"Un projet "barré" et farfelu". C’est en ces termes que Benjamin Beau, décrit la création de Vangart, sa maison de broderie d’art installée sur le campus de Bel Air Textile à Villeurbanne. Dont le hall d’entrée est décoré de ses toiles brodées aux motifs vibrants.
Autodidacte passionné
"Mon objectif est de faire entrer la broderie d’art dans le milieu du street art et de l’art contemporain, pour que les collectionneurs aient envie de posséder des versions brodées des œuvres qu’ils achètent", explique le jeune homme de 28 ans, qui confie avoir pour challenge de se faire connaître dans l’art urbain, grâce à ce nouveau média : la broderie.
Le fondateur de Vangart (5 salariés, près de 300 000 euros de chiffre d’affaires prévisionnel en 2024) s’est lancé dans l’aventure en 2021 avec, pour seul bagage, sa passion de l’art contemporain. "J’étais totalement autodidacte en art et en entrepreneuriat, confie Benjamin Beau, juste guidé par ma passion et soutenu par ma sœur, diplômée des Beaux-Arts de Bourges".
Une première vente à New York
D’emblée, il vend des éditions limitées assorties d’un certificat d’authenticité conformément aux pratiques du marché de l’art. "Confiez-moi une de vos créations, je vais la réinterpréter en broderie", propose-t-il aux artistes qu’il démarche. Une première vente, via son site internet tout juste lancé, de la création de l’artiste française Sun7 sur Madison Street, lieu avant-gardiste new yorkais, le convainc qu’il "tient quelque chose".
Depuis, il enchaîne les collaborations, une cinquantaine à date, avec Jace, Chanoir, Lady Pink (une icône du street art à New York dans les années quatre-vingt), le lyonnais Brusk, Pec, qui "expose" sur le périphérique parisien et Clet Abraham, connu pour ses détournements des panneaux de circulation. Et la liste pourrait être prochainement complétée avec des poids lourds du street art. "Je prépare des projets avec des artistes plus connus comme Kaws, Banksy et Invader", ajoute-t-il, sans plus de précisions.
Pas de copié collé
"Nous proposons une réinterprétation de l’œuvre originale, pas du copié collé, revendique le fondateur de Vangart. Je cherche à surprendre en permanence et ne me fixe aucune limite : on brode sur du lin, de la dentelle, des tapisseries des années cinquante, etc.". L’entreprise a créé une broderie sur jean délavé pour une création de l’artiste C215 qui a généré 66 000 euros de dons pour le Téléthon en 2021. Et a déjà réalisé plusieurs ventes à Drouot à Paris pour des prix unitaires de 5 000 euros.
Ajuster la stratégie
Et si aujourd’hui, les collaborations avec Vangart attirent des artistes de plus en plus connus, cela n’a pas été sans mal.
"C’est un marché que je crée avec 90 % de frustration, de nombreux projets ont échoué, notamment parce que les artistes n’étaient pas suffisamment connus pour attirer la clientèle", confie celui qui admet des "tâtonnements et des erreurs stratégiques". Autre écueil, le décalage entre la taille souvent imposante des œuvres et les possibilités plus limitées offertes par les machines à broder. Un prêt d’honneur de 120 000 euros du réseau Entreprendre en 2021, lui a permis d’investir dans une machine pour broder sur des surfaces plus grandes.