Solence est à la fois une aventure professionnelle et une partie de votre histoire personnelle, comment est-elle née ?
En 2018, alors que je souhaitais avoir un enfant, j’ai reçu un diagnostic de syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) qui a bouleversé ma vie. Ce fut un long parcours, souvent solitaire, où j’ai découvert un trouble hormonal encore méconnu et largement sous-estimé. Face à ce silence et ce manque d’accompagnement adapté, j’ai décidé de chercher des réponses par moi-même, en compilant des recherches scientifiques, surtout anglophones, que j’ai partagées via un blog puis un compte Instagram, Les Natives. J’étais alors avocate d’affaires chez EY, avant de me spécialiser en restructuring. Rapidement, une communauté de femmes concernées s’est formée autour de ces échanges, révélant un besoin fort d’information fiable et de soutien. C’est cette dynamique qui a fait naître Solence : une solution numérique concrète, validée scientifiquement, pour accompagner les femmes au quotidien dans la gestion de leur SOPK.
Comment cette communauté et votre expérience ont-elles façonné le projet ?
Le contact direct avec ces femmes, leurs histoires, leurs difficultés, m’a appris combien le SOPK impacte — différemment pour chacune d’entre nous — tous les aspects de la vie : fertilité, métabolisme, santé mentale, fatigue, poids… C’est le moteur de Solence. Ce n’est pas un projet abstrait, mais une réponse concrète construite avec les personnes concernées. La rencontre avec Maël Mertad fin 2022 a permis de passer à la vitesse supérieure : il a apporté son expertise en santé numérique, et ensemble, nous avons structuré Solence dans des incubateurs comme Station F, à Paris, et Quest for Health, à Strasbourg, donnant forme à une application robuste et scientifiquement rigoureuse.
Quelles sont les fonctionnalités clés de Solence ?
L’application repose sur deux piliers. Un programme d’éducation thérapeutique de 12 semaines, avec des contenus interactifs validés scientifiquement, qui aide à comprendre le SOPK et à adopter des leviers d’action concrets — alimentation, activité physique, gestion du stress, sommeil. Et un suivi personnalisé des symptômes, avec un score mensuel basé sur les données saisies (cycle, poids, humeur, peau…). Ce suivi permet de détecter les évolutions, d’ajuster les habitudes et de renforcer le dialogue avec les professionnels de santé.
Solence travaille déjà avec des partenaires importants…
Nous avons noué un partenariat avec un CHU spécialisé, qui conduit une étude pilote dont les résultats sont attendus fin 2025. Cette validation scientifique est essentielle pour asseoir la crédibilité de notre solution. Par ailleurs, depuis 2023, nous collaborons avec le laboratoire Besins Healthcare France, autour de compléments alimentaires visant à améliorer la gestion du SOPK. Nous préparons aussi plusieurs annonces de partenariats pour 2026, qui viendront enrichir notre offre et accélérer notre déploiement.
Vous avez récemment levé 1,6 million d’euros pour Solence. Pour quoi faire ?
Cette levée de fonds Seed, finalisée en février 2025, mêle Equity et leviers de Bpifrance, avec des investisseurs engagés comme Impact Shakers Ventures, et des business angels renommés tels que Céline Lazorthes (Leetchi, Mangopay), Berthe Latreille (ex-JP Morgan) et Stéphane Mardel (Systemanova VC). Ce financement est crucial pour étoffer notre équipe — nous serons cinq dès la rentrée — et pour accélérer le développement technique et clinique de l’application.
Quels sont vos prochains objectifs pour Solence ?
Nous préparons une version 2 de l’application, encore plus personnalisée et enrichie, intégrant plus de contenus scientifiques adaptés à la diversité des profils féminins. Nous avons aussi lancé un processus de certification comme dispositif médical numérique, avec un système de management de la qualité rigoureux. C’est une étape clé pour obtenir la reconnaissance réglementaire, et viser à moyen terme une prise en charge par l’Assurance maladie.
Comment Solence concilie-t-elle viabilité financière et accessibilité ?
Solence est une application payante sur abonnement, disponible en formules mensuelles et trimestrielles. Ce choix vise à garantir l’engagement réel des patientes et à assurer la qualité et la confidentialité des données. Nous visons aussi un modèle B2B pour assurer l’indépendance financière. Aujourd’hui, les femmes dépensent en moyenne 3 500 euros par an en soins liés au SOPK, souvent sans remboursement. Notre ambition est de réduire ce coût avec une solution efficace, accessible, et qui, après certification, pourra être prise en charge par des tiers payeurs comme l’Assurance maladie ou les mutuelles via le dispositif PECAN (Prise en Charge Anticipée Numérique, N.D.L.R.).
Quelle est votre vision à long terme pour Solence et la santé numérique dédiée aux femmes ?
Nous voulons faire de Solence un acteur incontournable de la santé numérique pour les troubles hormonaux féminins, trop longtemps négligés. La médecine du mode de vie, enrichie par l’intelligence artificielle, ouvre des perspectives incroyables pour offrir des solutions personnalisées, fiables et humaines. Surtout, nous voulons qu’aucune femme ne soit laissée seule face à un trouble aussi complexe que le SOPK. L’OMS estime qu’une femme sur sept est atteinte du SOPK, et que jusqu’à 70 % des femmes atteintes sont non diagnostiquées dans le monde. Solence aspire à être ce lien, ce soutien, cette voix qui transforme durablement la prise en charge du SOPK et sensibilise l’environnement professionnel. Car, malgré quelques avancées, la santé des femmes en entreprise en est encore aux balbutiements de sa prise en compte.