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Thuasne investit pour accélérer à l’international
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Thuasne investit pour accélérer à l’international

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Le fabricant stéphanois de dispositifs médicaux textile Thuasne va cette année encore investir "plusieurs millions d’euros" dans l’automatisation et la digitalisation de ses sites industriels. Des investissements qui vont lui permettre d’augmenter sa productivité pour conserver ses marges et poursuivre sa conquête de parts de marché hors de l’Hexagone.

Thuasne c’est 15 millions de fils tricotés et 5 700 km de tissus techniques produits par an — Photo : Sylvain Leurent

Thuasne ne connaît pas la crise. Plus ancien fabricant de dispositifs médicaux européen, l’ETI stéphanoise (2 800 salariés) qui fête cette année ses 175 ans, a bouclé l’exercice 2022 en croissance de 5 % à près de 300 millions d’euros de chiffre d’affaires. Une croissance que la PDG de l’entreprise familiale Élizabeth Ducottet attribue en partie à un "phénomène de compensation" consécutif à la sortie de la crise sanitaire.

Compensation et nouvelles indications thérapeutiques

"Les personnes qui n’avaient pas été traitées ou opérées du pied, du genou… pendant la période Covid, ont retrouvé le chemin des blocs opératoires avec, derrière, des besoins en termes de dispositifs médicaux. Idem avec la reprise des activités sportives qui ont engendré des traumas et pathologies que nos produits ont permis de traiter", argumente la dirigeante.

Thuasne a également bénéficié des résultats d’une étude clinique qui a permis à son kit Biflex (ensemble de bandes de compression dédiées à l’ulcère veineux) d’obtenir une reconnaissance pour le traitement du lymphœdème. "C’est très important pour nous de voir qu’un produit qui a 75 ans, et qui n’a pas vraiment de concurrents, continue à remporter des drapeaux un peu partout dans le monde. Et ce d'autant plus sur de nouvelles indications thérapeutiques comme le traitement du lymphœdème qui est aujourd'hui un de nos vecteurs de croissance. Nous avons d'ailleurs sorti pas mal de nouveaux produits cette année pour cette pathologie", se félicite la dirigeante de Thuasne.

+5 % de ventes sur le marché américain

Le second vecteur de croissance du fabricant de dispositifs médicaux textiles, c’est l’international. En 2022, Thuasne, qui réalise 50 % de son chiffre d’affaires hors de France, a profité du dynamisme du marché américain et de sa stratégie d’implantation "sur le premier marché du monde".

Initiée en 2011 avec le rachat de Tonwsend Design, poursuivie avec les acquisitions de Quinn Medical en 2016, de la petite société d’appareillages médicales Lanz en 2018 et du spécialiste des textiles médicaux Knit-Rite et de sa division Therafirm, dédiée aux bas et chaussettes de compression en 2021, cette stratégie permet aujourd’hui à Thuasne d’être solidement implanté sur un marché dont le potentiel de croissance est considérable.

"Nos ventes ont progressé de 5 % aux États-Unis en 2022. Nous récoltons les fruits de nos quatre acquisitions qui nous permettent aujourd’hui d’avoir une présence établie sur le marché américain. Il faut bien entendu poursuivre nos efforts pour continuer à croître sur ce marché, mais c’est une très bonne chose sur le plan stratégique d’être présent aux États-Unis à un moment où l’Europe connaît une période compliquée liée à la guerre en Ukraine et aussi aux hausses des coûts de transport et des prix des matières premières", analyse Élizabeth Ducottet.

Automatisation, digitalisation et réduction d’énergie

La dirigeante de l’ETI stéphanoise l’admet volontiers : "Faire de l’industrie en Europe en ce moment, c’est une acrobatie. Tout est compliqué ! Avec les coûts de l’énergie ahurissants qui se matérialisent par des factures multipliées par deux ou trois, les équilibres d’exploitation sont complètement bouleversés".

Pour tenter de conserver ses marges, Thuasne s’est lancé, selon les explications de sa dirigeante "dans un exercice de productivité considérable pour continuer à offrir des prix qui n’augmentent pas au même niveau que l’inflation et qui nous permettent de continuer à avoir une croissance de 5 % en 2023".

Un exercice qui passe par la poursuite de ses investissements de production. Après avoir massivement investi en 2021 et 2022 dans l’automatisation et la digitalisation de ses 14 usines dans le monde - dont ses sites stéphanois qui ont bénéficié de moyens importants pour "augmenter les capacités de production du Kit Biflex" et "améliorer les systèmes de supply chain et logistique" - Thuasne prévoit de nouveaux investissements en 2023.

Thuasne est spécialisé dans la fabrication de bas de compression et dans les orthèses — Photo : Sylvain Leurent

"Nous allons investir plusieurs millions d’euros supplémentaires dans la conduite automatique et digitale de nos opérations mais aussi dans les économies d’utilisation de l’eau et de l’énergie", assure Élizabeth Ducottet. Outre l’installation de panneaux photovoltaïques dans ses usines, Thuasne, a engagé un plan d’amélioration de son utilisation de l’eau qui lui a déjà permis d’atteindre une réduction de près de 30 % de sa consommation. "Sur l’énergie, avec les investissements en cours, nous devrions atteindre en 2023 les -10 %. Ce qui dans l’industrie est déjà énorme", se félicite la PDG de Thuasne.

Cap sur l’Asie et le Moyen-Orient

Si les investissements engagés en 2023 doivent permettre à Thuasne de gagner en productivité et de réduire ses consommations en énergie pour conserver un niveau de marge suffisant, ils devraient aussi lui permettre de donner l’occasion de poursuivre sa conquête de parts de marché à l’international. "En pleine recherche d’opportunités de croissance et d’investissements dans de nouvelles zones", Thuasne lorgne de près le marché asiatique et le Moyen-Orient.

"Nous avons fait des investissements dans notre filiale chinoise sur des produits très techniques et nous essayons d’avoir des implantations asiatiques qui commencent à être importantes", précise Élizabeth Ducottet, qui pour accélérer ce développement en Asie ne serait pas contre une croissance externe. "L’acquisition d’une entreprise de distribution ou l’opportunité de trouver de nouveaux partenaires fait partie de notre stratégie. Nous ne cherchons pas forcément une usine. La maturité technologique nous l’avons, ce sont les parts de marché qui nous intéressent. Et l’Asie ne pèse pas suffisamment dans notre chiffre d’affaires", développe la dirigeante.

Élizabeth Ducottet, qui se garde bien de donner des chiffres sur ses parts de marché en Asie, sait aussi que d’un pays à l’autre, les marchés diffèrent beaucoup. "Ce qui se passe en Chine, en Indonésie ou au Japon n’a rien à voir. À nous de voir la cartographie des marchés de chacun de ces pays et la meilleure manière d’y accéder. C’est un exercice exploratoire très complexe sur lequel nous sommes en train de travailler", confie l’intéressée.

Idem pour le Moyen-Orient, une zone géographique sur laquelle Thuasne nourrit de grandes ambitions. "C’est un bassin qui commence à rassembler beaucoup d’énergie mais qui comporte là aussi des marchés très différents. Il va falloir voir comment on va y aller", conclut la dirigeante.

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