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Spécialiste de l’optimisation énergétique des bâtiments, l’Alsacien E’nergys s’implante au Canada
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Spécialiste de l’optimisation énergétique des bâtiments, l’Alsacien E’nergys s’implante au Canada

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En forte croissance sur le marché français, le spécialiste des solutions énergétiques E’nergys, basé à Benfeld dans le Bas-Rhin, pose le pied sur le continent nord américain en prenant une participation de 35 % au capital du canadien C-nergie, sa première filiale à l’étranger.

Frédéric Créplet, directeur général d’E’nergys est un fin connaisseur du marché nord américain, il avait collaboré à la task force de Socomec lors de ses acquisitions aux USA en 2016 et 2018 — Photo : Pascale Schaeffer

Pour ses dix ans, l’alsacien E’nergys (320 salariés, 52 M€ de CA prévu en 2024) s’offre sa première filiale à l’étranger. Basée à une trentaine de kilomètres au sud de Strasbourg, l'entreprise est spécialisée dans les solutions d’efficacité énergétique, notamment la GTB, la gestion technique des bâtiments : l’optimisation informatisée et connectée des solutions de chaud-froid, la circulation d’air, le photovoltaïque, les bornes de recharge électriques. Elle vient de prendre 35 % du capital de C-nergie (15 collaborateurs, environ 7 M€ de CA), positionné depuis vingt ans sur des métiers complémentaires, toujours dans les solutions clé en main de réduction des consommations énergétiques. Avec une prise de participation majoritaire et un objectif de 40 millions de dollars de chiffre d’affaires à fin 2027. Et une ambition d'atteindre jusqu’à 50 à 70 millions de dollars à horizon 2030.

L'international après une forte croissance en France

"En trois ans et demi, nous avons quasiment doublé notre chiffre d’affaires sur le marché français, rappelle Frédéric Créplet, fondateur et directeur général d’E’nergys (une société qui s’est unifiée en 2024 en regroupant sous une même bannière ses différentes marques, NDLR). Nous avions intégré l’internationalisation dans notre plan stratégique 2021-2025. Mais l’Allemagne a des barrières à l’entrée, en Italie le contexte réglementaire et les subventions sont très faibles. Le Brexit et l’absence de dispositif incitatif au Royaume-Uni, ou encore la présence de concurrents notamment français au Benelux ont réduit les options à l'international."

Des avantages incitatifs au Québec

L’Espagne, en revanche, et la Suisse, sont à l’étude, pour le volet européen. Mais c’est le Canada, scruté de près depuis 2019 pour son potentiel de croissance, qui l’a emporté. Un projet porté également par la présence aux États-Unis de la société sœur d’E’nergys, l'alsacien Socomec (4 250 salariés, 950 M€ de CA prévisionnel en 2024 dont 225 M€ sur le marché américain), spécialiste du contrôle et de la sécurité des réseaux électriques basse tension, implantée à Boston, Chicago et Denver.

Cette première présence à l’étranger d’E’nergys, plus précisément à Montréal, s’explique aussi par le contexte local. Les contrats d’approvisionnements qui lient Hydro Québec, la régie publique d’électricité (4,4 millions de clients, NDLR) avec l’État de New York ont mis la région sous tension. "Sur Montréal et Québec, il y a des dispositifs incitatifs majeurs en faveur de l’efficience énergétique liés au fait qu' Hydro Québec est au maximum de ses capacités hydroélectriques absorbées à hauteur de 20 % par leur contrat d’approvisionnement avec l’État de New York" partage Frédéric Créplet.

En reprenant progressivement C-nergie, E’nergys priorise sur le marché canadien son savoir-faire en matière de solutions énergétiques essentiellement destinées aux bâtiments tertiaires. "Les plans gouvernementaux à quatre ans au Canada et Québec sur les incitations aussi bien au privé qu’au public nous rendent confiants", estime Frédéric Créplet.

Une tête de pont vers le Etats-Unis

Une filiale qui servira aussi de tête de pont vers les USA, où la société sœur Socomec offre la perspective de prescriptions croisées. E’nergys compte en effet se projeter à moyen terme un peu plus au sud, de l’autre côté de la frontière vers les Etats-Unis, où elle compte se développer d’ici 2029. Si l’élection américaine laisse dans l’immédiat peser l’incertitude sur des mesures protectionnistes à l’encontre de son voisin et partenaire économique canadien, dépendant à 80 % de son PIB de ses échanges avec les USA, elle n’est pas de nature à inquiéter l’Alsacien. Même s’il reconnaît que "les milieux d’affaires canadiens sont terrifiés".

Un secteur porteur pour au moins 15 ou 20 ans

Pas d’inquiétude pour E’nergys, pas davantage pour Socomec qui réalise 225 millions d’euros de chiffre d’affaires aux USA, un marché en passe dans quelques années de devenir le premier à l’export. "Socomec a enregistré aux États-Unis une progression de 40 % en deux ans. Nous sommes confiants. L’Inflation Reduction Act (la loi adoptée en 2022 comportait un plan de soutien de 400 milliards de dollars sur dix ans en faveur du climat et un dispositif de mesures protectionnistes, NDLR) a généré un boom de croissance économique aux États-Unis et par rayonnement au Canada qui est colossal, dit-il. Et si l’on regarde par le passé, lorsque les États-Unis sont sortis des Accords de Paris (lors du premier mandat Trump, NDLR), la côte ouest notamment a poursuivi sa décarbonation et ses investissements de transition énergétique. Pour moi, quelle que soit la politique de Donald Trump, l’efficience énergétique et la gestion technique des bâtiments, notamment tertiaire, sont des tendances de fond à au moins 15 ou 20 ans", estime le dirigeant d’E’nergys.

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