Bretagne

Agroalimentaire

Guyader Gastronomie mitonne son développement

Par Isabelle Jaffré, le 03 octobre 2022

En investissant entre 6 et 7 millions d’euros par an et en réalisant des croissances externes comme le rachat de Pêcheurs de Saveurs cet été, l’ETI agroalimentaire Guyader Gastronomie élabore la recette de son développement, ingrédient par ingrédient. Objectif : atteindre 150 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 en misant sur une gastronomie conviviale avec notamment des produits innovants pour l’apéritif.

Christian Guyader est un passionné de gastronomie et son métier. Il collectionne les livres de cuisine.
Christian Guyader est un passionné de gastronomie et son métier. Il collectionne les livres de cuisine. — Photo : Isabelle Jaffré

L’été 2022 a été bien chargé pour Guyader Gastronomie. Le groupe agroalimentaire (charcuterie, traiteur, poisson fumé, végétal) de Landrévarzec (568 salariés, 103 M€ de CA en 2021) a inauguré, le 1er juillet 2022, l’extension de 1 200 m² de son site de production de saumon fumé à Châteauneuf-du-Faou (Finistère). Un investissement de 2,5 millions d’euros pour le site, passé de 1 750 tonnes de capacité à 2 350 tonnes par an qui a permis un gain de productivité.

Moins de trois semaines plus tard, le groupe annonçait la finalisation du rachat de l’usine de produits de la mer Pêcheur de Saveurs (66 salariés, 11 M€ de CA) à Saint-Hernin (Finistère) au groupe Nicot (200 salariés, 27 M€ de CA en 2020, Concarneau). Pêcheur de Saveurs élabore des produits apéritifs de la mer (tapas, tartinables) et des plats cuisinés (coquilles Saint-Jacques, cassolettes, etc.), essentiellement pour la grande distribution, au rayon marée et, dans une moindre mesure, dans la restauration hors domicile et à l’export. Dotée d’une surface de production de 4 300 m², l'entreprise a produit 565 tonnes de produits en 2021 et rejoint l’activité traiteur du groupe, qui pesait, avant le rachat, 32 millions d’euros.

Rééquilibrer les canaux de distribution

Fin 2018, Christian Guyader, le patron de l’entreprise familiale fondée en 1930, quatrième dirigeant depuis son grand-père, Yves, participe à la Route du Rhum. En revenant de sa traversée transatlantique à la voile, il reprend les rênes du groupe, qu’il avait laissées le temps de préparer sa course. "Cette aventure m’a permis de prendre du recul", explique ce passionné de mer et de gastronomie. "À partir de 2019, j’ai structuré la direction de l’entreprise avec un directeur industriel, un DRH, et un directeur financier. J’ai fait entrer ma fille Marianne à la direction. J’ai gardé pour moi, avec des directeurs pour pouvoir déléguer, le marketing, le commercial et la R & D", détaille-t-il.

2,5 millions d’euros ont été investis dans le site de découpe de saumon fumé du groupe Guyader Gastronomie à Châteauneuf-du-Faou.
2,5 millions d’euros ont été investis dans le site de découpe de saumon fumé du groupe Guyader Gastronomie à Châteauneuf-du-Faou. - Photo : Guyader Gastronomie

L’objectif du plan 2020-2025 de Guyader Gastronomie est de rééquilibrer les canaux de distribution du groupe avec davantage de restauration hors domicile (RHD). "Aujourd’hui, nous sommes présents majoritairement (80 % du CA) en grande distribution (GMS), notamment en marque de distributeur (MDD), contre 13 % du chiffre d’affaires en RHD et 7 % à l’export", explique Christian Guyader, qui veut donc accélérer sur ces deux derniers domaines.

À l’export, le groupe est surtout présent chez les voisins européens : Allemagne, Benelux, Italie, Espagne. "Nous travaillons des produits frais. Le grand export n’est pas pour nous", sourit Christian Guyader. "L’objectif est de doubler l’export et la RHD d’ici 2025. Nous avons d’ailleurs recruté un directeur commercial spécialisé dans la restauration avec la volonté de nous développer au travers d’une offre dédiée. Jusqu’à présent, nous étions présents mais sans réelle démarche active."

