Un an et demi que la nouvelle se faisait attendre. Le groupe chinois Synutra, 3e fabricant de produits infantiles en Chine, allait-il investir en Centre-Bretagne ? C'est finalement chose faite depuis le 17 septembre : 100 M€ d'investissement ont été annoncés par le groupe coopératif Sodiaal, avec la signature d'un partenariat pour la création d'une usine de séchage de lait et de lactosérum à Carhaix.
Un investissement conséquent pour un site qui devrait être opérationnel début 2015 pour le lancement de la production. Le projet prévoit la construction de deux tours de séchage, l'une pour le lait et l'autre pour le lactosérum. L'objectif est de traiter chaque année 280 millions de litres de lait et 30 000 tonnes de lactosérum.
Synutra, dont c'est le premier investissement hors de Chine, engage 90 M€. Sodiaal apporte 10 M€ supplémentaires pour la mise en place d'équipements de déminéralisation du lactosérum. Le groupe français veut ainsi capitaliser sur l'expertise d'Eurosérum sa filiale d'ingrédients laitiers, leader mondial du lactosérum déminéralisé destiné à la fabrication de lait infantile. Eurosérum exporte déjà une part importante de ses volumes vers la Chine, où le marché connaît une très forte croissance.
Débouché pour le lait
Ce partenariat est un beau coup pour le lait breton : la Chine, même si elle accélère ses investissements en Europe, ne représente encore que 3,5 % de l'investissement direct étranger dans l'Union européenne. Il avait été préparé de longue date, avant même le rachat d'Entremont, qui possède une usine à Carhaix, par Sodiaal.
En février 2011, des représentants de Synutra étaient venus visiter la zone de Kergovo. Les Chinois cherchaient à sécuriser ses sources d'approvisionnement en matières premières face à leur marché intérieur en progression. "Sodiaal a pu lui garantir des volumes importants de lait et de lactosérum déminéralisé de qualité", s'est félicité l'entreprise dans un communiqué, ajoutant que cette usine permettra de "valoriser de manière pérenne le lait des producteurs et d'apporter une solution relais en termes d'emplois, en prévision de la fermeture de l'unité locale (Entremont, NDLR) de Carhaix."
Un contexte tendu
Sodiaal prépare ainsi la fin des quotas laitiers en 2015, assurant un débouché pour le lait de ses 2 200 producteurs dans la zone Bretagne Ouest (à l'ouest d'une ligne Saint-Brieuc - Lorient) qui produisent 836 millions de litres par an.
L'annonce du partenariat avec Synutra est intervenue une semaine après une manifestation de producteurs devant l'usine de Carhaix, à l'appel des Fédérations départementales des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA) du Finistère et des Côtes-d'Armor. Une quarantaine de producteurs étaient venus demander des explications aux administrateurs de la coopérative laitière, à la suite du courrier annonçant une baisse du prix du lait payé aux producteurs. -5 € sur le volume A jusqu'en décembre, -15 € sur le volume B jusqu'en mars (le volume A est payé selon les accords interprofessionnels, le volume B selon les cours du beurre et de la poudre). « Ce n'est vraiment pas le bon moment pour cette baisse : de plus en plus de charges pèsent sur nos exploitations. C'est même une erreur stratégique de baisser le prix, alors que l'entreprise est en pleine négociation avec la grande distribution. Comment faire passer une hausse de prix, si on baisse celui aux producteurs ? », s'interroge Pascal Prigent, vice-président FDSEA 29 et producteur pour Sodiaal.
Du côté de la direction régionale ouest, on explique qu'il s'agit « d'équilibrer le résultat consolidé de l'entreprise à la fin de l'année. Sans cette baisse, l'impact négatif serait de 10 à 12 M€ sur notre bilan. On ne fait pas ça de gaieté de coeur. Mais il y a de gros enjeux financiers, 80 M€ d'investissement pour 2013, qu'il ne faut pas compromettre », déclare Jean-Paul Prigent, président de la région ouest. L'investissement de Synutra, qui permettra un débouché pour le lait breton, est donc bien accueilli par les syndicats, même s'ils veulent rester prudents. « On ne sait encore rien du prix de rachat du lait. On espère qu'il se fera sur celui du volume A », indique Pascal Prigent.