En matière de recyclage des canettes en aluminium, la France fait toujours office de mauvaise élève à l’échelle européenne. Si ce contenant est de plus en plus prisé par les consommateurs (+ 5,8 % des achats en magasins entre 2024 et 2025), seulement une canette sur deux est recyclée dans l’Hexagone tandis que la moyenne continentale se situe à 76,3 % d’après une récente étude menée par Metal Packaging Europe et European Aluminium.
Une hérésie pour les dirigeants de l’usine alsacienne du fabricant américain de produits en aluminium Constellium (7,24 Md€ de CA en 2025) qui emploie 1 650 collaborateurs sur son site de Biesheim (Haut-Rhin) au bord du Rhin. À proximité immédiate avec l’Allemagne où chaque supermarché dispose d’un système de déconsignation, dédié à ce type d’emballage, comme le préconise le règlement PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation), nouvelle législation européenne visant à harmoniser et à renforcer les exigences en matière de durabilité des emballages à partir de cet été.
Une nouvelle unité de recyclage de 130 000 tonnes par an
Ce sujet préoccupe davantage la direction de l’ETI que le conflit au Moyen-Orient même si elle reconnaît "suivre la situation de près". "Le Moyen-Orient produit 10 % de l’aluminium mondial mais cette situation ne nous impacte pas directement", indique Angélique du Rostu, porte-parole de Constellium en France. "Pour autant, ce conflit rend l’enjeu du recyclage encore plus nécessaire afin que nous soyons plus autonomes sur nos approvisionnements en matériaux ferreux", poursuit-elle.
Dans le Haut-Rhin, Constellium a investi 130 millions d’euros en 2024 dans la construction d’un nouveau centre de recyclage. D’une superficie de 15 000 m2, cette unité s’était accompagnée de la création d’une centaine d’emplois dans l’optique de porter, d’ici 2030, à 50 % la part de ses intrants en provenance d’aluminium secondaire. D’une capacité de recyclage de 130 000 tonnes par an, soit l’équivalent de 21,5 milliards de canettes en aluminium, l’équipement pourvu d’une broyeuse, d’une laveuse et de deux fours ultra-puissants, ne "tourne toujours pas à plein régime". En cause, la difficulté à sourcer une qualité suffisante d’aluminium secondaire essentiellement composé de canettes alimentaires. Le reste provenant de chutes de production des clients de Constellium et d’aluminium "en fin de vie" issu du secteur de l’automobile. "On ne peut pas mettre n’importe quoi dans nos fours, souligne Angélique du Rostu. Si nous voulons être compétitifs avec le recyclage, il faut que l’on puisse avoir un aluminium secondaire suffisamment bien trié et relativement propre pour que cela vaille le coup économiquement".
Une parade face à l’aluminium chinois
D’autant que le marché mondial de l’aluminium fait l’objet d’une offensive de la Chine, qui en produit 45 millions de tonnes par an tandis que le reste du monde en fournit un peu moins de 75 millions de tonnes. "En subventionnant ses entreprises, la Chine disrupte ce marché avec un aluminium fortement carboné avec près de 20 tonnes équivalentes CO2 par tonne d’aluminium produite. En Europe, on parvient à baisser cette empreinte entre 5 et 6 tonnes mais, forcément, nous sommes plus chers et donc pas compétitifs", conclut la porte-parole de Constellium. De quoi alimenter l’argumentaire du GIE de La Boîte Boisson qui rassemble les trois principaux producteurs mondiaux de canettes (Ball Packaging Europe, Crown Bevcan EMEA et Ardagh Metal Packaging) et promeut, depuis 2010, l’opération "Chaque Canette Compte" afin de sensibiliser la population française au tri et au recyclage de ce type d’emballages via une boucle circulaire.