Dans un secteur du bâtiment toujours à la peine, la Fédération française du bâtiment de Loire-Atlantique (FFB 44) veut remettre un peu de visibilité dans l’horizon des entreprises. À l’occasion de la 3e édition des « Chantiers du 44 », organisée le 26 mars à Saint-Herblain, la fédération a réuni les maîtres d’ouvrage, collectivités et bailleurs sociaux, autour d’un même objectif : présenter aux entreprises locales les consultations et appels d’offres qui seront lancés dans les 18 prochains mois.
Au total, près de 130 opérations ont été recensées. Leurs montants vont de quelques dizaines de milliers d’euros à plusieurs dizaines de millions d’euros, pour une enveloppe globale estimée à 600 millions d’euros de travaux. Parmi les donneurs d’ordres mobilisés figurent la Région, le Département de Loire-Atlantique, la Carene, la Ville de Saint-Nazaire, ainsi que plusieurs bailleurs sociaux comme Nantes Métropole Habitat, Atlantique Habitations ou Habitat 44. En raison du contexte des élections municipales, la ville et la métropole nantaise n’étaient pas représentées. "La vocation de cet exercice, c’est à la fois de donner de la visibilité aux entreprises sur l’activité qui va être lancée, mais aussi de démystifier l’accès aux marchés publics", explique Valérie Desveaux, présidente de la FFB 44.
La commande publique en soutien
Dans un contexte marqué depuis 2022 par le recul de la construction neuve, l’attentisme des ménages et la baisse des investissements privés, la commande publique joue plus que jamais un rôle d’amortisseur. "La commande publique a un rôle majeur de soutien de l’activité, c’est incontestable", insiste la dirigeante. Pour certaines PME, son poids est déterminant. Valérie Desveaux, qui dirige elle-même une entreprise d’une trentaine de salariés, indique ainsi que 60 % de son activité dépend des marchés publics.
La FFB 44 voit aussi dans cette matinée un moyen d’inciter davantage de TPE et PME à s’intéresser à ces marchés. Toutes les opérations présentées ne relèvent pas de très grands chantiers. Certaines, de taille plus modeste, peuvent être accessibles à des entreprises artisanales ou spécialisées. "Pour les maîtres d’ouvrage, l’enjeu est aussi de mieux faire connaître leurs projets afin de susciter davantage de réponses, explique Valérie Desveaux. Car, dans certains cas, le nombre d’offres reçues reste insuffisant".
Des entreprises plus fragiles qu’en 2022
Si ce volant de travaux est accueilli comme un signal positif, la présidente de la FFB 44 se garde de tout triomphalisme. Selon elle, les entreprises du bâtiment abordent cette période dans une situation plus fragile qu’au moment du précédent choc inflationniste. "Les trésoreries ne sont pas au mieux aujourd’hui, les prix ont baissé, les charges ont augmenté et les marges se sont comprimées", alerte-t-elle. Des hausses de prix annoncées par certains industriels à partir du mois de mai, liées à la hausse des coûts des énergies, pourraient de nouveau raviver les tensions entre entreprises et donneurs d’ordres sur l’équilibre économique des chantiers.
Dans ce climat, la fédération insiste sur la nécessité d’un dialogue plus fluide entre acheteurs publics et entreprises. "L’objectif est d’éviter les incompréhensions sur les contraintes de chacun, dit la présidente de la FFB 44. Contraintes liées du calendrier des consultations, des capacités de réponse ou des révisions de prix rendues nécessaires par l’évolution des coûts".
L’accès des PME aux marchés au cœur du débat
Au-delà du montant des travaux annoncés, la FFB 44 a voulu faire de cette édition un temps de débat sur l’organisation même des marchés. Une table ronde était consacrée à la "dévolution" des marchés de travaux, autrement dit à la manière dont les opérations sont structurées : allotissement par corps d’État (gros œuvre, peinture, menuiserie, électricité, etc.) ou marchés globaux confiés à une entreprise générale qui distillera elle-même des lots.
Sur ce point, la fédération défend le découpage en lots séparés, jugé plus favorable aux PME locales. "C’est le mode qui permet la plus grande facilité pour les TPE-PME de répondre", estime Valérie Desveaux. À l’inverse, les marchés globaux favorisent selon elle la sous-traitance en cascade et la captation d’une partie de la valeur par un intermédiaire, autrement dit de la marge, au détriment des entreprises de spécialité.
Le neuf et la rénovation
Alors que les promoteurs immobiliers ne cachent pas faire grise mine, on observe quelques frémissements sur la maison individuelle, portés notamment par la stabilisation des taux et le prêt à taux zéro. "On constate une augmentation de la construction des maisons individuelles entre 2024 et 2025, précise Valérie Desveaux. En un an, en France, les ventes sont passées de 50 000, le plus bas jamais atteint depuis 20 ans, à presque 70 000." Loin toutefois des 140 000 de 2021.
Quant à l’entretien et la rénovation, souvent présentés comme un relais de croissance, ils ne compensent pas la crise. Les hésitations autour du financement de la rénovation énergétique (MaPrimeRénov') continuent, selon la fédération, de freiner les projets des particuliers comme des copropriétés.
Des raisons de croire à une éclaircie subsistent. Des bailleurs sociaux, comme la Nantaise d’habitations, investissent par exemple 70 millions d’euros par an dans la réhabilitation de leur parc de 14 000 logements et près de 25 millions d’euros dans la construction de logements neufs. Quant à la Région Pays de la Loire, dans le cadre de sa stratégie d’investissement dans les lycées 2025-2030, elle mobilise un investissement inédit de 850 millions d’euros sur 6 ans. Cette manne a vocation à permettre la construction de nouveaux lycées ou la réhabilitation de certains de ses 116 lycées. Une aubaine dont ne sauraient se priver les entreprises du bâtiment, présentes en nombre à Saint-Herblain, et toutes membres d’une filière qui reste suspendue à la relance plus large de la construction, en Loire-Atlantique, et ailleurs.