Le bâtiment en Auvergne Rhône-Alpes traverse une zone de turbulences. Après une période post-Covid marquée par un rattrapage d’activité, la tendance s’est brutalement inversée. "Depuis deux ans, la construction neuve de logements individuels a chuté de 50 %. Sur la même période, nous avons perdu près de 3 % de salariés, soit environ 5 000 personnes", alerte Samuel Minot, président de la Fédération Française du Bâtiment (FFB) en Auvergne Rhône-Alpes. La disparition du dispositif Pinel fin 2024 et la montée des taux d’intérêt ont encore accentué le ralentissement.
Selon Ellisphere, les défaillances d’entreprises du BTP ont bondi de + 12,5 % entre septembre 2024 et septembre 2025, atteignant des niveaux inédits. Le Rhône enregistre une situation particulièrement critique avec une explosion de + 76 % des défaillances dans le secteur. Les carnets de commandes se vident, et un tiers des entreprises disposent d’une visibilité inférieure à un mois, selon la CAPEB Auvergne Rhône-Alpes. "Les défaillances d’entreprises atteignent des niveaux très haut, qui vont se poursuivre à court et moyen terme. Nous ne pouvons pas être confiants, ni enthousiastes", poursuit-il.
L’incertitude politique et la fin des dispositifs pèsent lourd
Pour les acteurs du bâtiment, la conjoncture politique et budgétaire fragilise davantage la reprise. "L’activité du bâtiment dépend directement de la volonté publique de construire. Aujourd’hui, tout est bloqué : le projet de loi de finances tarde, les aides changent sans cesse, les particuliers n’ont plus confiance pour investir", déplore Samuel Minot. Le gel temporaire de MaPrimeRénov', qui soutenait la rénovation énergétique, a accentué la défiance. Les artisans et petites entreprises, déjà fragilisés, peinent à maintenir leurs marges et leur trésorerie.
Former, stabiliser, redonner confiance
Face à ce contexte tendu, la FFB et la CAPEB misent sur la formation et la préservation des compétences pour préparer la reprise. "Nos fédérations sont des incubateurs d’initiatives locales. Nous devons continuer à former et à accompagner les dirigeants dans la transition écologique, la fiscalité ou le recouvrement, poursuit Samuel Minot. La relance passera par une politique claire et durable. L’État doit arrêter de modifier les règles tous les six mois. La stabilité réglementaire est essentielle pour redonner confiance aux particuliers comme aux entreprises".
Si la rénovation énergétique est souvent présentée comme un relais de croissance, elle ne peut compenser à elle seule la chute du neuf. Ce marché ne représente que 6 % de l’activité globale du bâtiment, contre 45 % pour la construction.