« À Lyon, on m'avait fait comprendre que Canevaflor à Confluence ça aurait été bien..., s'amuse Pascal Peleszezak, fondateur de l'entreprise spécialisée dans les murs végétaux. Mais j'ai choisi Tarare où nous avons emménagé en mai2011. Une décision compliquée pour l'entreprise. Naïve-ment, je pensais que créer des emplois à Tarare, un bassin sinistré, avait plus de sens qu'à Lyon. Pourtant, ce fut une grande polémique avec mes financiers pour faire accepter ce choix. Ça a pris deux ans...» Aujourd'hui, Canevaflor compte 23 collaborateurs et exporte dans le monde entier. Une dizaine d'embauches est effective depuis son installation en pays de Tarare. «J'ai perdu quelques Lyonnais mais j'ai gagné des Tarariens. Et puis il y a un confort de vie exceptionnel. Avec l'A89, nous serons proches de tous les grands axes de communication. Le bonheur! Prochainement, Lyon sera aspirée par Tarare...»
Boosté
L'exemple de Canevaflor devrait se produire désormais fréquemment. La crainte des investisseurs en moins. Le territoire qui souffrait d'une image d'industries vieillissantes a été boosté par la perspective de l'A89. L'autoroute facilitera les connexions avec Lyon, Clermont-Ferrand et Bordeaux. Les acteurs économiques locaux se sont senti pousser des ailes. Toutefois, pour profiter pleinement de la manne économique escomptée par l'infrastructure, le territoire a encore du travail. Du côté du foncier, tout d'abord. « Les neuf zones d'activité du Pays de Tarare sont pleines, concède Guillaume Cortey, responsable du service développement économique à la communauté de communes du pays de Tarare. Des projets sont à l'étude pour répondre favorablement aux entreprises locales qui souhaitent grandir et à celles désireuses de s'implanter.» Comme la Zac Actival, aux Olmes, sur 30 hectares, qui compte accueillir un gros-porteur industriel créateur de plusieurs centaines d'emplois. Le site de Bel Air, près de la gare, est destiné aux activités tertiaires. Il devrait être opérationnel en 2014. La pépinière, à la sortie de Tarare, a connu un vif succès. «Ouverte en novembre2011, nous pensions la remplir en trois ans. Les cinq bureaux sont occupés et sur dix ateliers, sept accueillent des entreprises, avance Simon Peyrache, animateur de la pépinière. Un hôtel d'entreprises vient d'ouvrir juste en face.» Les friches industrielles, comme celle de Thivel, sur 2 hectares en direction de Roanne, sont une solution à la problématique du foncier. «Mais ce sont des projets à très long terme», nuance Guillaume Cortey. Tout comme la possibilité de créer une nouvelle zone d'activité d'une centaine d'hectares près de l'échangeur de Saint-Romain-de-Popey. «Il y a encore au moins deux ans d'études, avant qu'un projet ne se dessine réellement.» Mais ça bouge! À 63€/m²/an pour un atelier et 130 à 150€/m²/an pour un bureau, les tarifs sont approximativement inférieurs de 25% à l'agglomération lyonnaise. Un réel argument.
Montée en compétence
Si l'autoroute rend la région attractive, les entreprises candidates se préoccupent de la main-d'oeuvre disponible. Réputée fidèle à l'entreprise, elle n'en est pas moins peu qualifiée. «Une étude est en cours avec l'Esdes pour cartographier le besoin des entreprises locales en matière de formation, explique Guillaume Cortey. L'objectif est de créer un centre de formation, au coeur du futur site de Bel-Air, pour la montée en compétence des salariés locaux notamment.» En désenclavant le territoire, l'autoroute offre la possibilité de faire venir de nouveaux profils. Les industriels locaux entendent bien attirer du personnel encadrant qualifié. Les élus ont lancé une opération sur la zone plus vaste du Beaujolais Vert pour vanter les mérites de la qualité de vie à la campagne. «Près de 25 villages sont mobilisés pour accueillir les nouvelles familles, souligne Xavier Doligez. C'
est un bienfait pour les commerces de proximité et la vie sociale en général.»
Un territoire gagnant
Les quelque 1.000 entreprises locales attendent beaucoup de cette nouvelle infrastructure. «Elles escomptent une progression de leur activité et une diminution de leurs coûts logistiques», avance Guillaume Cortey. Avant même l'ouverture à la fin de l'année de l'A89, le territoire est gagnant. La montée en charge de l'activité s'est faite progressivement, à l'allure du chantier, qui a généré environ 1.800 emplois entre Tarare et L'Arbresle pendant la durée des travaux. Soit un surcroît d'activité pour les hôtels, restaurants, commerces et services. Surtout, le pays de Tarare s'est mis en position d'accueil de nouvelles entreprises et de nouvelles compétences. L'image de la ville industrielle sinistrée est en train de muter pour laisser place à celle d'un secteur vert où il fait bon entreprendre.
Le territoire de Tarare souffre d'une image dégradée par une industrie vieillissante et une population peu qualifiée. Mais la vapeur a commencé à s'inverser depuis que l'A89 est entrée dans le paysage économique. L'infrastructure ouvrira fin 2012. Une nouvelle dynamique est en route pour le territoire.