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Circa en quête de financements pour produire des solvants biosourcés à Saint-Avold
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Circa en quête de financements pour produire des solvants biosourcés à Saint-Avold

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La mise en service d’une unité de production de solvants biosourcés à Saint-Avold (Moselle) à l’horizon fin 2025 implique de lever de 40 à 60 millions d’euros en dette bancaire et en capitaux pour la start-up Circa. La société norvégienne engage en parallèle l’enquête publique de ce projet baptisé "Resolute".

De premiers équipements industriels ont été réceptionnés en juillet dernier par Circa sur le site de Saint-Avold, en Moselle — Photo : Circa

Bannir les solvants d’origine pétrochimique, comme le souhaite le règlement européen Reach, suppose l’existence d’alternatives "vertes" sur le marché. La société de biochimie Circa se prépare à produire ces substituts à partir de fibres de bois dès la fin 2025, sur l’emprise de la centrale thermique au charbon de Saint-Avold (Moselle). Le projet, baptisé "Resolute" porté par la jeune pousse née en 2006 en Australie, puis passée sous pavillon norvégien, est actuellement au stade de l’enquête publique, une phase réglementaire qui se tient jusqu’au 26 septembre. Il vise à synthétiser localement une molécule, la levoglucosenone (LGO), dont la première application industrielle est sa transformation en solvant renouvelable, une alternative qui intéresse les industries pharmaceutiques, cosmétiques, agroalimentaires et manufacturières.

Un pilote industriel en Tasmanie

Circa, dont le principal actionnaire est le papetier Norske Skog (25,6 %), lance en parallèle une levée de fonds de 40 à 60 millions d’euros en dette bancaire et en capitaux, afin de l’accompagner dans sa phase de démarrage et de montée en puissance. "Nous sommes une start-up de 15 salariés dont le chiffre d’affaires de 1,7 million d’euros en 2023 est généré par notre pilote industriel installé en Tasmanie (Australie) sur un site de Norske Skog. Nous n’avons à l’heure actuelle aucune dette bancaire. Notre idée est de créer de la dette afin de consommer le moins possible nos fonds propres", commente David-Alexandre Leduc, porte-parole de Circa.

Des écueils et du retard

Lancé il y a quatre ans, ce projet de 73 millions d’euros d’investissement a connu plusieurs écueils. Tout d’abord, il a pris 18 mois de retard, en raison des délais d’instruction de son autorisation environnementale, "la plateforme sur laquelle nous nous implantons étant extrêmement polluée", explique le porte-parole. Il invoque également le "durcissement de la réglementation européenne sur les rejets d’eau industrielle dans l’environnement (directive-cadre sur l’eau)". Enfin, l’inflation sur les prix de l’acier a renchéri le projet de 30 %.

50 emplois directs, 250 indirects

Par chance, la future unité de biochimie ne devrait pas être soumise aux fluctuations du cours des énergies. Elle autoconsommera en effet un résidu issu de la pyrolyse de la sciure de bois : du carbone pur également appelé "biochar". La production de LGO nécessitera 50 000 tonnes de sciure par an, une matière première puisée dans les Vosges et en Allemagne par son fournisseur GV Bois, filiale de l’usine Norske Skog de Golbey (Vosges).

Circa est par ailleurs soutenu à hauteur de 20,25 millions d’euros par plusieurs acteurs, le partenariat public-privé européen "Bio-based industry" (9,2M€), la Communauté d’agglomération Saint-Avold Synergie (0,5M€), la Région Grand Est (1,5M€), ainsi que par l’État au travers du volet relocalisation du Plan de relance (8,2M€) et du Fonds charbon (0,85M€).

Une usine rentable dans cinq à huit ans

L’industriel estime que la production de 1 200 tonnes par an de LGO en vitesse de croisière s’accompagnera de la création de 50 emplois directs et 250 indirects, la moitié des emplois directs consistant en des reclassements, suite à la réduction d’activité de la centrale au charbon Émile Huchet. L’entreprise cotée à la Bourse d’Oslo calcule que son usine devrait être rentable cinq à huit ans après sa mise en service, selon le degré de pression réglementaire qui sera exercé par Reach.

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