faire un résultat moyen et seulement deux qui vont surperformer. L’investisseur est donc toujours dans cette logique de surperformance pour équilibrer son risque. De fait, toutes les entreprises ne collent pas à ce type de schéma. Celles qui collent à ce schéma, ce sont celles qui ont une très forte scalabilité, c’est-à-dire la capacité à s’adapter pour grandir très vite. Nous, nos revenus et notre croissance ont vraiment été exponentiels. C’est donc important d’avoir ce morphotype pour espérer lever des fonds. Un des gros avantages de Leetchi.com et de Mongo Pay, notre solution B to B, c’est la capacité à se déployer dans le monde entier sans avoir forcément de la logistique, une équipe locale ou même une structure juridique locale. Avec Mongo Pay, on a une plateforme clients présente en Europe dans 22 pays et Leetchi a 5millions de clients dans 150 pays alors que nous ne sommes présents physiquement que dans quatre pays.
De manière générale, avez-vous le sentiment qu’il y a suffisamment d’aides et de financements à destination des créateurs d’entreprise en France ?
Suffisamment, je ne sais pas ! Je n’ai pas une visibilité parfaite pour pouvoir juger, mais je vois qu’il y a eu une grosse évolution dans les cinq à six dernières années. Il y a de plus en plus de structures d’accompagnement, ne serait-ce que les incubateurs et les accélérateurs qui font un énorme travail. Il y a aussi plus d’accompagnement public. À mon époque, Oseo ne disposait pas des mêmes moyens que la Bpi aujourd’hui avec le grand emprunt. Il y a quand même eu beaucoup d’argent injecté dans l’écosystème. Tout cela mis bout à bout fait que le marché se structure de plus en plus. Après, il y a aussi de plus en plus de start-ups qui se créent. Le projet de la halle Freyssinet, porté par Xavier Niel, qui vise à incuber 1.000 start-ups, est juste énorme ! Ce qui est certain, c’est que plus l’écosystème se structure, plus il y aura de start-ups et plus il y aura besoin d’argent pour les accompagner.
Dans une interview vous avez déclaré qu’il est « facile de créer en France, moins facile de devenir un champion ! ». Qu’est-ce que vous voulez dire exactement ?
On peut facilement émerger, créer une start-up, avoir un premier projet, valider son process… Ce qui est difficile, c’est de devenir un leader européen. Et ce pour une raison simple, c’est que par essence, il n’y a que quelques élus. Après, il y a aussi encore quelques barrières. Chez Leetchi, on a des travailleurs français, anglais, allemands, luxembourgeois… C’est difficile de faire travailler tout le monde ensemble d’un point de vue juridique car il n’y a pas de normalisation, il faut recréer des structures… Il y a assez peu de normalisation en Europe. Un créateur qui monte une boîte aux États-Unis ne sera pas confronté aux mêmes problématiques.
On entend souvent dire qu’il est plus facile de créer sa boîte à l’étranger. C’est une opinion que vous partagez ?
Non, c’est même tout l’inverse. Ce discours est le discours de gens qui ne créent pas de boîtes. Ceux qui créent des boîtes vous diront que de toute façon c’est difficile de créer une entreprise parce qu’il faut trouver un marché, des clients, développer, investir… Ce n’est pas une science exacte. Les recrutements ne sont pas toujours simples, la pérennité d’une entreprise n’est jamais gagnée, les marchés s’inversent… C’est créer une boîte et la développer qui est difficile
Des aides financières, un écosystème favorable, une vision entrepreneuriale… Pour Céline Lazorthes, la fondatrice de Leetchi, leader européen de la cagnotte en ligne (5millions d’utilisateurs, 30 salariés), la France est un terreau fertile pour la création d’entreprise.
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