Certaines innovations semblent aussi révolutionnaires qu’évidentes. Au point que l’on se demande alors pourquoi personne n’y a pensé avant. C’est clairement le cas de la technologie d’encapsulation développée par la start-up marseillaise Biotech One et de l’automate EncapX qu’elle a conçu pour la mettre en œuvre. Un équipement breveté en 2025, qui permet d’enrober des substances actives (pour les protéger) mais aussi d’uniformiser leur taille afin d’améliorer leur stabilité, leur conservation et leur délivrabilité.
"Ce qui est primordial pour tous les nouveaux traitements avec des molécules fragiles : l’ARN, dont on a beaucoup parlé avec le vaccin Pfizer contre le Covid, les médicaments anticancéreux, les thérapies géniques, les antioxydants ou encore les peptides," explique Fabien Balme, dirigeant de cette biotech qui cible les secteurs pharmaceutique, cosmétique, nutraceutique et alimentaire. Après trois ans de R & D, il vient de lever un million d’euros sur deux ans, fin 2025, pour passer au développement commercial. Soit 500 000 euros auprès de la Région Sud et 500 000 euros auprès de Caap Création (Crédit agricole).
Un million d’euros levés pour la commercialisation
"Cela nous permet de participer à des congrès et de nous appuyer sur des ambassadeurs scientifiques pour nous faire connaître, mais aussi de constituer un stock pour pouvoir livrer les équipements sous trois mois", détaille Fabien Balme, ingénieur thermicien longtemps en poste chez Siemens avant de devenir entrepreneur. Grâce à un exit en 2022, il a disposé de fonds qu’il a réinvestis dans Biotech One, créé par une connaissance pour exploiter le CO² supercritique (qui combine les propriétés du CO² à l’état liquide et gazeux) qu’il utilise aujourd’hui pour l’encapsulation avec EncapX… qui a été breveté par son épouse, chercheuse à l’université et membre du comité scientifique.
Une usine en projet à Marseille
" Au début, je ne voulais pas lever de fonds, mais après avoir dépensé mes 450 000 euros dans la R & D, c’était nécessaire pour avancer", estime le dirigeant de cette Jeune entreprise innovante (JEI), qui consacre encore 30 % de ses dépenses à ce poste, pour développer d’autres applications, moins matures, avec le CO² supercritique.
Après avoir vendu sa première machine à un laboratoire universitaire italien, Biotech One est prêt à industrialiser sa production chez un équipementier de l’est de la France, avec qui une joint-venture doit être réalisée prochainement, dès 25 équipements commercialisés, pour créer une usine dédiée à Marseille. En plein processus "d’adoption", la start-up vise 50 machines vendues (à 100 000 euros l’unité en moyenne) par an dès 2027.
Un marché "exponentiel"
Car contrairement à la méthode microfluidique actuellement utilisée par la plupart des laboratoires pour encapsuler les molécules fragiles, EncapX peut permettre de produire à grande échelle. "On peut donc disrupter ce marché en amenant une énorme valeur ajoutée", assure Fabien Balme, qui estime que les débouchés sont "exponentiels". "Pendant longtemps, l’encapsulation n’était pas un sujet, ça l’est devenu avec l’ARN, et tous les nouveaux traitements qui ont besoin d’être stabilisés. La microfluidique a apporté une solution mais elle n’est pas scalable et personne n’a cherché à la remplacer, explique-t-il. Les laboratoires se focalisent sur les molécules, ils n’ont pas de spécialistes de l’encapsulation."
Un process industrialisable
C’est là qu’intervient Biotech One, qui assure recevoir "un accueil extraordinaire". "On communique seulement depuis quelques mois et chaque rendez-vous débouche sur une demande de devis, c’est prometteur." Les premiers clients potentiels sont les laboratoires académiques, les biotech et les organisations de recherche contractuelle, qui interviennent en amont et ont besoin d’EncapX au moment de la formulation. Mais le même équipement est utilisable pour industrialiser la production. Seule l’échelle change. L’Inserm, avec qui Biotech One collabore sur un anticancéreux, pourrait acheter une machine pour ses recherches. Tandis qu’un laboratoire comme Pfizer pourrait à terme en commander des centaines pour produire des vaccins plus stables, conservables à des températures bien plus élevées qu’actuellement.
De quoi nourrir considérablement un business model hybride combinant vente d’équipements, de services de recherche et d’accompagnement. Objectif : une levée de fonds en série A d’ici 3 à 5 ans, après avoir atteint le rythme d’une cinquantaine de machines vendues par an et une valorisation à 10 millions d’euros, contre 4,2 millions d’euros aujourd’hui. Le ticket serait alors à 5 millions d’euros.