Le patron du groupe Sphère, John Persenda, se souviendra longtemps du 31 mars 2016 : c’est à cette date que la ministre Ségolène Royal signe le décret relatif « aux modalités de mise en œuvre de la limitation des sacs en matières plastiques à usage unique ». « Vous ne pouvez pas vous imaginer le cadeau que vous nous avez fait », s’est exclamé John Persenda face à Ségolène Royal, le 27 octobre, lors de l’inauguration des nouvelles lignes de production de l’usine Schweitzer, à Ludres. Concrètement, ce décret met en place deux interdictions : le 1er juillet 2016 pour les sacs de caisse et le 1er janvier 2017 pour les sacs d’emballage des fruits et légumes. « Il y a 10 ans, j’ai senti que le monde changeait et que le sac fabriqué à partir de matière fossile n’avait plus d’avenir », détaille John Persenda. L’industriel va alors investir 40 millions d'euros dans un projet visant à limiter l’impact des emballages ménagers sur l’environnement.
Une loi pour continuer à investir
Avec le rachat de l’Américain Biotech, John Persenda met la main sur les « recettes », c’est-à-dire la mise au point des ingrédients qui pourront remplacer les matières fossiles. La recette miracle s’appelle « Bioplast » et mêle de la fécule de pomme de terre produite dans la Marne et des copolyesters. La nouvelle matière est biosourcée et compostable : tous les critères exigés par la loi. « Mais nous avions besoin des acteurs politiques pour continuer à investir », souligne le président du groupe Sphère (CA : 370 M€ ; effectif : 1.100), qui se présente comme le leader européen de l’emballage ménager. 90 % des sacs fruits et légumes viennent d’Asie, par bateau, et pour un coût dérisoire : moins de 0,5 centime le sac. « La loi a fermé le marché au sac asiatique », se félicite John Persenda. En effet, le texte précise que les sacs autorisés après le 1er janvier 2017 devront être « compostables en compostage domestique » et fabriqués à partir de « matières biosourcées ». De fait, impossible de transporter un tel sac dans des containers où la température peut être très élevée. Profitant de son avance technologique, le groupe Sphère veut maintenant imposer ses produits biosourcés, qui sont de 4 à 5 fois plus cher qu’un sac asiatique, sur ce nouveau marché. « On estime que les consommateurs français utilisent environ 7 milliards de sacs fruits et légumes par an », détaille John Persenda. « Nous serons bientôt en capacité d’en produire 4 milliards. » Dont un milliard sur le site de Ludres, chez Schweitzer, usine que Sphère a rachetée en 2000. Equipé de 13 extrudeuses, 25 machines à sacs, deux recycleuses et deux lignes de conditionnement automatique de barquettes, Schweitzer produit chaque année deux milliards de sacs à déchets et de sacs de congélation. Après 10 millions d'euros d’investissement et la mise en production de nouvelles lignes dédiées aux sacs biosourcés, l’usine va « embaucher 12 personnes », souligne le directeur général de Schweitzer, Louis Lebon. « En terme de chiffre d’affaires, nous devrions rapidement atteindre les 80 voire 85 M€ ». Contre 60 millions d'euros aujourd’hui. Le groupe Sphère devrait lui atteindre les 600 M€.