Cinq ans. Il aura fallu à Maurice Farine, président du conseil d'administration de la Confiserie du Roy René, cinq longues années de recherches, de négociations et de tracas administratifs pour venir à bout de son projet. Le 11septembre dernier, l'emblématique fabricant de calissons aixois a officiellement posé la première pierre de ses nouveaux ateliers, qui devraient être inaugurés au cours de l'été 2013 le long de la route d'Avignon, à Puyricard. «Nous sommes arrivés à la fin de l'acte 1 d'une extraordinaire aventure: construire en France un outil industriel en 2012», sourit le dirigeant. Et d'ajouter, philosophe: «Si un chef d'entreprise s'arrêtait à chaque fois qu'une contrainte administrative se dressait devant lui, il n'y aurait plus d'industrie».
Un parcours du combattant
L'homme se veut serein, et pourtant, le chemin qu'il a suivi ressemble à s'y méprendre à un parcours du combattant. «Trouver un terrain pour y bâtir un site industriel à Aix-en-Provence est atrocement difficile, voire impossible, confirme-t-il. Je devais pourtant quitter impérativement mon usine de la Pioline, qui n'est plus adaptée au développement de mon activité. Nous sommes trop à l'étroit, ce qui induit des ruptures de charge et des manques de productivité». Après des années de recherches infructueuses, Maurice Farine est finalement parvenu à trouver le terrain de ses rêves. «J'ai eu la chance que des confrères calissoniers aixois, les frères Hospital de la Confiserie Nouvelle, qui avaient l'âge de passer la main, aient été propriétaires de ce terrain à la sortie d'Aix-en-Provence, explique-t-il. Il y a environ dix-huit mois, ils m'ont proposé de prendre leur suite et de reprendre également le terrain. Ça a été un énorme soulagement pour moi...» Pour autant, l'épreuve ne s'est pas arrêtée là. «Le terrain comprend un site assez remarquable, le "tertre des Templiers", qu'il nous a fallu préserver, confie Maurice Farine. Nous avons par ailleurs eu l'obligation de concevoir une usine qui, une fois terminée, permet de voir le tertre depuis la route. Nous avons donc été contraints de terrasser plus de 1.500 semi-remorques de terre... Et ce n'est qu'un exemple, relativement emblématique de l'ensemble des difficultés administratives que nous avons affrontées». Pourtant, Maurice Farine estime avoir bénéficié d'un accompagnement adéquat de la part des élus locaux, ainsi que des techniciens concernés par le dossier. «J'ai eu la chance de pouvoir échanger avec des interlocuteurs qui m'ont expliqué les subtilités de la loi», sourit-il, tout en martelant un message à la résonance éminemment politique: «Personnellement, je n'ai eu aucun problème avec les banques pour rassembler la somme nécessaire au lancement de mon projet. Aujourd'hui, ce n'est pas d'une banque de l'industrie dont nous avons besoin pour créer de l'activité et des emplois, mais d'un assouplissement des lourdeurs administratives».
100.000 visiteurs attendus chaque année
À peine lancés, les travaux s'annoncent titanesques. L'usine, qui aura nécessité un investissement de 12M€, s'étendra sur une surface au sol de 4.400m². Avec une spécificité: «Nous souhaitons devenir le premier bâtiment industriel de la région à pouvoir candidater au label Bâtiment durable Méditerranée», annonce Maurice Farine. Ce qui implique l'adoption d'une politique spécifique en matière d'énergie, de traitement des eaux, d'agencement du bâti et du paysage, mais aussi une intégration dans un processus de responsabilité sociétale et économique. Et côté business, pour Maurice Farine, l'enjeu est énorme. «Ce nouvel outil va nous permettre de progresser dans notre métier de base, mais aussi de conquérir de nouveaux marchés qui nous étaient jusque-là inaccessibles, comme celui de l'accompagnement de cafés. Nous avons par ailleurs conçu le projet dès l'origine de manière à pouvoir accueillir 100.000 visiteurs par an à l'horizon 2017. Nous misons beaucoup sur le tourisme industriel, un secteur qui crée en moyenne un emploi tous les 10.000 visiteurs». Usine ultramoderne, bâtiment respectueux de l'environnement, site touristique: la nouvelle unité de la Confiserie du Roy René sera un peu tout cela à la fois. «Je suis en train de réaliser le rêve de ma vie professionnelle», confie Maurice Farine. Un rêve qui, dans les cinq prochaines années, pourrait bien porter son entreprise dans le top 5 des confiseries à capital français.
Confiserie du Roy René
Aix-en-Provence Maurice Farine 75 salariés CA2010 : 7,8 M€ 04 42 39 29 89 www.calisson.com