Raz-de-marée de cessions, milliers d'entreprises à reprendre dans les mois qui viennent... Pas une semaine ne s'écoule sans que ce refrain ne soit entonné à qui veut l'entendre. Pour en savoir plus, Le Journal des entreprises, en lien avec l'institut de sondage TMO Régions, a directement posé la question aux intéressés. Une enquête exclusive, menée auprès de nos lecteurs chefs d'entreprise, qui confirme bien la tendance. Sur les trois dernières années, un dirigeant sur quatre (27%) a ainsi envisagé de céder. «C'est un résultat très fort», concède Jacques Bonneau, directeur associé de TMO Régions. Résultat encore plus fort si l'on s'en tient aux entreprises de plus cinquante salariés. «Près de la moitié de celles-ci a envisagé de céder contre seulement un quart pour les moins de cinq salariés», poursuit le sondeur. Des chefs d'entreprise qui ne s'en tiennent pas qu'à une intention. Dans les trois dernières années, un dirigeant sur cinq a en effet eu un contact direct avec un repreneur. Autre chiffre encore plus spectaculaire et qui renforce cette tendance: près d'un sondé sur deux serait probablement ou certainement intéressé par une vente de son bien dans les douze mois qui viennent (voir infographie ci-contre). De quoi donner à tous les cabinets conseil en cession-transmission de belles perspectives de développement! «C'est un résultat très élevé pour une échéance très courte, commente Jacques Bonneau. Et si en plus on intègre des projets à moyen terme (plus de 5 ans), on est à 60% de dirigeants prêts à céder.»
«Une grande mobilité des entreprises»
Pour le directeur associé de TMO Régions, «cela montre bien la grande mobilité des entreprises, qui ne sont plus dans cette logique patrimoniale. On a souvent une vision figée des entreprises. Or, elles sont dans un univers très dynamique, très mouvant. On n'est évidemment pas dans une logique "Je crée/Je vends". En revanche, une fois que l'entreprise est en activité, l'opportunité de la cession peut être analysée avec intérêt.Il y a quinze ou vingt ans, on aurait sans doute eu d'autres résultats.»
«Logique patrimoniale relativement faible»
Autre élément tranchant avec le passé: un patron sur cinq entrevoit son entreprise comme un élément de financement important de sa retraite. «La logique patrimoniale est donc relativement faible, analyse Jacques Bonneau. Là encore, on quitte le schéma de l'entreprise qui prend de la valeur avec le temps. On est dans une dynamique plus court-termiste.» Que retirer alors de cette distanciation apparente du dirigeant et de son entreprise? «C'est globalement à l'image de l'évolution de la société. Une société qui s'inscrit dans l'instantanéité plus que dans le long terme. Sentiment que l'on retrouve donc aussi chez les dirigeants.»
«Envisager n'est pas céder»
Jacques Bonneau veut toutefois tempérer ces résultats. «Envisager ne veut pas dire qu'on va céder. Environ 60% des dirigeants nous disent que trouver un repreneur sera difficile. Ils ne sont donc pas dupes face aux difficultés qui les attendent.» Bon point pour les structures accompagnatrices des cédants: elles sont identifiées par la majorité des chefs d'entreprise. «Les deux tiers pensent qu'ils trouveront des appuis. Ils n'ont pas d'inquiétude sur ce point, ils savent que ces structures existent», souligne Jacques Bonneau. Plus inquiétant, un tiers des sondés confie penser que son entreprise n'a pas suffisamment de valeur pour être cédée. Mais là encore, Jacques Bonneau reste prudent. En France, les entreprises de moins de cinq salariés représentent 90% du total. Une entreprise de services aux entreprises de moins de cinq, s'appuyant le plus souvent sur la personnalité et les compétences de son dirigeant, est plus difficile à valoriser. Méthodologie: Enquête réalisée auprès de 431 chefs d'entreprises, du 5 au 14avril 2011, parmi les dirigeants lecteurs du Journal des Entreprises. Toutes les réponses ont été redressées afin d'obtenir des résultats représentatifs des entreprises françaises selon les critères de taille et de secteur d'activité.
Selon une enquête menée auprès des lecteurs du Journal des Entreprises, en lien avec TMO Régions, près d'un chef d'entreprise sur deux serait intéressé par la cession de sa société dans les douze mois. Signe que le rapport des dirigeants à leur entreprise a véritablement changé.