France

Politique économique

Coronavirus : ce que prépare le gouvernement pour renforcer les aides aux entreprises

Par Stéphane Vandangeon, le 14 avril 2020

Aides spécifiques pour le tourisme, mesures pour les entreprises en difficulté, refonte du fonds de solidarité : après avoir évoqué la perspective d’un déconfinement progressif, l’exécutif se prépare à ajuster de nouveau son dispositif de soutien aux entreprises.

Compabilité
Le gouvernement prévoyait au début de la crise un plan d’urgence de 45 milliards d’euros. « On sera demain à plus de 100 milliards d’euros », a assuré le ministre de l’Economie Bruno Le Maire. — Photo : ©vizafoto - stock.adobe.com

Après l’annonce d’Emmanuel Macron de poursuivre le confinement jusqu’au 11 mai, le gouvernement va renforcer son dispositif d’aides aux entreprises. Avec un double objectif. D’une part, il s’agit de prolonger dans le temps les mesures existantes pour éviter que l’économie française, dont le PIB pourrait reculer de 8 % cette année d’après les dernières prévisions de Bercy, ne s’écroule comme un château de cartes. D’autre part, le gouvernement entend corriger certains dysfonctionnements observés depuis la mise en place de mesures décidées dans l’urgence.

« Assumer plus de dettes pour sauver plus d’entreprises »

Le gouvernement devrait en conséquence annoncer de nouvelles aides aux entreprises dans les prochains jours. Certaines d’entre elles seront présentées dès ce mercredi 15 avril, dans un projet de loi de finances rectificative. Ce projet de loi « vise surtout à nous donner l’argent nécessaire pour financer les différentes mesures de soutien », explique Bruno Le Maire, dans une interview accordée à BFMTV-RMC.

Pour le ministre de l’Économie, le cap reste inchangé : toute entreprise fragilisée par la crise sanitaire doit pouvoir trouver une solution. Et l’État assure qu’il ne laissera personne au bord de la route. Le gouvernement est prêt à « assumer plus de dettes pour sauver plus d’entreprises », assure Bruno Le Maire. Le gouvernement prévoyait au début de la crise un plan d’urgence de 45 milliards d’euros qu’il va doubler. « On sera demain à plus de 100 milliards d’euros », a assuré le ministre de l’Économie, tout en précisant que « s’il faut faire encore davantage, nous ferons encore davantage ».

Annulation de charges pour les professionnels du tourisme ?

Lors de son allocution du 13 avril, Emmanuel Macron avait déjà promis que l’État en ferait davantage pour aider les secteurs les plus durement touchés par l’épidémie de coronavirus. À commencer par les professionnels du tourisme qui ne seront pas autorisés à ouvrir à partir du 11 mai. Ils bénéficieront d’un « plan spécifique » a dévoilé le président de la République. Tout comme les secteurs les plus impactés.

« Si vous ne retrouvez pas du chiffre d’affaires, le report doit se transformer en annulation »

Charge à Bruno Le Maire et au secrétaire d’État Jean-Baptiste Lemoyne de sonder les représentants du tourisme puis de mettre en œuvre ces nouvelles aides. Elles pourraient prendre la forme non plus de report de charges sociales et fiscales, mais d’annulation. « Si vous ne retrouvez pas du chiffre d’affaires, le report doit se transformer en annulation », promet Bruno Le Maire à nos confrères de RMC. Le mécanisme de chômage partiel, dont la note ne cesse de monter pour désormais s à 24 milliards d’euros, pourra aussi être prolongé au-delà du confinement, dans les secteurs où la reprise économique se fera attendre. Notamment pour les hôtels et restaurants, un secteur qualifié de prioritaire par le patron de Bercy.

Des aides pour les entreprises en difficultés

Ayant reconnu « quelques trous dans la raquette » dans les dispositifs de soutien à l’économie, Bruno Le Maire assure que certains « oubliés » des mesures pourront désormais bénéficier de l’accompagnement de l’État. Les règles du jeu des prêts garantis par l’État vont ainsi être modifiées pour que les entreprises en difficulté, notamment celles qui font l’objet d’une procédure de redressement judiciaire, puissent trouver des solutions de financement. Avec le projet de loi de finances rectificative, « ces entreprises seront éligibles au fonds de solidarité », assure Bruno Le Maire.

Le fonds de solidarité revisité

Le gouvernement compte apporter deux autres modifications à ce fonds de solidarité, qui a été sollicité par 900 000 petites entreprises. Les règles de calcul vont changer. Aujourd’hui, les TPE doivent justifier d’une perte d’au moins 50 % de leur chiffre d’affaires entre mars 2020 et mars 2019 ou subir une fermeture administrative pour pouvoir bénéficier du dispositif. Demain, le gouvernement ouvrira l’aide en calculant le manque à gagner des 12 derniers mois à partir d'avril (pas d'effet rétroactif sur mars a priori). Une évolution qui doit ouvrir le fonds à « beaucoup plus d’entreprises », assure Bruno Le Maire.

Autre modification, l’aide complémentaire du fonds de solidarité, réservée aux entreprises les plus touchées, va être revalorisée et passera de 2 000 à 5 000 euros. Le premier niveau de cette aide, un versement mensuel de 1 500 euros, restera inchangé. Abondé en partie par les conseils régionaux et les sociétés d’assurance, ce fonds va en conséquence monter en puissance. Doté à l’origine de 1,7 milliard d’euros, le montant de ce fonds va être porté à 7 milliards d’euros.

Aides complémentaires des assureurs

S’il estime que les banques françaises jouent le jeu, Bruno Le Maire rappelle à l’ordre les grandes foncières. « Elles doivent faire plus pour aider ceux qui ne peuvent pas payer leur loyer », tacle le ministre de l’Économie, qui assure qu’il allait « discuter avec elles cette semaine » sur la question du report de loyers.

Le ministre ne se montre pas plus tendre avec les sociétés d’assurance, qu’il accuse de ne pas suffisamment jouer la carte de la solidarité. Toutefois, Bruno Le Maire indique qu’il étudie trois nouvelles propositions de la part des assureurs. Ceux-ci comptent doubler leur contribution au fonds de solidarité pour la porter à 400 millions d’euros. Ils promettent par ailleurs 500 millions d’euros de remises commerciales à leurs clients, particuliers comme entreprises. Enfin, les sociétés d’assurance « proposent d’investir 1,5 milliard d’euros sur les PME dans le cadre d’un fonds de la Caisse des Dépôts », indique le ministre, qui étudiera ces propositions dans la journée. Bruno Le Maire se montre en revanche beaucoup plus évasif sur la notion de catastrophe sanitaire et sur les contrats d’assurance pertes d’exploitation. « L’État veillera au respect des contrats », se contente-t-il d’affirmer.

La « drôle d’idée » de Geoffroy Roux de Bézieux

S’il estime que les assureurs ont formulé des « bonnes propositions », Bruno Le Maire se dit moins convaincu par la suggestion du président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux, interrogé par Le Figaro, de supprimer des jours de congés et des jours fériés pour faciliter la reprise économique. « Une drôle d’idée de réfléchir comme cela », fustige le ministre de l’Économie, qui préfère faire appel à la solidarité des entreprises françaises à l’imagination des entrepreneurs et à leurs salariés, tout en réclamant un effort de justice pour revaloriser les salaires les plus modestes à la sortie de la crise.

Compabilité
Le gouvernement prévoyait au début de la crise un plan d’urgence de 45 milliards d’euros. « On sera demain à plus de 100 milliards d’euros », a assuré le ministre de l’Economie Bruno Le Maire. — Photo : ©vizafoto - stock.adobe.com

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