Raphaël Borelli, le dirigeant de Texpro, prévient immédiatement : sa PME n’a pas vocation à se "transformer en collecteur de déchets". Distributeur de plus de 1 500 références d’équipements de protections individuelles (EPI) installé à Morville-lès-Vic, en Moselle, pesant 5,8 millions d’euros de chiffre d’affaires et employant 13 salariés, Texpro vient de mettre sur le marché une solution baptisée Texpro' Box visant à collecter les EPI usagés, tels que les chaussures, casques ou encore vêtements de travail usagés.
Des équipements qui deviennent des "CSR"
Une fois collectés, grâce à un partenariat noué avec Veolia (218 000 salariés, 45 Md€ de CA), ces équipements, auparavant enfouis ou incinérés, pourront désormais être broyés et transformés en CSR, pour "combustibles solides de récupération". Brûlés dans des chaudières, ces CSR permettent de limiter les émissions de CO2 des sites industriels tout en réduisant leur dépendance aux énergies fossiles que sont le pétrole, le gaz ou le charbon.
Un bac déployé chez les clients
La solution imaginée par les équipes de Texpro, s’appuie sur un bac de 900 litres déployé chez les clients, dans lequel est glissé un grand sac en plastique, appelé big-bag. "Nous collectons uniquement les sacs, le bac reste en place, pour structurer le point de collecte et créer une habitude chez les salariés", précise Raphaël Borelli, qui a cherché à serrer les coûts de la solution au maximum, pour atterrir sur une prestation à 90 euros par big-bag valorisé, à la charge du client.
Renforcer les positions dans le Grand Est
"L’enjeu n’est pas de faire de cette solution une source de profit. Nous voulons d’abord minimiser l’impact de l’usage d’EPI", souligne le dirigeant, qui compte davantage sur la croissance de son marché, qui pèse un total de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires à l’échelle de la France. Et compte sur les efforts de son équipe commerciale pour continuer à se développer. Malgré le contexte compliqué et une conjoncture incertaine, le dirigeant veut passer la barre des 6 millions d’euros de chiffre d’affaires dès 2025, puis s’est fixé un "cap à 10 millions d’euros dans quelques exercices".
S’appuyant actuellement sur une force commerciale composée de six personnes, Raphaël Borelli a lancé le recrutement de deux commerciaux supplémentaires. "Sur les dix départements du Grand Est, nous travaillons bien dans six d’entre eux. L’enjeu est d’abord de renforcer nos positions puis de couvrir tout le Grand Est", fixe le dirigeant de Texpro.
Répondre aux exigences de la loi Agec
Réalisant 35 % de son activité avec des acteurs publics, Raphaël Borelli mise sur le service pour faire la différence. "Nous avons lancé le service Texpro’Box pour répondre aux exigences de la loi Agec", retrace le dirigeant. Adoptée en 2020, la loi Agec, pour Anti-gaspillage pour une économie circulaire, impose notamment à tous les professionnels de devoir disposer d’une solution de gestion des déchets textiles à partir du 1er janvier 2025. "Les décrets d’application de la loi ont complexifié la mise en œuvre d’une idée simple à l’origine, précise Raphaël Borelli. Mais concrètement, l’idée est qu’il n’y ait plus de textile dans la poubelle des professionnels."
Vers de véritables boucles d’économie circulaire
Le travail mené avec Veolia a abouti à une valorisation en CSR. Les besoins pour ce combustible sont en effet de plus en plus important dans le Grand Est : Veolia doit par exemple en livrer chaque année 360 000 tonnes sur le site de Dombasle Énergie, cette chaudière qui doit alimenter en énergie l’usine Solvay de Dombasle. À quelques kilomètres de là, c’est Suez qui va chercher 140 000 tonnes de CSR pour alimenter l’usine Novacarb de Laneuveville-devant-Nancy.
À l’échelle de la France, l’Ademe estime qu’en 2025, il faudra produire plus de 1,5 million de tonnes de CSR pour répondre aux besoins de l’industrie. Mais à Morville-lès-Vic, le dirigeant de Texpro ne s’interdit pas d’explorer d’autres voies et notamment celle du réemploi des textiles. "Il y a des start-up qui proposent des solutions très innovantes pour aller vers de véritables boucles d’économie circulaire avec le textile. Mais l’obstacle majeur, c’est le prix", tranche Raphaël Borelli.