Dans le monde numérique du cloud souverain, la région Sud tient un potentiel champion. C’est en tout cas l’ambition de David Gurle, l’ancien PDG et fondateur de la licorne Symphony (messagerie instantanée pour les sociétés financières), passé, entre autres, par Skype et Thomson Reuters. En lançant récemment la holding Antimatter à Cannes, l’entrepreneur espère déployer une infrastructure cloud à l’échelle de la planète qui pourrait aller titiller, à terme, les mastodontes du secteur.
Empreinte environnementale réduite
Ici, pas question de construire des data centers géants, très consommateurs d’énergie et casse-tête à sortir de terre d’un point de vue administratif. En regroupant dans la nouvelle structure deux de ses entreprises, Hivenet et Policloud, ainsi que Datafactory (la filiale américaine) fondée par les Français Richard Détente, Guillaume Goualard et Richard Esteve, son choix consiste à contourner les difficultés habituelles. Par quel miracle ? En maîtrisant l’ensemble de la chaîne (matériel, énergie, logiciel…) via des micro-data centers qui occupent des containers de 20 ou 40 pieds, consomment moins d’électricité (en captant par exemple les surplus de la production d’éoliennes), n’ont pas besoin d’eau pour le refroidissement et peuvent être livrés en moins de six mois au lieu des deux à trois ans habituels tout en étant aussi performants que les autres, assure la direction.
La NSA, c’est non
Concrètement, tous ces petits modules en containers sont connectés entre eux. Ils constituent, chacun, les "nœuds" d’un réseau cloud complet offrant des ressources de calcul haute performance et du stockage sécurisé. "Pour les déployer, il faut de la fibre, l’électricité et un périmètre relativement sécurisé", explique Rémy Bompar, vice-président des ventes et des partenariats de Hivenet.
Dans le contexte géopolitique actuel, la question de la souveraineté demeure évidemment centrale. Afin de protéger du monde extérieur les données de ses clients, Antimatter propose "une technologie d’encryptage" et un système permettant que celles-ci passent uniquement par les data centers choisis par les utilisateurs, détaille-t-il, évitant si besoin ceux basés dans des pays étrangers : "Beaucoup de nos clients européens sont très regardants sur la souveraineté. Ils demanderont par exemple à n’utiliser que les nœuds français."
Un potentiel de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires ?
Actuellement, la société compte une dizaine de mini data centers sous la marque Policloud dans le monde : 40 % en France notamment à Cannes et en Côte d'Or, 40 % aux Etats-Unis et 20 % sur le reste de la planète (Dubaï notamment). Une vingtaine de clients sont recensés "allant de la start-up à une entreprise de taille plus conséquente, en passant par le secteur public et une société cotée en Bourse".
Après plusieurs financements dont le dernier de 300 millions d’euros, soutenus par les fonds hexagonaux OneRagtime et Inria Participations, Global Ventures (Émirats arabes unis), SC Ventures (Singapour), la holding Antimatter, dont la majorité du capital est détenue par son créateur français David Gurle, affiche ses ambitions : "100 sites sont espérés d’ici à la fin 2027 et 1 000 en 2030" pour l’équivalent de 400 000 GPU. Le chiffre d’affaires voit lui aussi (très) grand. La société, aux quelque 70 salariés, vise 250 millions d’euros dans 18 mois et plus de trois milliards dans quatre ans.