Mickaël Bony se définit lui-même comme un "homme de terrain". Aurillac, Vichy, Gaillac, Millau… Il n’y a pas une semaine où le président de Bony auto-mobile ne se rend pas dans ses concessions à la rencontre de ses collaborateurs et clients. Et si ses déplacements sont de plus en plus lointains, c’est que le distributeur automobile puydômois vient de s’emparer d’une dizaine de concessions Renault, Dacia et Nissan dans l’Aveyron, le Cantal, le Lot et le Tarn. Une opération de croissance externe qui renforce son maillage territorial. "C’est une expansion logique. Il y a une sorte de continuité géographique avec notre territoire historique. Ce sont des départements assez similaires à ce que nous connaissons", souligne Mickaël Bony. Ces rachats, réalisés auprès du groupe Fabre et finalisés au 1er octobre, ont clôturé une année déjà riche pour Bony auto-mobile.
31 sites opérationnels
2025 avait démarré avec l’inauguration d’une plateforme logistique de pièces de rechange de 6 000 m² à Clermont-Ferrand. Avant la reprise, en avril, de deux sites de vente et d’après-vente Renault et Dacia à Thiers et Ambert, dans le Puy-de-Dôme. "Ce sont toutes des opportunités que nous ne pouvions pas manquer. Lorsque j’ai présenté mon plan stratégique de renforcement régional en 2024, mon ambition était d’atteindre 500 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2030. Mais nous y sommes déjà, tout est allé plus vite", se réjouit le dirigeant de 49 ans, représentant de la troisième génération.
Cet élargissement du réseau permet à l’entreprise de changer de dimension. Bony auto-mobile compte désormais 31 sites opérationnels, 1 050 collaborateurs et table sur la vente de 15 000 véhicules neufs et 12 000 d’occasion par an. Sans compter les 100 000 véhicules entretenus chaque année. De quoi lui assurer 550 millions de CA cette année. "L’entreprise a tenu le coup après le Covid et il nous fallait de nouveaux challenges. Et puis, dans le marché de l’automobile, il faut dépasser des seuils. Cela nous permet de rester performants et de compléter notre expertise", avance Mickaël Bony, président du groupe depuis 2020.
Des vélos à Renault
Si l’entreprise accentue son ancrage dans le Massif central et s’ouvre à d’autres territoires, elle entend aussi s’adapter aux nouveaux enjeux. Elle propose des services de location de courte durée et a installé, sur ses sites de Clermont et Moulins, des bornes de recharge rapides afin d’accompagner l’essor de l’électrification. Une manière de se diversifier dans un marché automobile morose. Pour marquer ce positionnement, le groupe est, d’ailleurs, devenu en 2024 Bony auto-mobile, en référence aux nouvelles mobilités.
Pas question, en revanche, pour Mickaël Bony de changer ce qui fait l’ADN du groupe : la "proximité" et la "connaissance fine des territoires". Des notions qui prennent tout leur sens quand on replonge aux origines de l’entreprise, fondée en 1945 à Massagettes, à une trentaine de kilomètres de Clermont-Ferrand. "C’est dans ce petit village de 60 habitants que mon grand-père, Emile, a ouvert un atelier. Au départ, il réparait des vélos, puis il est devenu agent Renault en 1955 et a ouvert une station-service. Ma grand-mère tenait, elle, le bistrot à côté", raconte le dirigeant. Leur fils Daniel finit par construire un garage flambant neuf juste à côté de la maison familiale aux volets bleus. "Petit, j’aimais dormir chez mes grands-parents pour être le premier à ouvrir la concession. Aujourd’hui encore, Massagettes, c’est le fief", sourit Mickaël Bony.
Jacques Chirac et Carlos Ghosn
Au fil des décennies, la petite concession prend de l’ampleur, jusqu’à vendre 1 000 véhicules par an dans les années 2000 ! "Mon père savait "travailler" son territoire", décrit affectueusement le fils. En véritable entrepreneur, Daniel Bony lance l’expansion du groupe, qui grossit au rythme des rachats (concession Renault à Vichy, à Moulins…) et des créations (Ussel, Mozac). Bony auto-mobile profite aussi de la dynamique de Renault, qui s’allie à Nissan et reprend Dacia, et commercialise toutes ces marques.
Dans cette aventure entrepreneuriale de 80 ans, deux évènements restent gravés dans la mémoire familiale. Le premier en 1988, lorsque Jacques Chirac assiste à l’ouverture de la concession Renault d’Ussel, en Corrèze. Le second, en 2007, lors de l’inauguration des travaux de la concession de Clermont-Ferrand, rachetée à Renault France cinq ans plus tôt. "Carlos Ghosn, alors président de l’alliance, est venu en personne. C’était une belle reconnaissance", confie Mickaël Bony, entré dans l’entreprise aux tournants des années 2000 après des études de gestion.
L’expansion hors Auvergne
Le rachat de cette concession dans la capitale auvergnate reste, d’ailleurs, un moment charnière pour le groupe, qui double de taille à cette occasion. Grâce à son assise financière, Bony auto-mobile continue de se structurer et amorce, en 2016, son implantation hors Auvergne. Elle s’installe plus au sud dans sept villes de Haute-Loire, de la Loire et de la Lozère. Mickaël Bony décide aussi d’accompagner la renaissance de la marque Alpine. En 2017, il ouvre un Alpine Store à Clermont-Ferrand. "C’est une belle vitrine en termes d’image. Aujourd’hui, nous livrons 150 voitures de la marque par an", indique le dirigeant, père de deux garçons de 17 et 11 ans. De possibles successeurs ? "Mon aîné a envie d’apprendre. Il a notamment travaillé à la plateforme logistique. Cela me ferait plaisir qu’il y ait une quatrième génération, mais je ne veux rien leur imposer", précise le chef d’entreprise, qui sait que d’autres chapitres sont encore à écrire.