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Des élastiques aux dispositifs médicaux, Thuasne tisse sa toile à l’international
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Des élastiques aux dispositifs médicaux, Thuasne tisse sa toile à l’international

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177 ans après sa création, Thuasne poursuit son développement dans la santé avec un savoir-faire dans le tissage qui lui a permis de développer de nombreuses innovations dans les dispositifs médicaux et de s’imposer comme un poids lourd du secteur à l’international. Une expansion que l’ETI stéphanoise entend poursuivre dans les décennies à venir en conservant son indépendance d’entreprise familiale.

Elizabeth Ducottet entourée de ses enfants, Delphine Hanton (à gauche), Matthieu et Anne-Sophie Ducottet — Photo : Thuasne

Spécialisée à sa création en 1847 dans la fabrication de textiles élastiques étroits pour les bretelles et les sous-vêtements, Thuasne (2 600 salariés ; 280 M€ de CA en 2023) a depuis tissé sa toile dans le secteur de la santé. "L’entreprise a opéré un virage dans le médical à l’arrivée de mon grand-père Maurice Thuasne, raconte Élizabeth Ducottet, l’actuelle PDG de l’ETI stéphanoise. En 1914, il a commencé a fabriqué des rubans élastiques pour traiter les ulcères veineux des soldats dans les tranchées."

Atelier de tissage de Thuasne à Saint-Etienne en 1930 — Photo : Gilles Cayuela

Le médical dans l’ADN

Cette orientation stratégique garantira l’indépendance de l’entreprise qui en 1932 utilise le latex pour créer de nouveaux tissus élastiques et dépose les marques Biflex et Néoplastex. "Après la Seconde Guerre mondiale, mon grand-père s’est intéressé aux problèmes de dos et de lombalgie, qui est aujourd’hui la première cause d’arrêts de travail en France. Il a fabriqué les premières ceintures lombaires en tissu souple dont nous venons de fêter les 75 ans d’existence en lançant une nouvelle gamme que nous avons présentée à OTWorld à Leipzig, le plus grand salon mondial de l’orthopédie", explique la dirigeante.

"Optimisée", avec "des fonctionnalités nouvelles" et "redesignée par un grand designer français", cette nouvelle gamme est le résultat de 75 ans de savoir-faire et d’innovation. "La ceinture lombaire fait partie de notre ADN et représente aujourd’hui un quart de notre chiffre d’affaires. Depuis le début des années quatre-vingt-dix, nous sortons un nouveau modèle tous les deux à trois ans et nous avons pris beaucoup de brevets sur les tissus", se félicite Élizabeth Ducottet, qui a pris les rênes de l’entreprise familiale en 1991 à la suite de l’accident cérébral de son père, Jean Queneau.

Thuasne est spécialisé dans la fabrication de bas de compression et dans les orthèses — Photo : Sylvain Leurent

Innovation et expansion à l’international

Depuis cette date, la PDG de Thuasne n’a eu de cesse de poursuivre l’œuvre entamée par son grand-père et son père en renforçant le positionnement de fabricant de dispositifs médicaux textiles du groupe. Son arrivée marque ainsi le démarrage de Thuasne dans les bas de compression avec le lancement en 1992 de la gamme Venoflex, aujourd’hui largement plébiscitée dans la lutte contre les jambes lourdes, les œdèmes, les varices, les thromboses veineuses et les troubles cutanés.

À partir de 1991, Thuasne entame aussi son expansion à l’international. Initiée en 1984 avec la création d’une première filiale en Belgique, cette conquête s’accélère en 1991 avec l’acquisition de la société allemande Zimmerman. "Très vite, nous avons pris des parts de marché sur les ceintures lombaires car nous sommes arrivés avec un produit que les Allemands n’avaient pas", se rappelle Élizabeth Ducottet.

