Setforge : "Nos usines produisent la nuit pour payer moins cher l’électricité"
Témoignage # Industrie # Production

Setforge : "Nos usines produisent la nuit pour payer moins cher l’électricité"

S'abonner

Menacé par la flambée des prix de l’énergie, le groupe métallurgique Setforge, qui exploite deux usines à Hagondange, en Moselle, cale son rythme de production sur celui du tarif heures creuses de l’électricité. Filiale du groupe ligérien Farinia, le producteur de pièces forgées pour le secteur automobile joue sa survie.

La production sur le site Setforge d’Hagondange est aujourd’hui à 75 % en heures creuses et à 25 % d’heures pleines — Photo : Jean-François Michel

Il est 23 heures, un mercredi soir à Hagondange, en Moselle : sur le site industriel du groupe Setforge, seuls quelques bruits étouffés trahissent l’activité intense qui règne dans les bâtiments. "Nous avons réorganisé le travail autour de deux postes de nuit, qui nous permettent de bénéficier des tarifs d’électricité heures creuses", détaille Vincent Thinus, le président de Setforge Hot Formers. À Hagondange, les deux entités Setforge, Hot Formers et Near Net, produisent des pièces forgées pour le secteur automobile et pèsent à elles deux plus de 53 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Filiale du groupe Farinia, le groupe Setforge (190 M€ de chiffre d’affaires, 800 salariés), basé à L’Horme dans la Loire, a pu faire basculer huit de ses dix sites industriels en horaires de nuit, dont son usine ligérienne.

De 8 à près de 30 millions d’euros d’électricité

Avec cette réorganisation du travail, l’industriel joue sa survie. "Le chiffre définitif pourra varier en fonction de la consommation et du niveau d’activité mais, globalement, l’électricité qui nous a coûté 8 millions d’euros en 2021 va nous coûter à peu près 30 millions d’euros en 2022, détaille Jean-Marc Laval, le directeur administratif et financier du groupe Setforge. Nous faisons un Ebitda (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement) compris entre 12 et 13 millions d’euros par an. Donc la hausse de l’électricité, c’était deux fois notre Ebitda annuel. Si nous n’avions pas réagi pour réduire l’ampleur de cette hausse, nous aurions été en très grosse difficulté."

Mi-2021, la direction du groupe industriel avait pourtant décidé d’anticiper la fin de son contrat de fourniture d’électricité, programmée pour fin 2021, et avait signé avec Hydroption, un acteur français du marché de l’électricité. "Malheureusement, nous nous sommes retrouvés début décembre avec un partenaire liquidé", retrace Jean-Marc Laval. "Il a donc fallu retrouver un nouveau partenaire, et nous avions la quasi-obligation de travailler avec EDF, au prix d’EDF."

Une production aux trois quarts en heures creuses

Dans l’urgence, le 27 décembre 2021, le groupe signe pour un tarif du mégawattheure multiplié par quatre : "Nous sommes passés de 80 euros le mégawattheure à 320 euros", précise le directeur administratif et financier. Dès le 3 janvier 2022, le groupe décide de relancer la production sur des horaires de nuit, entre 21 heures et 5 heures, et entre 5 heures et 13 heures. Cette nouvelle répartition de la production permet au groupe de récupérer entre "20 et 25 %" de la hausse du prix de l’électricité : "Avant, la production des sites était répartie à 50-50 entre les heures pleines et les heures creuses. Aujourd’hui, nous sommes à 75 % d’heures creuses et 25 % d’heures pleines", détaille Jean-Marc Laval.

Constitué de dix entités employant chacune une centaine de personnes, le groupe Setforge a pu se réorganiser très vite et cherche maintenant à faire passer des hausses de tarifs auprès de ses clients. À plus long terme, le groupe compte investir pour consommer moins d’énergie. "Mais on ne change pas de source d’énergie en quinze jours", tempère Jean-Marc Laval.

Loire Moselle # Industrie # Métallurgie # Production et distribution d'énergie # Production