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Solimut instaure un congé menstruel pour ses salariées
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Solimut instaure un congé menstruel pour ses salariées

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Pionnière en France, l’entreprise marseillaise Solimut Mutuelle de France accorde depuis mai dernier un congé menstruel rémunéré à ses salariées souffrant de règles incapacitantes. Sa présidente Lisa Ribeaud raconte comment elle a porté cette avancée sociale, symbole fort pour l’égalité et la santé au travail.

Lisa Ribeaud, secrétaire générale de Solimut Mutuelle de France — Photo : Solimut

Partant du postulat que c’est au monde du travail de prendre en compte les douleurs des menstruations, Solimut Mutuelle de France accorde depuis le 28 mai un congé menstruel à toutes ses salariées (plus de 330). Cette avancée sociale fait la fierté de la présidente de cette entreprise marseillaise, née de la fusion des mutuelles ouvrières il y a dix ans. Alors qu’elle a été élue présidente le 15 mai 2025, Lisa Ribeaud la vit comme "un beau symbole", "une première étape pour aller plus loin."

Le vote du principe de la mise en place de ce nouveau droit a été adopté un an plus tôt en assemblée générale des adhérents. "Et depuis un an, nous avons œuvré à sa mise en œuvre et son appropriation", commente la dirigeante.

Des paroles aux actes

"Nous portons un projet mutualiste fort autour de la lutte contre les inégalités de santé. Nous avons identifié la santé menstruelle comme un levier puissant pour agir sur ce sujet, en même temps que sur celui de l’égalité hommes-femmes au travail", explique la présidente, avant d’avancer des chiffres, issus d’un sondage Ifop d’octobre 2022. "65 % des femmes salariées déclarent avoir déjà rencontré des difficultés liées à leurs règles sur leur lieu de travail. Parmi elles, 53 % souffrent de douleurs menstruelles et 35 % estiment que ces douleurs nuisent à leur productivité, indique Lisa Ribeaud. Dès lors, la prise en compte des menstruations, et notamment de leurs effets douloureux, relève ainsi d’un véritable enjeu de santé publique."

Avant de prendre des mesures en interne, Solimut, que Lisa Ribeaud définit comme "une mutuelle solidaire, militante et engagée", a porté des propositions dans le débat public. "Que ce soit via notre présence à l’occasion d’événements, comme le Delta Festival à Marseille ou via notre engagement public, militant pour une prise en charge par la Sécurité sociale des protections périodiques et d’un congé menstruel pour les règles incapacitantes", ajoute la dirigeante. Jusqu’au moment où "Solimut a décidé de passer de la parole aux actes."

Formation et co-construction

Pour que cette avancée sociale soit une réalité au sein de l’entreprise, l’adoption s’est faite en différentes étapes. À la phase de conviction a succédé une phase de maîtrise du sujet, visant à emporter l’adhésion des 460 collaborateurs de la mutuelle. "Des sessions de formation ont été organisées avec Règles Élémentaires, une association qui lutte contre la précarité menstruelle et le tabou des règles pour nos administrateurs, les membres du Codir, nos 80 managers et les partenaires sociaux. Puis, le congé menstruel tel qu’il existe aujourd’hui a été co-construit dans le cadre des réunions du CSE (comité social et économique, NDLR) pour aboutir à un accord collectif adopté à l’unanimité", détaille Lisa Ribeaud.

Pour elle, "il était essentiel de sensibiliser à cette question, de lever les tabous pour que ce droit vive ensuite dans l’entreprise, pour que les femmes se sentent légitimes à le solliciter, pour créer un environnement de travail inclusif."

Un nouveau congé exceptionnel

Ce nouveau droit permet à toutes les salariées, qui représentent 73 % de l’effectif total de Solimut, de bénéficier, sur présentation d’un certificat médical, de congés rémunérés pouvant aller jusqu’à 13 jours par an. "Ce dispositif garantit un accès simple, confidentiel et sans validation managériale", souligne Lisa Ribeaud, qui avoue ne pas avoir évalué son éventuel coût financier pour l’entreprise. Il complète une panoplie de mesures pour l’égalité au travail, à l’image de la création d’une salle d’allaitement ou d’une offre de places en crèche. Depuis le 28 mai, "des salariées se sont déjà manifestées", ajoute la dirigeante. Elle a prévu une évaluation de la mesure d’ici un an et l’éventualité de devoir redoubler d’efforts si l’adhésion ne semble pas totale.

L’envie d’inspirer

En adoptant le congé menstruel, "Solimut fait figure de pionnière". Elle se met aussi au diapason de ses convictions et entend partager son expérience en externe. "Cette mesure donne du sens au travail et nos collaborateurs sont fiers que leur entreprise puisse être pionnière dans le déploiement de cette avancée sociale. Elle n’est qu’une première étape", souligne la présidente. Cette dernière espère maintenant faire évoluer les mentalités, inspirer d’autres structures à emboîter le pas, et obtenir un jour la reconnaissance de ce droit à l’échelle nationale, via une prise en charge par la Sécurité sociale.

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