À partir de 1994, Thuasne ouvre de nombreuses filiales (Italie, Pays-Bas, Espagne, Tchéquie, Hongrie, Slovaquie, Suède, etc.) et multiplient les opérations de croissance externe : Vihome aux Pays-Bas (2000), Thämert en Allemagne (2008), Townsend Design (2011), Quinn Medical (2016), Knite-Rite et sa division Therarfirm (2020) aux États-Unis, Mediband (2015) en Suède, Orthotic Composites (2016) au Royaume-Uni.

Thuasne c’est 15 millions de fils tricotés et 5 700 km de tissus techniques produits par an — Photo : Thuasne

La zone pacifique et l’Asie dans la mire

Dernière opération en date, l’acquisition de l’australien Medical Rehab, fournisseur de mobilité spécialisée depuis 2009 dans la technologie de réadaptation. "L’objectif de ce rachat est de travailler en direct pour la commercialisation des solutions proposées par Thuasne pour le traitement du lymphœdème et en direct (via des distributeurs) pour l’orthopédie et la phlébologie", expliquait en février dernier un communiqué de presse de l’ETI stéphanoise.

Cette reprise va aussi permettre à Thuasne de renforcer sa présence dans la région Asie Pacifique. Baptisée Thuasne Pacific, la nouvelle filiale a vocation à couvrir un vaste territoire comprenant l’Australie, l’Indonésie, la Malaisie, La Nouvelle-Zélande, les Philippines, Singapour et le Vietnam. "Elle représente la deuxième implantation de Thuasne en Asie Pacifique, complétant ainsi la présence existante en Chine, qui couvre également la Corée du Sud et le Japon", précisait le communiqué.

La Chine, Thuasne compte justement y accélérer son développement. "Il y a encore beaucoup de choses à faire. En juin, des médecins français vont aller dans des services hospitaliers en Chine pour les former à la prise en charge de certaines pathologies par nos dispositifs médicaux", confie la dirigeante.

Un travail d’évangélisation - "de formation", préfère Élizabeth Ducottet - qui, in fine, doit conduire le groupe stéphanois à augmenter ses parts de marché dans un pays où le potentiel marché est énorme.

De nouvelles acquisitions dans les tuyaux

Sans cesse en quête de nouvelles parts de marché, Thuasne, qui compte aujourd’hui 18 filiales à l’étranger et réalise 50 % de son chiffre d’affaires hors de France, est à l’affût de nouvelles opportunités d’acquisitions à l’international. "Nous sommes sur plusieurs dossiers dont un ou deux aboutiront peut-être. Nous n’avons aucune certitude", confie sans plus de détails, celle qui entend tout de même conserver les attaches du groupe à Saint-Etienne (500 salariés).

"Saint-Etienne, c’est notre centre névralgique et pas seulement pour la France. Toute la R & D du groupe est faite à Saint-Etienne. La direction marketing et la direction des affaires cliniques sont également à Saint-Etienne. La logistique stéphanoise irrigue toutes nos filiales et tous nos distributeurs et l’ensemble des tissus utilisés dans nos produits sont fabriqués à Saint-Etienne. C’est à partir de ce savoir-faire dans le tissage, à partir du petit atelier racheté en 1910 par mon grand-père, que nous avons développé Thuasne".

Ancrage et transmission

Cet ancrage stéphanois est au cœur du processus de transmission de l’entreprise qu’Élizabeth Ducottet a amorcé en 2016 en nommant sa fille Delphine Hanton au poste de directrice générale. "Le flambeau est déjà transmis. Ma fille est aux manettes de l’opérationnelle avec déjà de beaux succès à son actif. Je m’occupe encore de la partie stratégie. Il y a du boulot pour tout le monde", commente celle qui ne semble pas avoir envie de raccrocher les gants.

Pour assurer la pérennité et le développement de Thuasne, la capitaine d’industrie peut aussi compter sur sa seconde fille, Anne-Sophie Ducottet, qui s’occupe de la direction marketing et de la communication du groupe et sur son fils, Matthieu Ducottet, directeur innovation du groupe. "C’est une grande chance de transmettre l’entreprise à ses enfants. Ils vont perpétuer la vision stratégique et cette ambition de croissance permanente", conclut-elle.

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