C'est dur, lisse, un peu collant, d'une jolie couleur ambrée, allant parfois jusqu'au brun très sombre, en passant par le jade. Tous les violonistes connaissent la colophane, cette résine qu'ils frottent sur les crins de leur archet pour tirer le meilleur son de leur instrument. Mais peu savent qu'une marque célèbre est fabriquée dans le Nord-Isère, à Saint-Aignin-sur-Bion. La plupart des colophanes proviennent de Chine. Mais sur la trentaine de fabricants à travers le monde, deux sont des artisans français, dont Alexandre Thorvaldsson. «La fabrication se rapproche de la pâtisserie, évoque-t-il. Nous utilisons exclusivement de la résine de pin maritime provenant du Portugal et excluons tout produit chimique, bien que le prix des matières premières ait été multiplié par deux en deux ans.» Les ingrédients sont donc fondus, coulés dans des moules, refroidis sur du marbre, démoulés, puis la surface est polie et marquée. Il ne reste plus qu'à coller ces petits blocs sur un tissu et à les emballer. «La fabrication dépend de la qualité de la matière première et de la température extérieure. Les produits naturels demandent des essais à chaque nouvelle concoction. D'autant plus que nous produisons six marques différentes, correspondant aux adhérences et souplesses techniques recherchées, que ce soit pour un violon, alto, violoncelle ou une contrebasse.»
Une recette de 1884
Alexandre Thorvaldsson a choisi de travailler avec des fournisseurs locaux autant que possible, notamment pour les emballages ou le tissu. Ses clients sont par contre disséminés à travers le monde entier, l'export représentant 80% des ventes. «Nous ne travaillons pas du tout avec les musiciens. Nos clients directs sont les luthiers et archetiers.» La colophane d'Alexandre Thorvaldsson est réputée depuis plus d'un siècle. «Mon père a racheté la licence il y a 35 ans, la plus ancienne de nos marques, Millant-Deroux, datant de 1884!» Mais cette fabrication artisanale ne suffisait pas à Alexandre Thorvaldsson, qui a choisi de compléter son activité par la vente d'instruments de musique. Il est ainsi devenu l'importateur et distributeur exclusif en Europe des instruments à corde Jay Haide. Cette entreprise californienne de violon, alto, violoncelle et contrebasse fait fabriquer à la main des instruments semi-finis en Chine, que notre artisan revend aux luthiers européens. «La colophane représente 17% de notre chiffre d'affaires. Les instruments nous ont permis de nous développer.» L'artisan envisage maintenant de déménager dans de nouveaux locaux capables d'accueillir sa double activité.
Thorvaldsson Eurl
(Saint-Aignin-sur-Bion) CA 2010: 800.000€ Effectif: 2 04 74 28 37 79 @email www.rosinmakers.com