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Au-delà des idées reçues, la France continue d’être la championne européenne de l’attractivité
Enquête France # Attractivité

Au-delà des idées reçues, la France continue d’être la championne européenne de l’attractivité

En 2024, la France est le pays européen qui a attiré le plus d’investissements étrangers, selon une étude d’EY sur l’attractivité. Une première place qu’elle occupe pour la sixième année de suite, devant le Royaume-Uni. Ce succès, discret, en dit pourtant long sur les atouts du pays, au-delà de ses défauts de coût du travail traditionnellement évoqués.

Parmi le millier de projets d’investissements étrangers recensés en 2024, celui d’AstraZeneca. Le groupe pharmaceutique anglais va injecter 388 millions de dollars sur son site de Dunkerque — Photo : Astrazeneca

La France, championne européenne des investissements étrangers, une nouvelle fois en 2024. Le pays se classe en tête du nombre d’investissements directs étrangers, selon une enquête d’EY diffusée ce 15 mai. Il s’agit de projets d’implantation ou d’extension, portés par des entreprises étrangères. Pour la France, il s’agit en réalité d’une large majorité d’extensions, qui génèrent peu de nouveaux emplois. Un point qui pâtit de limites structurelles, et reste à améliorer.

Les investissements étrangers en Europe au plus bas

Au cours de l’année 2024, la France a attiré 1 025 projets, soit près de 200 de plus que le Royaume-Uni, et 400 de plus qu’en Allemagne. Les trois pays accusent néanmoins une baisse importante de ces projets par rapport à 2023 (entre 13 % et 17 % de diminution).

"Les investissements directs étrangers sont à leur niveau le plus bas depuis 9 ans en Europe. Le nombre de projets a diminué de 5 % entre 2023 et 2024, et le nombre d’emplois a diminué de 15 % sur la même période", détaille Yannick Cabrol, directeur associé chez EY. La conjoncture, morose, est directement liée à la situation géopolitique mondiale.

Avec Biden, les investisseurs américains se sont retirés

"Nous faisons face à un renversement de la dynamique d’attractivité, souligne Yannick Cabrol. Auparavant tirée par les États-Unis, on observe désormais un retrait des investisseurs étasuniens".

Un effet direct du retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier ? Plutôt de son prédécesseur, corrige notre interlocuteur. "La loi de l’Inflation Reduction Act (IRA) adoptée par Biden en 2022 a provoqué beaucoup de relocalisations aux États-Unis, d’où la baisse de 24 % du nombre de projets depuis 2022. À l’inverse, les investissements ont progressé de 20 % aux États-Unis, dans le même temps", assure le directeur d’EY.

"La perception des autres puissances à l’égard de l’UE est beaucoup plus positive que celle que nous avons de nous-mêmes"

Le protectionnisme américain n’a donc pas attendu Donald Trump pour s’exprimer. Sa guerre des taxes n’améliore cependant pas la situation, et touche en premier l’industrie et les services. Un raidissement des relations commerciales avec les États-Unis qui peut être transformé en opportunité pour les Européens, d’élaboration d’une stratégie commune.

"La perception des autres puissances à l’égard de l’UE est beaucoup plus positive que celle que nous avons de nous-mêmes", commente Yannick Cabrol. "Les autres pays voient que nous sommes capables de négocier d’une seule voix avec l’administration Trump les barrières douanières. Eux ne le peuvent pas", pointe-t-il. Un atout pour l’Europe, qui a obtenu une suspension des droits de douane pour 90 jours, mais garde sa riposte prête, au cas où les négociations n’aboutiraient pas.

La France, pays d’excellence pour l’innovation

Dans ce contexte économique mondial chamboulé, la France tire malgré tout son épingle du jeu. Le pays est en tête de l’Europe pour le nombre de projets, mais aussi pour le nombre d’implantations et d’extensions d’usines. Avec 415 investissements industriels en 2024, la France a attiré plus d’un quart des projets manufacturiers étrangers en Europe. Le pays est aussi deuxième pour les centres de décision et les activités financières.

"La France reste particulièrement excellente pour attirer des activités à très haute qualité, dans la technologie, le numérique", explique Yannick Cabrol. Un lieu porteur pour l’innovation, rendu possible grâce à la qualité des infrastructures numériques et énergétiques.

