La greentech Afyren prend le contrôle à 100 % de sa bioraffinerie mosellane, Afyren Neoxy
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La greentech Afyren prend le contrôle à 100 % de sa bioraffinerie mosellane, Afyren Neoxy

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En rachetant les parts détenues par le fonds SPI au capital de sa bioraffinerie mosellane Afyren Neoxy, pour 11,3 millions d’euros, la société clermontoise Afyren simplifie sa gouvernance. La greentech envisage désormais sereinement le lancement d’une deuxième usine.

L'usine Afyren Neoxy va bénéficier d'un plan d'investissement de 20 millions d'euros sur la période 2026-2027 — Photo : Jean-François Michel

Pour Nicolas Sordet, le directeur général d’Afyren, 2025 restera comme une année "déterminante". La greentech clermontoise a effet "saisit une opportunité majeure" en prenant le contrôle "à 100 %" de sa bioraffinerie, Afyren Neoxy. Cette unité industrielle à 60 millions d’euros, installée depuis 2022 sur la plateforme chimique de Carling, en Moselle, produit sept acides entièrement biosourcés, obtenus à partir d’un processus de fermentation de résidus de betteraves. Ces molécules ciblent les marchés de l’alimentation humaine et animale, les arômes et parfums, les lubrifiants ou encore la science des matériaux.

Une usine d’une valeur de 79 millions d’euros

Jusqu’ici, l’usine Afyren Noeoxy était détenue par Afyren à 51 % et à 49 % par le fonds SPI de Bpifrance. Ce sont ces 49 % qui viennent d’être rachetés par Afyren, pour un montant de 11,3 millions d’euros. Encadrée par le pacte d’associés, la sortie du fonds SPI était programmée pour fin 2025 : dans les discussions, la valeur retenue de l’usine Afyren Neoxy était de 79 millions d’euros. Afyren détient donc désormais l’intégralité de sa première unité de production : "Nous sommes bien positionnés pour exécuter notre plan d’investissements, accélérer la montée en puissance de notre outil de production et ouvrir une nouvelle phase de croissance soutenue et durable", se félicite Nicolas Sordet. En 2025, Afyren a réalisé 2,3 millions d’euros de chiffre d’affaires, activité constituée uniquement des prestations de services à sa filiale Afyren Neoxy.

Nicolas Sordet est le directeur général d'Afyren — Photo : Jean-François Michel

"Une courbe en 'J' propre aux ramp-up industriels"

Sur l’ensemble de l’exercice, l’outil industriel installé à Carling a confirmé sa viabilité. L’usine a réussi à produire en continu, pour atteindre près de 400 tonnes d’acides biosourcés. Si le chiffre d’affaires réalisé par les ventes de la production de l’usine jusqu'ici, soit environ 1 million d’euros, dont 0,5 million facturé en 2025, reste en deçà des ambitions initiales, il marque le premier revenu significatif de l’histoire du groupe. Alourdi par les charges d’intérêts en hausse, lié aux financements bouclés en 2024, le résultat d’Afyren plonge à -14,4 millions d'euros à fin 2025, contre -9,8 millions d'euros à fin 2024. Pas de quoi assombrir les perspectives de croissance : les équipes d’Afyren y voient une phase caractéristique de "la courbe en 'J' propre aux ramp-up industriels". Concrètement, avant de toucher les fruits des premières ventes d’un produit industriel, il faut continuer à creuser les pertes pour accélérer.

20 millions d’euros à investir

Pas d’inquiétude, d’autant que la dynamique s’est accélérée en fin d’exercice : la moitié des volumes de l’année a été produite sur les deux derniers mois de 2025. La stabilité croissante des opérations menées en Moselle montre que la technologie de fermentation propriétaire, basée sur un modèle de valorisation de biomasse non alimentaire, est bien prête pour l’échelle industrielle. La sortie de SPI apporte aussi une "lisibilité financière accrue". Désormais, Afyren pourra consolider à 100 % le chiffre d’affaires et les résultats de l’usine. Cette gouvernance simplifiée permet un alignement entre la maison-mère et son outil de production, au moment où s’engage un plan d’investissement de 20 millions d’euros sur la période 2025-2027.

Un carnet de commandes de 165 millions d’euros

Une enveloppe qui sera consommée pour lever les goulots d’étranglement techniques et optimiser la capacité de production. L’objectif est fixé : Afyren veut atteindre l’équilibre financier à l’échelle du groupe, soit un Ebitda positif, avec la seule usine Afyren Neoxy, une fois celle-ci à pleine capacité. À plein régime, cette première unité de production devra être capable de produire 16 000 tonnes d’acides organiques par an, auxquels il faut ajouter environ 23 000 tonnes d’engrais, issus des résidus du procédé. Avec des débouchés déjà sécurisés pour 100 % de sa production actuelle et un carnet de commandes de 165 millions d’euros contractualisés sur les années à venir, auprès d’une dizaine de clients, Afyren veut transformer son essai industriel en succès commercial durable.

De nouveaux investisseurs au capital

La confiance dans la capacité à réussir de la start-up industrielle clermontoise s’appuie aussi sur une trésorerie robuste. Au 31 décembre 2025, la société affichait 35,2 millions d’euros de liquidités. Un montant qui a encore été renforcé par une levée de fonds de 30 millions d’euros réalisée en deux temps, en novembre 2025 et février 2026, auprès de Kemin Industries et Odyssee Venture, investisseurs qui ont été épaulés par 3 millions d’euros apportés par le fonds Large Venture, opéré par Bpifrance. L’entrée au capital du géant américain des ingrédients de spécialité, Kemin Industries, pour 20 millions d’euros, vient souligner l’attractivité de la solution d’Afyren à l’international.

Cap sur 2028 et une deuxième usine

Fort de ces avancées, Afyren adopte une stratégie de déploiement résolue. Si la priorité absolue reste la montée en charge d’Afyren Neoxy en 2026 et 2027, la décision finale d’investissement pour une deuxième usine est désormais envisagée pour 2028, sous réserve de la validation de la trajectoire de rentabilité de la première unité. À ce stade, les équipes d’Afyren planchent sur deux projets, l’un capable de produire de 24 000 tonnes par an en France, l’autre 28 000 tonnes en Thaïlande.

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