Recrutement : Entreprisesdu Rhône cherchent candidats

Recrutement : Entreprisesdu Rhône cherchent candidats

À l'heure où les prémices d'une reprise se font sentir, les entreprises du Rhône sont confrontées à un problème de taille: recruter les bons candidats. Métiers en tension? Conditions de travail défavorables? Valeur travail remiseen cause? Témoignages de patronsen recherche de candidats.

À fin décembre2010, le nombre de demandeurs d'emploi sur le département du Rhône était de 108.500, toutes catégories confondues, selon les données de la direction régionale de Pôle emploi. Soit une hausse de 5,4% sur un an. Le territoire dispose donc de main-d'oeuvre. Et pourtant, 86% des dirigeants qui ont répondu à une enquête lancée en exclusivité par le Medef Lyon-Rhône pour Le Journal des Entreprises, déclarent avoir rencontré des difficultés de recrutement au cours de l'année 2010. Quelles sont les causes de ces difficultés? Les entreprises se mettent-elles vraiment en position de recrutement? La législation sur le travail en France est-elle trop rigide? La motivation des candidats est-elle en berne? Un peu tout ça sûrement, même s'il existe des disparités entre les secteurs d'activité et les niveaux requis.




Faire preuve d'imagination

Alors que l'Apec annonce, en Rhône-Alpes, une situation de quasi plein emploi avec 4% de taux de chômage chez les cadres, les entreprises doivent faire preuve d'imagination pour convaincre les talents de rejoindre leurs rangs. Selon l'enquête Le Journal des Entreprises / Medef Lyon-Rhône, 80% des entreprises déclarent vouloir embaucher en 2011. «Les projets redémarrent et nous sommes tous, dans le secteur de l'informatique, en phase de recherche de talents expérimentés, avance Stéphane Gilles, directeur Rhône-Alpes de GFI, groupe spécialisé dans les services informatiques. Pour convaincre les meilleurs, nous devons apporter des éléments différenciants. Les candidats sont prudents et exigent une entreprise solide avec un projet technique intéressant. Et la créativité du process d'embauche peut faire la différence.» À l'image de l'opération séduction organisée mi-janvier à Lyon: croisière sur une péniche avec 23 candidats présélectionnés et «potentiellement embauchables». Sept ont reçu une proposition d'embauche. Trois sont en cours. GFI Rhône-Alpes a pour ambition de recruter encore 120 personnes en 2011. Cette tendance confirme les données annoncées par l'Apec pour 2011: 24% des recrutements concerneront les fonctions commerciales, 19% les fonctions études/R & D et 17% les métiers de l'informatique. Parmi les secteurs en tension, citons aussi les nouveaux métiers du web. Au point de freiner le développement des entreprises. «Nous sommes 30 salariés chez Acti, alors que nous devrions être 60, déplore Laurent Constantin, président-fondateur de la web agency lyonnaise. Peu de formations existent dans nos métiers et il est difficile de procéder à des reconversions. On passe par la cooptation avec des primes en interne ou par les réseaux sociaux pour dénicher ceux qui ont le web dans le sang. Nous ne sommes pas dans le schéma intellectuel de Pôle emploi.» 32% des dirigeants interrogés par le Journal des Entreprises et le Medef Lyon-Rhône passent par leur réseau et la cooptation pour recruter. 5% font appel à Pôle emploi. Cette pénurie de main-d'oeuvre contraint Acti à repousser, voire refuser, des projets clients. L'agence recherche en permanence dix collaborateurs.




«Un système pervers»

Si l'exigence des cadres peut être entendue, celle de personnels non qualifiés interpelle les industriels. «Je ne demande rien d'autre que l'envie de travailler et personne n'est payé au Smic chez Labofill. Des agents de production avec quelques années d'ancienneté, aux 35heures sur quatre jours et quelques heures supplémentaires, peuvent atteindre 1.900 € bruts par mois. Le levier des heures supplémentaires est très peu sollicité par les salariés», se désespère Philip Husson, président de Labofill à Saint-Genis-les-Ollières, spécialisée dans la conception et le conditionnement de gels douche et shampooings pour l'hôtellerie. L'entreprise emploie une vingtaine d'opérateurs pour le contrôle et le conditionnement de sa production. Le dirigeant évoque «un système pervers qui est devenu contre-productif puisque certains candidats préfèrent alterner les périodes d'intérim et celles de chômage plutôt que de décrocher un CDI». La réaction de Jacques Potelet, directeur territorial de Pôle emploi Rhône-Alpes? «Nous ne pouvons pas contraindre les demandeurs d'emploi à reprendre une activité. Nous pouvons juste les inciter à le faire et à essayer de fournir aux entreprises les meilleurs profils pour leurs besoins.»