France
Syndicat des brasseurs indépendants : "La mesure la plus urgente à mettre en place : le soutien à la trésorerie"
Interview France # Agroalimentaire # Conjoncture

Jean-François Drouin président du Syndicat national des brasseurs indépendants "La mesure la plus urgente à mettre en place : le soutien à la trésorerie"

S'abonner

Hausse du coût de l’énergie, des prix du verre, du malt, du houblon… Jean-François Drouin, le président du syndicat national des brasseurs indépendants, alerte le gouvernement sur une augmentation des prix qui étrangle les brasseurs indépendants. Au côté d’autres mesures, le président demande une aide de 20 millions d’euros au gouvernement.

Jean-François Drouin — Photo : SNBI

Dans un communiqué fin janvier, le syndicat national des brasseurs indépendants (SNBI) tire la sonnette d’alarme. Comment expliquez-vous ce ras-le-bol ?

Nos entreprises ont été fortement impactées par le Covid, même si ça a été plutôt bien géré par le gouvernement. La deuxième chose qui nous a touchés, c’est l’augmentation du prix des matières premières et la répercussion du coût de l’énergie. Nos trésoreries se sont asséchées, cela fait quasiment un an que nous alertons le gouvernement. Au bout d’un an, il ne s’est rien passé. Pas de prise de conscience. Quand nous avons appris que nos amis viticulteurs avaient obtenu 230 millions d’euros, nous nous sommes mobilisés.

Pour les brasseurs, quels coûts ont augmenté ?

Tous. Le carton, le sucre, le malt, le houblon… Tout ce qui entre dans la composition de la bière a augmenté, de manière plutôt raisonnable, de 10 à 20 %. Et il y a des postes comme l’énergie ou le gaz qui ont parfois doublé. Pour les bouteilles, nous avons subi entre 40 et 60 % d’augmentation. Sachant que le verre représente environ deux tiers de nos prix de revient, et que nous en achetons par dizaines de milliers, ça va très vite. C’est un poste stratégique, c’est la goutte de bière qui fait déborder la chope.

En termes d’aides, que demandez-vous ?

Nous demandons un soutien exceptionnel à la trésorerie des entreprises : 20 millions d’euros pour les brasseurs indépendants. C’est 10 euros par hectolitre de bière produite. Nous demandons encore l’alignement des droits d’accises (c’est-à-dire les taxes sur l’alcool) sur nos collègues viticulteurs, qui paient entre 5 à 10 fois moins de droits d’accises que nous. Troisième point, nous souhaitons une dispense de licence, toujours au même titre que les viticulteurs. Pour vendre de la bière, à emporter ou à déguster sur place, il nous faut actuellement une licence 3. Pour libérer les chiffres d’affaires, nous demandons à en être exemptés. Quatrième mesure, nous demandons une réévaluation des consignes de fûts. Actuellement, la consigne est facturée à 30 euros. Avec les augmentations successives de ces dernières années, le fût nous coûte dans les 90 euros. Si les cafetiers ne rendent pas le fût, l’écart est de 60 euros. À 30 €, les fûts partent et sont revendus. Mais, la mesure la plus urgente, c’est le soutien à la trésorerie.

67 % des brasseries artisanales ont des difficultés financières en 2023, d’après une enquête publiée par le SNBI le 21 décembre 2023. Confirmez-vous ces chiffres ?

Absolument. C’est une enquête que l’on a menée pour faire un point d’avancement. Le chiffre très alarmant, c’est que deux tiers des brasseries sont inquiètes pour leur trésorerie. Mais, celui qui m’inquiète plus encore, c’est qu’une brasserie sur dix annonce qu’elle va fermer. Cela représente 250 à 300 brasseries en France. Derrière, il y a de nombreuses entreprises en difficulté qui vont mettre la clef sous la porte. Il est donc urgent de se mobiliser. La France est le premier pays européen en nombre de brasseries indépendantes. Nous avons beaucoup de défaillances. De nombreux collègues ne sont pas fiers de dire qu’ils sont en difficulté. Alors qu’en ce moment, c’est tout sauf de leur faute s’ils font des échecs. Au niveau national, aujourd’hui, nous dénombrons environ une chute par jour. Il y a quatre ans, nous étions à une création par jour.

Le SNBI a entamé une action commune nationale. Où en est-elle à ce jour ?

Nous commençons à être entendus. Mais nous restons très en colère. Nous n’avons pas de tracteurs, nous ne pouvons pas couper les autoroutes. Mais nous sommes autant en danger que nos amis agriculteurs. Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour faire entendre la voix des brasseurs indépendants. C’est compliqué car nous avons un lobby qui est plus léger, ce n’est que 2 500 entreprises réparties sur le territoire. Et très peu de politiques qui nous soutiennent. Prochaine étape, je vais demander audience à Olivia Grégoire (ministre déléguée auprès du ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, chargée des Petites et moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme, NDLR), qui s’occupe des PME. J’ai également demandé une audience à Emmanuel Macron, à Gabriel Attal et à Bruno Le Maire. Nous attendons leur réponse et nous continuons de nous mobiliser pour alerter.

France # Agroalimentaire # Conjoncture