Dans un monde où les vêtements invendus sont souvent synonymes de gaspillage, Modz (60 salariés) rassemble les stocks dormants des distributeurs multimarques, dont plus de 2 500 boutiques de centre-ville et plateformes d’e commerce, pour les proposer à prix soldés sur son site. Abrité dans un entrepôt de 20 000 m2, son stock colossal réunit 750 000 articles issus de 12 000 marques à Arnas, dans la proche périphérie de Villefranche-sur-Saône (Rhône). Avec des ventes qui croissent de l’ordre de 10 % par an.
Contexte de lutte contre la fast fashion
Depuis quelques années, Modz s’est même lancée dans la seconde main et recycle la garde-robe pléthorique des influenceurs, qui représente désormais près de 15 % de son chiffre d’affaires. Une bonne façon d’accroître sa visibilité avec des marques souvent luxueuses, et prisées par des clients avides de suivre la tendance.
"Revaloriser les invendus génère plusieurs impacts positifs : nous rendons la mode qualitative accessible à tous et aidons les boutiques à valoriser leurs invendus alors qu’elles doivent se battre contre des géants de la fast fashion comme Shein et Temu qui inondent notre marché avec des produits à bas prix", s'insurge Thierry Fléchet.
Fondateur et directeur général de la PME, ce dernier a également été directeur général du soldeur Noz. Une expérience qui lui a ouvert les yeux sur le monde du déstockage. Révolté le gâchis textile et le bilan carbone et "humain" des achats lointains, l’entrepreneur s’engage depuis 2015 pour écouler toute la marchandise qualitative déjà présente sur le sol français.
Le coût d’un service aux boutiques
Modz récupère les invendus, souvent des pièces uniques qui attirent puis découragent les clients en boutique, déçus de ne pas trouver chaussure à leur pied. "Nous apportons beaucoup de service en récupérant tous les stocks que les boutiques nous confient, sans contrôle, ni restrictions", explique celui qui a choisi le modèle du dépôt-vente pour contractualiser avec les commerçants. Ensuite, les articles sont triés, photographiés et postés sur le site Modz. Chaque semaine, l’usine prend 10 000 photos de vêtements, chaussures et accessoires, qu’elle propose à 50 % du prix affiché.
La société rhodanienne revendique un volume de ventes s'élevant à plus de 14 millions d'euros de ventes. Le panier moyen s’élève à 90 euros, montant sur lequel Modz prélève 60 % de la commission. Pendant deux ans, le prix est progressivement baissé puis si l’article ne trouve pas preneur, il est donné à des associations.
Industrialiser les process
"Il a été difficile de créer un modèle de production pour valoriser des pièces uniques", poursuit-il. C’est la raison pour laquelle dès que l’internaute arrive sur le site du soldeur, on lui demande sa taille, sinon il y a de fortes chances qu’il reparte sans rien. Modz a également collaboré avec des chercheurs de l’INSA de Lyon pour intégrer des fonctionnalités IA sur son site. "En facilitant la navigation, elles ont permis d’accroître le temps passé par les internautes sur notre site de 20 %. Ce qui a mécaniquement généré plus de 20 % en ventes en plus", indique-t-il.
"Nous devons en grande partie notre succès à nos investissements dans notre ERP développé en interne par une équipe de 5 personnes", explique Thierry Fléchet. Un outil informatique de productivité incontournable dans une activité à faible marge. "30 % de nos articles en stock ne dégagent pas de rentabilité mais nous traitons quand même ces articles dans une logique de service aux commerçants", illustre-t-il. Un service rendu possible grâce aux recettes du modèle économique qu'il a inventé.