À l’occasion de sa traditionnelle conférence de presse annuelle, le 21 janvier 2025 au B612 à Toulouse, Aerospace Valley (851 membres), pôle de compétitivité des filières aéronautique, espace et drones en Occitanie et Nouvelle-Aquitaine qui fête ses 20 ans, a fait part de son action en faveur de la structuration d’une filière régionale sur le carburant d’aviation durable (ou SAF, pour sustainable aviation fuels) dans le grand Sud-Ouest.
Vers des solutions d’avenir
“Le pôle a la force de sa diversité, il permet de faire travailler ensemble des utilisateurs finaux (compagnies aériennes, aéroports, avionneurs), explique Bruno Darboux, le président d’Aerospace Valley. Airbus (à Toulouse-Blagnac), Dassault (à Mérignac) et ATR (à Toulouse-Francazal) sont les plus gros consommateurs de carburants dans le Sud-Ouest de la France, avec tous les vols d’essais sur leurs machines. Les producteurs, eux, sont des nouveaux entrants dans l’association du pôle. Ils y trouvent un terrain propice à travailler ensemble, entre acteurs industriels, et avec les collectivités territoriales. Et l’on sait que pour implanter une usine, tout le monde doit s’y mettre. Aerospace Valley joue le rôle de fédérateur, avec le challenge de l’innovation, c’est-à-dire d’aller toujours vers des solutions d’avenir.”
Or, le Grand Sud-Ouest (Occitanie et Nouvelle-Aquitaine) a la volonté d’être pionnier sur le développement de l’usage des SAF. “C’est un nouveau secteur industriel qu’il convient de monter. Il se fait en associant des parties publiques et privées et en créant une chaîne de valeurs compétitive”, ajoute-t-il. Pour produire du SAF, il faut à la fois pouvoir accéder à des ressources primaires (biomasse, électricité, CO2 capté) et gagner la bataille de la compétitivité face au kérosène fossile, bien moins cher que les carburants d’aviation durables aujourd’hui. Quant aux volumes d’investissements annoncés, ils sont colossaux : Bruno Darboux évoque 1 milliard d’euros d’investissement nécessaire pour réaliser une usine de production de 70 000 tonnes annuelles de SAF.
Des volumes à produire assez modestes
“L’État a commencé à sponsoriser le développement de projets, via le premier appel de l’Ademe il y a deux ans, relève Bruno Darboux. Un deuxième appel France 2030, Carb Aero (enveloppe de 200 M€), a été lancé. Ce volet de l’aide publique est essentiel pour que nos acteurs puissent franchir l’étape de l’industrialisation. Ce sujet est absolument stratégique, non seulement pour nos filières mais aussi pour l’économie du pays et sa capacité à être plus indépendante et limiter ses importations d’énergie.” Il n’en reste pas moins qu’une réelle dynamique est enclenchée car les SAF sont centraux dans la stratégie de décarbonation du transport aérien au niveau mondial.
Au niveau européen, le règlement Refuel EU impose déjà 2 % d’utilisation des SAF en 2025, 6 % en 2030, 20 % en 2035 et 70 % en 2050. “Les régions Occitanie et Nouvelle-Aquitaine se sont dotées d’ambitions qui vont au-delà des minima réglementaires, poursuit Bruno Darboux. Il n’y a pas de plateformes aéroportuaires de niveau mondial dans le Sud-Ouest, les volumes à produire sont donc relativement modestes, si bien que l’on peut relever le challenge de produire en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie tout le SAF qui sera nécessaire pour les avions qui décollent de Mérignac, de Blagnac, de Biarritz, etc.” Ce besoin est estimé à 200 000 tonnes par an.
Plusieurs projets en cours
Aerospace Valley accompagne d’ores et déjà un certain nombre d’initiatives menées dans les deux régions. Le projet ICEO en Occitanie, par exemple, réalisé conjointement avec Airbus, la Région, l’État, l’aéroport de Toulouse-Blagnac, mais aussi ceux qui émergent sur le bassin de Lacq (Pyrénées-Atlantiques), tout comme l’amorçage d’études sur la ressource biomasse avec la Fondation de l’Université de Bordeaux, ou encore le projet Pycasso, lancé par Terega avec Lafarge, pour le captage et l’acheminement du CO2. “Avec toutes ces initiatives, on pense que les premières productions de SAF dans nos régions devraient intervenir entre 2028 et 2030”, indique le président d’Aerospace Valley.
“Nous avons réussi à drainer sur le Sud-Ouest la plupart des monteurs de projets de production de SAF, poursuit-il. Ils sont tous membres du pôle qui les accompagnent pour trouver des interlocuteurs, des clients, sourcer des ressources primaires…” Ces acteurs se nomment Elyse Energy, Qair, MGH, Khimod, Axens (avec son projet Nacre), Saf + et Terega. “La production de SAF n’est pas seulement destinée à décarboner le transport aérien, insiste Bruno Darboux. Elle aura aussi un effet important sur le développement économique de nos régions.”