Seine-Maritime

Industrie

Témoignage Guillaume de Sorbay (Simmad Escaliers et JPB Menuiserie) : "L’avenir de mes entreprises est compromis"

Par Isabelle Evrard, le 10 octobre 2022

En pleine croissance, les deux sociétés normandes de menuiserie Simmad Escaliers et JPB Menuiserie, basées à Notre-Dame-de-Bondeville, risquent pourtant de mettre la clé sous la porte. La faute à une facture d’électricité qui risque d'être multipliée par quinze. Guillaume de Sorbay raconte comment une médiation a été engagée avec l’opérateur. Sans succès. Soixante salariés pourraient se retrouver sans emploi.

Guillaume de Sorbay, dirigeant de Simmad Escaliers, JPB Menuiserie craint de devoir mettre la clé sous la porte : sa facture d’énergie a été multipliée par quinze.
Guillaume de Sorbay, dirigeant de Simmad Escaliers, JPB Menuiserie craint de devoir mettre la clé sous la porte : sa facture d’énergie a été multipliée par quinze. — Photo : DR

Pour Guillaume de Sorbay, l’aventure entrepreneuriale a démarré en janvier 2020, lorsque cet ancien responsable de marché au sein d’un groupe métallurgique, rachète deux entreprises de l’agglomération rouennaise : Simmad Escaliers et JPB Menuiserie, respectivement spécialisées dans la fabrique et la pose d’escaliers et les menuiseries PVC, bois, alu. Une aventure qui risque aujourd’hui de prendre fin avec la crise énergétique. Un paradoxe puisque depuis leur reprise, les entreprises connaissent une forte croissance de 10 à 15 points par an, avec près de 4 millions d’euros de chiffre d’affaires pour Simmad Escaliers et entre deux et trois millions pour JPB Menuiserie. "Une croissance telle que j’ai déjà créé huit postes, et décidé de déménager dans une usine de 4 500 m2 sur la commune d’Eslettes fin 2022. Un site deux fois plus grand et moins vétuste que l’actuel et surtout beaucoup moins énergivore de 30 % à 40 %. L’usine pourra ainsi accueillir dans un même lieu les quarante salariés de Simmad Escaliers et les vingt collaborateurs de JPB Menuiserie", explique Guillaume de Sorbay.

"Le dépôt de bilan assuré"

Malheureusement, l’opérateur qui fournit l’énergie aux deux sociétés refuse de transférer le contrat d’approvisionnement en électricité sur le site d’Eslettes, pourtant voisin de l’ancien site : "Mon contrat court encore sur deux ans mais l’opérateur argue qu’il ne s’agit pas d’un site supplémentaire, mais d’un déménagement : le fournisseur veut donc dénoncer mon contrat et revendre sur le marché une électricité qui m’est normalement réservée pour deux ans !" Résultat : au lieu des 80 euros du kwh du contrat original, l’entrepreneur se verrait facturer une nouvelle offre à 1 226 euros du Kwh : "Ma facture d’énergie passerait de 80 000 euros à 1,2 million d’euros ! Une situation intenable pour mes deux entreprises. C’est le dépôt de bilan assuré", craint le chef d’entreprise.

" Attendre et couler "

Guillaume de Sorbay a donc engagé un travail de médiation avec le fournisseur d’énergie. Sans succès. Le 7 octobre 2022, la médiation prenait fin sans qu’aucun accord n’ait été trouvé. "Mes entreprises nourrissent 60 familles et notre carnet de commandes est archi plein. C’est une catastrophe", reconnaît le dirigeant qui voit ses projets de développement tomber à l’eau. "J’ai placé toutes mes économies personnelles dans ces reprises et j’ai des emprunts à rembourser à mes partenaires financiers. Nous avons réussi à lever quatre millions d’euros en investissant dans un nouveau bâtiment, un nouveau parc machines, et en créant de l’emploi. Ce projet était l’occasion d’envoyer un signal fort à nos clients et de participer collectivement à la conception d’un espace de travail plus épanouissant et plus performant" avance Guillaume de Sorbay, aujourd’hui au pied du mur. L’avenir ? "Attendre et couler", avance le dirigeant qui a prévenu Bercy de sa situation "mais sans conviction". "Il n’y a que des annonces de volonté mais pas de prises de décisions réelles. Le gouvernement ne veut pas plafonner le prix mais seulement les profits à 180 euros le MGW et donc reverser le surplus a posteriori aux entreprises éligibles aux aides, dont je ne fais pas partie, c’est une véritable usine à gaz…"

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