Le manufacturier auvergnat Michelin (27,2 Md€ ; 129 800 salariés) lance un investissement de 60 millions d’euros afin de construire, pour sa filiale ResiCare (60 salariés), une première unité de démonstration industrielle de 5-HMF, une molécule biosourcée et non toxique obtenue à base de fructose transformé.
L’usine verra le jour sur la plateforme chimique d’Osiris à Péage-de-Roussillon, en Isère. Elle généra 30 emplois directs et aura une capacité de production annuelle de 3 000 tonnes, faisant de ce site le plus gros site de production de cette molécule à l’échelle mondiale. Les travaux démarreront à l’automne pour une mise en service opérationnelle dès la fin de l’année prochaine.
Résines biosourcées non toxiques
"Le lancement de cette première unité, en France, pour produire une molécule biosourcée essentielle pour la chimie verte est un jalon majeur pour le passage à l’échelle industrielle des activités de ResiCare qui va pouvoir accélérer le développement de ses offres de résines haute performance et non toxiques dédiées aux industriels", indique Maude Portigliatti, directrice division Polymer Composite Solutions chez Michelin et membre du comité exécutif du groupe.
Sécuriser l’approvisionnement et accélérer la croissance
Cette première unité à l’échelle industrielle permettra de sécuriser l’approvisionnement en 5-HMF de ResiCare. Même s’il n’est pas utilisé à ce jour dans le pneumatique, le 5-HMF l’est dans toutes les nouvelles formulations de la deeptech de Michelin, comme le contreplaqué, les abrasifs et les composés moulés. Mais cette molécule est difficilement accessible. "C’est une molécule qui est aujourd’hui produite en très petite quantité, exclusivement en Asie" assure Maude Protigliatti.
Cet investissement permettra aussi à ResiCare d’accélérer son développement. "En passant à une production de 5-HMF à grande échelle et avec un coût raisonnable, notre ambition est de grandir rapidement. Nous estimons le marché des résines de spécialité à plus de 10 milliards d’euros", abonde Quentin Faucret, directeur de la ligne Business Polymères Solutions chez Michelin. Car au-delà d’utiliser ces colles pour fabriquer ses pneus, Bibendum les vend à des industriels dans la construction, l’aéronautique… Avec ce nouveau sourcing, l’ambition est de multiplier par 10 les ventes de ses résines et de passer de quelques millions aujourd’hui à 100 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2030.
Lancer une filière européenne
Pour le manufacturier, l’enjeu est aussi de donner un élan pour lancer une filière européenne autour de cette molécule capable de remplacer des ingrédients pétro-sourcés dans des domaines industriels très variés. Pour cela, Michelin s’est entouré d’un consortium, baptisé Cerisea, regroupant 12 partenaires, des acteurs industriels (ADM, Avantium, ARKEMA et Kraton) mais aussi institutionnels et académiques. "Cette molécule reste, aujourd’hui, inabordable pour des usages industriels. Cette unité permettra de baisser les coûts et de la rendre disponible pour d’autres débouchés", précise Quentin Faucret.
Ainsi, un tiers du volume de 5-HMF produit en Isère sera destiné aux autres partenaires afin d’élargir les champs d’application. "Cela pourrait être utilisé par exemple en agriculture, dans la cosmétique, la construction… C’est une brique qui peut être modifiée, élargie, assemblée et faire différents matériaux", poursuit l’expert.
Michelin en est persuadé, les potentiels industriels sont importants. Le marché est estimé à plus de 40 000 tonnes à l’horizon 2030. L’idée est donc de dupliquer ce pilote avec des unités de 20 000 tonnes, via un système de licences. Le projet est subventionné à hauteur de 20 millions d’euros au total, par l’Ademe en France et par le CBE JU au niveau européen (partenariat public/privé qui soutient la recherche et l’innovation dans le domaine de la bioéconomie).