À Montmirail, dans la Marne, une soixantaine de stagiaires de classe de 3e intègrent le siège d’Axon’Cable le temps d’une semaine. Nommé Classes 4.0, le dispositif est déployé chaque mois de mars. "Il y a une vingtaine d’années, l’Education Nationale a décidé que les élèves de 3e devaient effectuer une semaine en entreprise. Le principal du collège de Montmirail m’a alors appelé, et m’a dit qu’il avait 35 élèves à placer. […] Il a tellement insisté que j’ai dit ok pour le faire au mois de mars, à condition que les professeurs viennent avec les élèves. Nous avions six mois pour nous préparer", se souvient Joseph Puzo.
Près de 20 ans plus tard, le fabricant de câbles et de systèmes d’interconnexion ouvre toujours ses portes aux collégiens. "Quand les autres collèges ont appris ce que nous proposions, ils ont voulu faire la même chose. Aujourd’hui, nous accueillons chaque année une soixantaine de stagiaires de 3e", poursuit le dirigeant. L’ETI accepte des élèves de quatre établissements : les collèges de la Brie Champenoise et Sainte Jeanne d’Arc, à Montmirail, ainsi que les collèges Montmort-Lucy et de la Fontaine du Vé, à Montmort et à Sézanne, dans la Marne. Les stagiaires sont sélectionnés par les professeurs des établissements. "Ceux qui ne sont pas retenus ont quand même droit à une visite de l’entreprise", détaille Joseph Puzo. Axon’Cable (2 500 salariés, 197 M€ de CA en 2023) emploie près de 750 salariés à son siège de Montmirail, dans la Marne.
Un agenda établi avec le programme scolaire
"Nous avons élaboré le programme de la semaine de stage avec les professeurs. Par exemple, le professeur de mathématiques nous a dit qu’au mois de mars, il enseignerait la trigonométrie à ses élèves. Nous avons alors décidé de montrer nos rubanneuses aux élèves, pour qu’ils voient que si l’angle de rubannage n’est pas calculé correctement, en utilisant le sinus et le cosinus, alors ça ne fonctionne pas. Avec le professeur de français, nous leur avons fait écrire une rédaction sur un nouveau produit, avec trois parties qui reprennent les parties d’un brevet", se souvient Joseph Puzo.
Avec les années le programme s’est affiné et les semaines de stage adoptent désormais toujours le même format. Le lundi débute par le Parcours des métiers, où les élèves partent directement à la rencontre des salariés des équipes de production, d’informatique, de laboratoire, des achats, du bureau d’études, ou encore de la logistique. Les collégiens choisissent l’un de ces métiers et se glissent dans la peau d’un candidat en rédigeant un CV. Le lendemain, une partie des élèves passe un entretien d’embauches, tandis que l’autre écrit ou appelle des salariés des filiales étrangères d’Axon’Cable. "De l’extérieur, on n’imagine pas qu’il existe d’autres filiales à l’étranger et qu’elles sont toutes dépendantes les unes des autres. J’ai été surprise de voir toute l’ampleur que ça prend", explique dans un communiqué Anastasia Faerber, élève du collège de la Fontaine du Vé. L’entreprise compte près de 21 filiales à travers 25 pays.
Deux journées de fabrication
Chaque année, un thème est choisi comme fil conducteur des Classes 4.0. Par exemple, l’édition 2026 est consacrée à la bionique électronique : les élèves exploreront comment l’électronique de haute précision peut imiter, améliorer ou remplacer les fonctions biologiques du corps humain. Les mercredis et jeudi, les élèves travaillent à la fabrication d’un objet en lien avec le thème de l’année. Par le passé, les collégiens ont construit un drone, ou encore une petite voiture. Pour appréhender le sujet de la bionique électronique, les élèves prendront notamment part à un atelier moulage, dans les locaux de l’une des filiales de l’entreprise, Addix, à Montmirail. Ces ateliers sont organisés par des salariés volontaires de l’entreprise.
Le dernier jour, l’ensemble des stagiaires de 3e sont réunis dans l’orangerie du château de Montmirail, pour raconter devant un public de près de 200 personnes ce qu’ils ont appris. Puis une compétition est organisée entre les élèves et une vingtaine de chefs d’entreprise du territoire, autour de jeux de logique.
Favoriser les recrutements
"La semaine des classes 4.0 permet de montrer aux élèves qu’il y a une finalité à ce qu’ils apprennent à l’école. J’ai vu des élèves qui n’étaient pas très actifs en classe, s’épanouir durant la semaine", témoigne Gautier Nocton, professeur au collège de la Brie Champenoise. Un dispositif qui permet donc aux élèves de construire leur projet d’orientation et parfois, de revenir dans l’entreprise quelques années plus tard. "Chaque année, quand on rencontre des ingénieurs qui postulent pour rejoindre Axon' Cable, on en a toujours quelques-uns qui viennent des classes 4.0", salue Joseph Puzo.