Rue de la République, à Aubagne. Sur les devantures de certains commerces, une affichette engagée clame le refus de voir aboutir le projet de création d'une ligne de tramway en plein centre-ville d'Aubagne, porté par l'agglomération du Pays d'Aubagne et de l'Étoile. Un projet inscrit dans le programme municipal de Daniel Fontaine, le maire de la commune. Cette ligne de neuf kilomètres reliera à terme La Penne-sur-Huveaune à la zone commerciale des Paluds, à Aubagne. Les travaux devraient se faire en trois phases: 2014, le Charrel/la gare, 2016, la gare/les paluds et 2019, La Penne-sur-Huveaune/Le Charel. «31% des 100.000 habitants de l'Agglo résident à moins de 500 mètres de ce tracé», explique Bertrand Robin, chef de projet de la Mission tramway. Le coût du projet est évalué à 16M€ du kilomètre. Une fourchette basse estimée réaliste au vu du peu de déclivité du terrain et des possibilités de placer les rails sans expropriation notamment. Un chiffre que contestent les opposants au projet, qui ont créé en juin dernier un collectif, baptisé Cata (collectif anti-tramway d'Aubagne), présidé par Stéphane Errard, qui vient de créer Parquet Aubagnais. «Le projet n'a absolument pas pris en compte la présence des commerces et des entreprises sur son parcours. Pourtant, l'Agglo finance la gratuité de ses transports en commun grâce à la taxe de versement transport prélevée sur les entreprises de plus de 9 salariés (1,8% de la masse salariale, ndlr)», enrage Stéphane Errard, qui vient d'investir 100.000 € dans le showroom qu'il a installé Avenue des Goums.
No parking, no business
«L'avenue va être en travaux durant des mois, et ensuite, le tramway passera devant ma boutique. Les places de parking qui existent actuellement auront disparu. Dans mon activité, les clients repartent rarement avec leurs palettes de parquets sous le bras en empruntant un tram, même gratuit. No parking, no business...», ajoute-t-il. La Mission tramway assure quant à elle garantir l'accessibilité aux commerces durant les travaux et le maintien du nombre total des places de parkings une fois le tram entré en service. De son côté, Marion Ravel, qui co-dirige avec sa soeur la poterie Ravel, installée depuis 170 ans dans la commune d'Aubagne, s'inquiète de l'accessibilité à son entreprise, située sur le parcours du tramway. «Nous allons être touchés de trois façons. Nous avons d'une part des camions qui nous approvisionnent en argile depuis Saint-Zacharie, nous avons ensuite des marchandises qui partent en palette tous les jours, et enfin, des clients qui viennent dans notre parking. Nous recevons 70.000 personnes par an. Je suis inquiète pour la sécurité des déplacements. Le tramway est fortement générateur d'accidents corporels. Les dépenses publiques très importantes, (200M€), doivent également profiter à l'économie locale qui les finance en grande partie au travers notamment de la taxe versement transport. Il est paradoxal qu'une ville historiquement attachée à son patrimoine céramiste, puisse mettre en péril sa dernière unité industrielle de production céramique», commente-t-elle. Comment va être payé le fonctionnement du tramway? À cette question, Bertrand Robin réplique que le montage financier ne reposera pas sur la création d'impôts supplémentaires sur les ménages. Que les subventions, la taxe de versement transport et les fonds propres de la ville permettent d'obtenir un équilibre financier. Une vision contestée par de nombreux opposants. «Le versement transport ne touche que les entreprises de plus de neuf salariés, soit seulement 8% des entreprises installées dans la communauté», précise-t-il. L'enquête publique se tiendra en début d'année 2012. Ensuite débuteront les travaux. Pour Philippe Beltrando, de l'entreprise Barbotine, installée à quelques mètres de la rue de la République, le tramway répond à un phénomène sociétal. «Y a-t-il vraiment un avenir pour la voiture en centre-ville? Plutôt que d'être dans une posture défensive, je pense qu'il est important de chercher des relais de croissance ailleurs, pourquoi pas dans la vente à distance par internet...»
Aménagement Le projet de la création d'une ligne de tramway en plein centre-ville d'Aubagne inquiète commerçants et entreprises.