Pays de la Loire

Industrie

Coronavirus : en Pays de la Loire, les entreprises se mobilisent pour fournir des masques

Par Jéromine Doux, le 23 mars 2020

Du transporteur DB Schenker au Puy du Fou, en passant par le géant du nautisme Beneteau et la maison de couture Marie Pirsch, les entreprises des Pays de la Loire se mobilisent pour fournir des masques aux professionnels de santé. En seulement une semaine, les initiatives recensées ont permis de réunir 1,8 million de masques, soit plus que le conseil régional qui en a commandé 1,5 million.

Le groupe Mulliez-Flory, spécialiste du textile santé dans le Maine-et-Loire.
Le groupe Mulliez-Flory, spécialiste du textile santé dans le Maine-et-Loire, vient de nouer un partenariat avec le fabricant nantais de drapeaux Ultima Displays pour fabriquer 3000 masques par jour en sous-traitance. — Photo : Groupe Mulliez-Flory

La PME sarthoise Initiatives, le transporteur vendéen DB Schenker ou le groupe Liebot ont déjà donné plus de 600 000 masques aux professionnels de santé. De leur côté, la maison de couture Marie Pirsch, l’industriel Europe Technologie ou la PME spécialisée dans la location et l’entretien de linge Khalyge ont réorganisé leurs outils de production pour produire elles-mêmes des masques. Enfin, le parc de loisirs Le Puy du Fou, le spécialiste du recyclage de cartouche Prolaser et un collectif de dirigeants et de soignants des Sables d’Olonne se sont organisés pour importer des masques de Chine.

Au total, ces initiatives – dont le recensement n’est pas exhaustif – permettent de réunir plus de 1,8 million de masques. Plus que la Région Pays de la Loire elle-même, qui a consacré 1,6 million d’euros pour l’achat d’1,5 million de masques.

Des stocks de masques oubliés dans les entreprises

« Nous avons ratissé les stocks de l’entreprise et nous avons découvert 354 000 masques », se réjouit Frédéric Vallet, le président de DB Schenker France (6 200 salariés, 1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires), basé à Montaigu (Vendée).

Alors qu’ils cherchaient à protéger ses chauffeurs, en contact avec une vingtaine de clients chaque jour, le transporteur et logisticien a déniché des centaines de milliers de masques de protection respiratoire de type FFP2, commandés à l’époque de l’épidémie de grippe A H1N1, en 2009. « Ils sont périmés mais l’agence régionale de santé (ARS) a effectué des tests et certifié qu’ils étaient toujours efficaces. Nous lui avons fait un don 300 000 masques. Le reste sera distribué à nos chauffeurs qui livrent notamment les hôpitaux. »

Le groupe Mulliez-Flory fabrique des masques pour les professionnels de santé.
Le groupe Mulliez-Flory fabrique des masques pour les professionnels de santé. - Photo : Le groupe Mulliez-Flory

Des masques périmés, toujours efficaces

Selon l’agence régionale de santé des Pays de la Loire, il est en effet « possible d’utiliser certains masques périmés. Une procédure est envoyée par le ministère de la Santé et des tests sont effectués pour vérifier leur efficacité. »

Les dons des entreprises sont ensuite distribués aux hôpitaux et aux professionnels de santé au sens large. La trouvaille de DB Schenker a d’ailleurs inspiré l’ARS pour diffuser un appel aux dons aux entreprises du transport et de la logistique, pour ceux qui auraient gardé des masques de l’époque du H1N1.

Des dons de masques en cascade

Ainsi, les sociétés qui découvrent l’existence d’anciens stocks se multiplient. La PME sarthoise Initiatives, spécialisée dans les solutions de financement de projets associatifs et de voyages scolaires, a donné 300 000 masques datant de 2009 à l’ARS. Tout comme la Caisse d'Épargne Bretagne Pays de la Loire qui a offert 100 000 masques chirurgicaux. Le groupe vendéen de menuiserie industrielle Liebot a, lui, fait un don de 7 000 masques, l’entreprise agroalimentaire Delpeyrat a fourni 4 000 masques à la Préfecture de Vendée et le géant du nautisme Beneteau a donné 1 000 masques.

Dans le BTP, la SAS guérandaise Jean Gueno (120 salariés, 16 M€ de CA), qui a suspendu son activité le 17 mars, a  également déstocké 1 400 masques FFP2 pour les médecins et services hospitaliers de Guérande.

Les entreprises du textile se réorganisent

Face au besoin, certaines entreprises se lancent même dans la production de masques, parfois pour compenser leur baisse d’activité. C’est le cas de Braxière, une jeune société basée près de Sainte-Hermine (Vendée), initialement spécialisée dans la conception de sous-vêtements, notamment à destination des femmes ayant été victimes de cancer du sein.

Mais, depuis le 17 mars, sa créatrice Macha Brizay s’est lancée dans la fabrication de masques en popeline de coton, doublés de coton. « J’ai beaucoup de tissu, j’avais acheté cela à une personne qui liquidait sa société », déclare-t-elle. En deux jours, Macha Brizay a vendu 96 masques. « Aux ambulanciers de Noirmoutier, à une société de maintenance et à un ami pharmacien dans l’Est, qui m’en a commandé 40 », énumère-t-elle.

« Mon activité principale est en pause, les masques me permettent d’avoir un revenu. »

Chaque masque est vendu 10 € TTC. Une aubaine pour l’entrepreneuse qui n’a pas livré de soutien-gorge depuis une semaine. « Mon activité principale est en pause, les masques me permettent d’avoir un revenu », précise-t-elle. Macha Brizay pense que sa production de masques va continuer à croître dans les jours à venir.

