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Comment Setforge a réduit l’impact de la flambée des coûts de l’électricité
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Comment Setforge a réduit l’impact de la flambée des coûts de l’électricité

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Pour le forgeron ligérien Setforge, la crise énergétique a été l’occasion de repenser son organisation et de se mettre dans une démarche de sobriété encore aujourd’hui d’actualité même si les prix de l’électricité ont baissé.

Huit des 10 sites industriels du forgeron ligérien Setforge sont passés en horaire de nuit pendant la crise énergétique, afin de bénéficier des tarifs en heures creuses — Photo : Setforge

Basé à L’Horme, dans la Loire, le forgeron Setforge (800 salariés, 10 sites de production, 208 M€ de CA) n’a pas été épargné par la crise énergétique. Passée d’une facture d’électricité de 8 millions d’euros en 2021 à 30 millions d’euros en 2022 sur l’ensemble de ses sites de production, la filiale du groupe Farinia a été contrainte de trouver des solutions.

"La hausse des prix de l’électricité a entraîné chez nous, comme dans bon nombre d’entreprises, une flambée des coûts de production. Nous avons donc travaillé sur trois axes différents pour tenter de réduire cet impact, car cela mettait clairement en péril la pérennité du groupe. Le premier a été de nous mettre dans une démarche de sobriété énergétique. Le second de chercher des solutions pour bénéficier des heures creuses plutôt que des heures pleines. Enfin, nous sommes allés voir nos clients pour leur expliquer et démontrer que nous ne pourrions pas continuer à produire sans appliquer une augmentation de nos prix, en rapport avec la hausse des prix de l’énergie", explique Didier Forestier, président de Setforge L’Horme.

Pour l’ensemble du groupe Setforge, la facture d’électricité est passée de 8 à 30 millions d’euros entre 2021 et 2022 — Photo : Setforge

Des investissements dans la sobriété énergétique

Pour se mettre dans une démarche de sobriété énergétique, le groupe a accéléré ses investissements pour réduire sa consommation. "À L’Horme par exemple, nous avons investi dans un compresseur à vitesse variable. Nous sommes de très gros consommateurs d’air comprimé et nous utilisions jusque-là 4 compresseurs à vitesse fixe. Le problème de ces compresseurs, c’est que lorsqu’ils démarrent, c’est au moins pour 20 minutes. Et ce même si le besoin n’est que de 30 secondes. En remplaçant ces quatre compresseurs à vitesse fixe par un seul à vitesse variable, nous avons réduit notre consommation de kilowattheures par tonnes forgées sur les pilons de 190 à 120. On a gagné pratiquement 30 %", illustre Didier Forestier.

Setforge L’Horme a aussi travaillé en parallèle sur la recherche de fuites sur son réseau d’air à comprimer. "Ce n’était pas un sujet chez nous jusqu’à la flambée des prix de l’électricité. Là, nous avons pris le problème à bras-le-corps avec des moyens techniques extrêmement élaborés que sont les pistolets à ultrasons, qui permettent de détecter la moindre fuite", précise le dirigeant.

Impliquer les salariés

Spécialisée dans la forge de pièces pour l’automobile, l’aéronautique, l’industrie du pétrole ou la construction, l’usine de L’Horme, à l’image de l’ensemble du groupe, a également cherché à impliquer le plus possible ses salariés dans cette démarche de sobriété énergétique. "On a présenté l’enjeu à nos équipes. On leur a expliqué que cette hausse des tarifs de l’électricité nous mettait en danger et que l’on devrait améliorer notre empreinte par rapport aux questions climatiques mais aussi pour notre survie économique. À l’échelle d’une entreprise, laisser une lampe allumée n’a pas un impact majeur mais c’est un état d’esprit à avoir. État d’esprit que l’on a réussi à développer en formant nos équipes", explique Didier Forestier.

Et d’ajouter : "On s’est fait aider de cabinets conseils sur cette thématique et le résultat a été radical. On a vraiment pu constater une différence en termes de comportement sur la partie électrique mais aussi sur le reste : tri des déchets, consommation de gaz, etc. Cette problématique de l’électricité nous a finalement rendu service car cette question de la sobriété est devenue presque un projet d’entreprise".

Passage au travail de nuit dans 8 sites sur 10

Pour réduire sa facture d’électricité, Setforge a aussi réorganisé sa production de manière à bénéficier des heures creuses. Huit des dix sites industriels du groupe ligérien sont passés en travail de nuit. "Cela été un vrai travail social pour expliquer à nos équipes de la sobriété ne suffirait pas et qu’il fallait mettre en place des équipes de nuits pour bénéficier des heures creuses de manière à réduire notre facture d’électricité, raconte Didier Forestier. Cela nous a pris un mois pour discuter avec les représentants et instances du personnel, mais au final nos équipes ont compris que la pérennité de l’entreprise passait par cette réorganisation".

Didier Forestier, président de Setforge L’Horme — Photo : Setforge

À L’Horme, Setforge n’a pas pu mettre en place une équipe de nuit. "Le fait que nous travaillons avec des marteaux-pilons et que nous sommes situés en plein cœur de la ville, ne nous a pas permis d’obtenir les autorisations nécessaires. Mais comme, nous commençons le travail à 4h30, nous avons quand même pu bénéficier à la marge des tarifs en heures creuses. Les sociétés du groupe qui sont passées en horaire de nuit ont conservé cette organisation pendant un an voire un an et demi pour certaines", développe Didier Forestier.

Des hausses de prix de "3 à 5 %"

Malgré tous ces efforts pour réduire sa facture d’électricité, Setforge n’a pas eu d’autres choix que d’appliquer des hausses de prix. "Nous sommes allés voir chacun de nos clients pour leur expliquer, chiffres à l’appui, notre situation et ce que nous coûtait avant et après la production de leurs pièces. Cela nous a pris six mois pour faire le tour de l’ensemble de nos clients, mais au final ils ont compris qu’ils risquaient de perdre leur fournisseur", explique le dirigent.

En fonction des pièces ouvragées, Setforge a appliqué des hausses de tarifs comprises "entre 3 et 5 %", confie Didier Forestier. "Cela n’a pas été facile car les clients nous demandaient des baisses et nous, on arrivait avec des hausses. Il a fallu travailler le discours, l’argumentation et surtout prendre le temps avec eux", se rappelle le président de Setforge L’Horme.

Un contrat d’électricité "pas encore au prix du marché"

Au final, entre sobriété énergétique, réorganisation de la production pour bénéficier pleinement des heures creuses et augmentation de tarifs, Setforge est parvenu à passer la crise. "Nous avons conservé de cette période des bonnes pratiques. Les tarifs de l’électricité ont aujourd’hui baissé, mais nous n’en bénéficions pas encore pleinement", confie le dirigeant.

Et pour cause, le 27 décembre 2021, au lendemain de la liquidation de son fournisseur d’électricité Hydroption, Setforge a été contraint de signer à la hâte avec EDF un contrat avec un tarif du mégawattheure multiplié par quatre (de 80 euros à 320 euros). "Depuis, nous avons recontractualisé avec des prix à la baisse mais ne nous sommes pas encore sur les prix du marché. Cela viendra car notre contrat se termine en fin d’année", conclut Didier Forestier.

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