L’ETI veut désormais pousser sa marque "Guyader", travaillée depuis deux ans, auprès des restaurants mais aussi des boulangeries, des traiteurs, etc., grâce à l’essor du marché du "snacking". "Nous sommes conscients d’être un petit Poucet de l’agroalimentaire. Il nous faut nous différencier pour exister. D’où la création des mini-cakes il y a quelques années qui sont produits sur notre site de Kervignac (Morbihan). Nous nous appuyons sur notre innovation, la qualité des produits, la qualité de la relation clients et le savoir-faire de nos équipes", indique le président de Guyader Gastronomie.

Objectif : 150 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025

Le rachat de Pêcheurs de Saveurs s’inscrit dans cette recherche de nouveaux marchés de niche. "Cela nous ouvre les portes du marché de l’ultra-frais", poursuit le dirigeant. Chaque site du groupe a sa spécialité : la charcuterie à Saint-Agathon (Finistère), l’andouille à Fouesnant (Finistère), le saumon fumé à Châteauneuf-du-Faou, les produits apéritifs cuits à Kervignac, le traiteur frais à Landrévarzec, siège finistérien historique, etc.

Cette stratégie doit amener le groupe à un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros en 2025, contre 103 millions d’euros en 2021 (charcuterie : 23 M€ de CA ; poisson fumé : 47 M€ ; traiteur : 33 M€) et 85 millions d’euros en 2018. "L’objectif 2025 sera dépassé. Nous le savons déjà. En 2022, nous serons proches de 125 millions d’euros de chiffre d’affaires grâce à un bon début d’année", se félicite Christian Guyader. Son plan prévoit, en plus des croissances externes comme Pêcheurs de Saveurs, des investissements réguliers : "6 à 7 millions par an". En plus de l’extension de Châteauneuf-du-Faou, le groupe a aussi agrandi de 1 000 m² sa plateforme logistique de Trégourez (Finistère) ou encore modernisé l’atelier de l’Andouillerie de Fouesnant (300 K€ d’investissement).

Guyader se positionne notamment sur le marché de l’apéritif dînatoire.
Guyader se positionne notamment sur le marché de l’apéritif dînatoire. - Photo : Guyader Gastronomie

“Optimisme raisonné” pour l’avenir

"Malgré tout, il faut rester prudent. L’année 2020 a été compliquée au niveau de la rentabilité. Cette année, la guerre en Ukraine, notamment, fait monter les prix des matières premières. Il y a aussi de la spéculation comme sur le prix du saumon. Le porc lui est à plus de 2 euros le kg. C’est beaucoup", cite le dirigeant. La fin d’année sera marquée par la hausse du coût de l’énergie. "Je reste optimiste car nos volumes de ventes sont en hausses. Je conserve un optimisme raisonné."

Pour garder le cap, Christian Guyader se souvient d’où il vient. "L’histoire a commencé dans la boutique de charcuterie de mes grands-parents", raconte celui qui conserve précieusement le Larousse de la gastronomie de son grand-père dans son immense collection de livres de cuisine. "On ne fait que réinventer des choses. Je m’inspire des produits de la Bretagne mais aussi des cuisines du monde pour que nous proposions des produits modernes, plus sains : de la charcuterie avec davantage de volaille, de légumes par exemple." Pour le dirigeant, l’agroalimentaire ne rime pas forcément avec “malbouffe”. "J’ai une vision plus large de la gastronomie que celle des restaurants étoilés. Il y a celle, simple et conviviale, du bien manger au quotidien", insiste-t-il. En citant le marché de l’apéritif dînatoire, sur lequel l’entreprise s’est positionnée il y a quelques années avec sa gamme de mini-cakes. "C’est un métier que j’exerce depuis maintenant 40 ans avec toujours autant de passion", conclut-il.

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