Le fabricant et fournisseur nantais d’équipements pour l’industrie Europe Technologie (370 salariés, 65 M€ de CA) a, quant à lui, relancé, depuis quelques jours, la production de modules nécessaires à la fabrication de masques chirurgicaux et de protection respiratoire FFP2, destinés aux soignants et aux malades. Une activité qui était restée peu active depuis la dernière épidémie de A H1N1 en 2009. Et cela devrait lui permettre d’amortir en partie sa perte d’activité, liée à la fermeture des sites de ses clients, dans l’aéronautique et l’automobile.

Enfin, à Cholet, le groupement professionnel Mode Grand Ouest promet de produire 250 000 masques par semaine, avec l'appui d'une trentaine d'entreprises locales.

Un masque chirurgical.
Un masque chirurgical. - Photo : Europe Technologies

Du luxe au masque

À Fontenay-le-Comte, en Vendée, la maison de couture Marie Pirsch, qui confectionne habituellement des vêtements de luxe, utilise également son outil de production pour répondre à la pénurie de masques.

« Beaucoup de médecins affirment que si les masques ne sont pas homologués, ce n’est pas bon, d’autres disent que c’est mieux que rien. Donc on a préféré créer une cellule de production, plutôt que de ne rien faire », explique Pierre Antoine Oury, associé du groupe Partson qui détient la société Marie Pirsch. Cinq couturières de la société travaillent dans les ateliers du Sud-Vendée depuis la semaine dernière. Les autres confectionnent des masques depuis leurs domiciles. Au total, quarante salariés sont mobilisés pour créer 6 000 pièces aux soignants et aux personnes exposées.

« Fabriquer des masques n’est pas rentable. »

De l’autre côté du département, près de Pouzauges, la PME Kalhyge, spécialisée dans la location et l’entretien de linge, a également intégré une activité couture dans ses locaux. Grâce à l’usine du géant du luxe Longchamp, située à côté, la PME a pu récupérer des machines à coudre et créer une petite unité de production de 12 salariés, recrutés via une société d’intérim. Car la société travaille d’ordinaire à 80 % pour des établissements de santé et conserve une activité soutenue.

Depuis une semaine, ces nouveaux collaborateurs produisent environ 1 000 masques lavables chaque jour. Du matériel à destination des industriels de l’agroalimentaire d’abord, dont le stock a été réquisitionné, et qui seront ensuite distribués aux Ehpad et aux soignants du territoire. « Début mars, nous avions une réunion avec Fleury Michon, qui nous faisait part de son manque de masques : la société a besoin de 15 000 pièces. Alors on s’est dit qu’on allait les produire », raconte le dirigeant Sébastien Philibert, qui approvisionne également le fabricant de produits apéritifs Tapasti et le spécialiste des produits de la mer L’Assiette Bleue. Pour autant, le dirigeant assure que, s’il rentre dans ses frais, « l’activité n’est pas rentable ».

À seulement quelques kilomètres, à la frontière entre la Vendée et le Maine-et-Loire, le groupe Mulliez-Flory (105 M€ de CA), spécialiste du textile santé, a réquisitionné son atelier du Longeron (Maine-et-Loire) pour fabriquer des masques, habituellement produits uniquement sur ses trois sites tunisiens. Grâce à cela, 11 000 masques supplémentaires, fabriqués en France, ont été distribués aux médecins et aux Ehpad.

Le groupe a également signé un partenariat avec l’entreprise nantaise Ultima Displays, spécialisé dans la confection de drapeaux. Grâce à son parc de machines, la société nantaise fabrique 3 000 masques par jour en sous-traitance. Le groupe cherche d’ailleurs d’autres entreprises en capacité de faire des masques pour nouer des partenariats de ce type. 

Depuis le début de l'épidémie de coronavirus, 11 000 masques fabriqués au Longeron, l'atelier du groupe Mulliez-Flory dans le Maine-et-Loire, ont été distribués aux médecins et aux Ehpad.
Depuis le début de l'épidémie de coronavirus, 11 000 masques fabriqués au Longeron, l'atelier du groupe Mulliez-Flory dans le Maine-et-Loire, ont été distribués aux médecins et aux Ehpad. - Photo : Groupe Mulliez-flory

Des importations chinoises

En Vendée, ceux qui n’ont pas la possibilité de lancer leur propre production se mobilisent également. Grâce à sa filiale chinoise, le Puy du Fou va, par exemple, offrir 500 000 masques aux hôpitaux. C’est aussi le cas de Prolaser, à La Boissière-des-Landes (Vendée), qui recycle des cartouches d’encre. Grâce à ses agents chinois, la société va pouvoir importer 150 000 masques pour le Département de la Vendée et 520 000 pour celui du Maine-et-Loire, selon Ouest-France. Nikolas Seferiadis, dirigeant d’Homkia, spécialisé dans les fenêtres, portes et volets aux Sables d’Olonne, a, quant à lui, rassemblé plusieurs dirigeants et médecins pour commander 5 000 à 10 000 masques en provenance de Chine. Ils ont investi près de 10 000 € dans ces protections. « Avec le transport, cela nous coûte 1 € le masque, précise Nikolas Seferiadis. Mais la plus grosse crainte que nous avons, c’est qu’ils n’arrivent jamais… »

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