Nouvelle-Aquitaine
Sous-traitance aéronautique : "Les entreprises doivent transformer leurs outils de production et se diversifier"
Interview Nouvelle-Aquitaine # Aéronautique et spatial # Conjoncture

Bruno Darboux président du pôle de compétitivité Aerospace Valley "Les entreprises doivent transformer leurs outils de production et se diversifier"

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Les nombreux sous-traitants de l’aéronautique du Sud-Ouest ont leurs carnets de commandes pleins, mais sont confrontés comme toute la filière à des défis de financement et de recrutement pour monter en cadence. Un constat partagé par Aerospace Valley, pôle de compétitivité en Nouvelle-Aquitaine et Occitanie, qui prône des usines équipées pour les grandes séries et une multiplication des donneurs d’ordre.

Bruno Darboux, président du pôle de compétitivité Aerospace Valley — Photo : Aerospace Valley

Quel regard portez-vous sur la situation financière des sous-traitants de l’aéronautique dans la région ?

Les entreprises sont globalement assez endettées. Elles doivent faire face à des investissements énormes pour acheter des stocks, investir dans leurs outils de production, etc., sans pouvoir prouver leur capacité à rembourser parce qu’elles n’ont pas la visibilité à long terme. Que signifie concrètement pour elles un gros carnet de commandes des avionneurs ? (NDLR : représentant 11 ans de production pour Airbus par exemple) Pour les sous-traitants, la visibilité est plus courte, même si elle s'améliore, et les commandes des donneurs d'ordres ne sont pas garanties à vie.

Quelle doit être la priorité des investissements ?

J’insiste sur le fait que les entreprises doivent lancer des actions de transformation de leur outil de production. Celui des sociétés de rang 1 et 2 dans la chaîne de valeur date encore des années 1980, modernisé bien sûr, mais prévu pour des petites séries, pas des moyennes et grandes séries comme les commandes actuelles le nécessitent. Or, ce n’est pas le même métier. Les usines doivent être plus efficaces, plus automatisées, plus prédictives. C’est un aspect fondamental pour être plus serein et plus compétitif. On est souvent focalisé sur le court terme : éviter les défaillances et assurer les commandes d’Airbus et Dassault, il faut une vision à plus long terme.

"Les PME de Nouvelle-Aquitaine sont globalement plus diversifiées que les occitanes"

C’est précisément compliqué puisque les banques rechignent à accorder de nouveaux prêts…

Chaque société a du mal avec ses banquiers, qui doivent revoir la profondeur des remboursements, leur durée. Le nerf de la guerre c’est le financement. Les compétences et l’aptitude à travailler ensemble existent. La bonne nouvelle est que ce deuxième fonds de soutien (fonds lancé par la filière et baptisé Tikehau 2, NDLR) qui se déploie, est moins axé sur les défaillances mais plus sur la montée en puissance.

La filière est-elle homogène face à ces défis ?

Non, et c’est en grande partie dû à leur diversification. Les PME de Nouvelle-Aquitaine sont globalement plus diversifiées que les occitanes. Celles des environs de Toulouse travaillent la plupart du temps à 100 % pour Airbus et Safran. Or, une société qui a plusieurs donneurs d’ordres est plus à même de maîtriser son destin. On peut faire un lien avec la taille des entreprises, ce que constate l’étude du Gifas : les ETI ont davantage de difficultés parce que ce sont souvent des équipementiers spécialisés sur une ligne de production aéronautique, quand les PME sont plus agiles et s’en sortent mieux.

Sur quels autres secteurs ont-elles intérêt à se positionner ?

Chaque fois qu’elles peuvent se projeter sur une technologie type Défense ou énergie c’est une bonne option. En Occitanie, les sociétés travaillent aussi pour la Défense mais sur des contrats d’avions ou d’hélicoptères qui demeurent dans le cadre de gros programmes. C’est différent pour la Défense terrestre ou des applications dans le domaine de l’électronique. Dans tous les cas, marcher sur ces deux pieds civil-défense est nécessaire.

Les sous-traitants sont aussi confrontés au challenge du recrutement…

Oui mais ils ne s’en sortent pas si mal, ils s’adaptent avec des formations en interne post-embauche. Le pôle de compétitivité Aerospace Valley prépare un vaste plan avec les organismes de formation pour générer davantage de profils compétents et faire face aux besoins estimés dans le Sud-Ouest à 10 000 recrutements par an pendant 10 ans, et financés par France 2030. Il ne gérera pas la pénurie dans l’instant mais devrait porter ses fruits d’ici trois ans, un peu plus pour les ingénieurs.

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