Un moindre nombre d’emplois créés par les investissements

Le tableau se ternit en revanche lorsqu’on se tourne vers les emplois. Le pays n’arrive en effet qu’à la neuvième place du classement sur le nombre d’emplois par projet. Là où en Espagne, un projet crée en moyenne 125 emplois, en France, ce sont seulement 30 emplois en moyenne.

"Les projets qui créent le plus d’emplois sont les projets industriels, en phase de création. Or, en France, les deux tiers des projets industriels sont des extensions, tandis qu’en Espagne, la moitié d’entre eux sont des nouveaux projets", analyse le directeur d’EY. Pourquoi la France attire-t-elle aussi peu de projets industriels ? Des limites structurelles entrent en jeu.

Les limites à l’attractivité de la France

D’abord, le pays fait face à un manque de disponibilité et de qualité de la main-d’œuvre dans l’industrie. En Europe, les pays les mieux placés sur ces critères sont l’Espagne, l’Italie, la Pologne. "Avec un taux de chômage un peu plus élevé, ils disposent d’une forte disponibilité d’ouvriers qualifiés", souligne Yannick Cabrol. À l’inverse, le nombre de projets industriels menés par des sociétés étrangères (415) en France a diminué de 22 % par rapport à 2023. Dans le même temps les restructurations et fermetures de sites ont augmenté. Conséquence : "Les industriels étrangers ont généré 74 % d’emplois en moins en France qu’en 2023", note l’étude d’EY.

44,11 euros de l’heure

Le deuxième frein, sans surprise, c’est le coût du travail. La main-d’œuvre coûte en moyenne 44,11 euros de l’heure dans l’industrie et les services marchands, contre 17,30 euros de l’heure au Portugal, et un peu moins de 26 euros de l’heure en Espagne.

Un coût du travail à nuancer cependant. Sur certains secteurs comme le marketing digital ou la recherche fondamentale, la France est très compétitive, car les salaires sont moins élevés que dans les autres pays européens. Le revers de la médaille, c’est que les chercheurs sont davantage tentés de partir à l’étranger.

L’instabilité politique brouille la visibilité des investisseurs

La dissolution de l’Assemblée nationale en juin dernier a aussi rebattu les cartes pour les investisseurs étrangers. Jusque-là considérée comme un pôle de stabilité politique en Europe, la France manque désormais de visibilité réglementaire.

Yannick Cabrol, directeur chez EY : "Les investisseurs considèrent que l’attractivité de la France a considérablement augmenté sur dernières années et qu’elle devrait continuer d’augmenter" — Photo : EY

Sans avoir totalement renoncé à leurs investissements dans le pays, nombre de dirigeants sont attentistes depuis l’été dernier. 49 % des dirigeants étrangers avaient ainsi réduit ou reporté leurs investissements en France après la dissolution, selon une étude d’EY parue en novembre 2024.

Les investissements directs étrangers : un fort effet d’entraînement

Quel est l’intérêt pour la France d’attirer des investissements étrangers ? "Les investissements directs étrangers (IDE) sont une bonne chose pour moderniser les tissus productifs, créer des emplois dans des territoires qui en manquent, à l’extérieur des métropoles", explique Yannick Cabrol.

Loin d’être des "îlots" sans lien avec le lieu dans lequel ils s’implantent, les sociétés étrangères s’imbriquent dans une chaîne déjà existante. Elles sont en réseau avec un tas de sous-traitants, fournisseurs, locaux. "Elles ont un effet d’entraînement très fort sur un territoire", résume le directeur d’EY.

17 %

L’Insee a mesuré cet effet d’entraînement. Selon l’Institut, 18 800 entreprises sont sous contrôle étranger en France, soit 1 % de l’ensemble des sociétés. Elles emploient 2,3 millions de personnes, soit 13% de la masse salariale française et contribuent à 17 % du PIB, 22 % de la R & D privée et 35 % des exportations industrielles. Un poids considérable qui pourrait croître dans les années à venir. "Les investisseurs considèrent que l’attractivité de la France a considérablement augmenté sur dernières années et qu’elle devrait continuer d’augmenter", souligne Yannick Cabrol.

Une perspective qui tord le cou aux discours négatifs sur l’attractivité de la France à l’étranger. D’ailleurs, si on peut regretter que le pays accueille peu de nouvelles implantations, le nombre important de projets d’extension montre que les entreprises qui ont choisi la France, continuent à la choisir.

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