Figées les PME françaises? Pas vraiment si l'on en croit notre enquête Le Journal des Entreprises/TMO Régions. Plus d'un chef d'entreprise sur deux (53%) confie en effet avoir un projet de déménagement ou d'ouverture d'un établissement secondaire dans les cinq ans qui viennent. En location ou en acquisition.
L'acquisition appelle l'acquisition
«Cela montre que les entreprises sont des organismes vivants, pas quelque chose d'assis, de figé, commente Jacques Bonneau, directeur associé de TMO Régions. On perçoit là une très forte vitalité.» S'agissant des raisons qui motivent une telle envie de mobilité, difficile d'en tirer des enseignements tant on note un éclatement des réponses. Manque de place, vétusté des locaux, changement de région, réalisation d'une opération financière... Les explications sont diverses. On constate néanmoins que les TPE (-10 salariés) sont plus nombreuses à vouloir déménager pour se rapprocher de leurs clients. 49% citent en effet cette raison, contre 20% pour les plus de dix. «On voit la relation directe entre la taille de l'entreprise et l'ampleur géographique du marché», indique Jacques Bonneau. Plus une entreprise est petite, plus la proximité avec sa clientèle joue à plein. Autre élément marquant de notre enquête. Parmi les entreprises ayant un projet alors qu'elles louent aujourd'hui leurs locaux, près d'une sur deux (46%) se pose la question de l'acquisition. Une proportion qui monte à 66% si l'on interroge les entreprises qui sont déjà propriétaires. «Cela montre qu'une fois qu'on a fait le saut de la propriété, on a envie de continuer», analyse le sondeur.
Le patrimoine loin devant l'économie de charges
Une volonté d'acquisition dont la motivation première se rapproche de celle d'un particulier lorsqu'il achète sa maison. La constitution d'un patrimoine constitue en effet le premier objectif d'un chef d'entreprise lorsqu'il porte un projet d'acquisition (90%), loin devant l'économie de charges qu'il pourrait tirer de l'opération (21%) ou la défiscalisation (10%). Reste qu'acheter, si l'on en croit nos lecteurs, n'est pas des plus simples. À la question de savoir quels sont les freins à un projet d'acquisition, toutes les raisons ou presque sont bonnes: manque de temps (30%), manque de moyens financiers (30%), prix de l'immobilier (35%), moindre coût de la location par rapport à l'acquisition (28%)... En revanche, «on note une vraie différence entre ceux qui n'ont pas de projet et ceux qui sont dans une logique d'achat, fait remarquer Jacques Bonneau. Ces derniers sont en effet beaucoup moins nombreux à considérer que le manque de temps est un frein.» Preuve que lorsqu'on est réellement motivé, la perspective de consacrer quelques heures à la quête du Graal immobilier est loin d'effrayer.
Pas sensibles aux économies d'énergie?
Autres enseignements: les critères de sélection d'un bien. Si l'on se place dans la perspective d'un bâtiment au prix moyen du marché, la surface est citée en premier par les chefs d'entreprise (42%). À noter toutefois, la qualité architecturale arrive en deuxième position (32%), devant l'environnement du site-le voisinage (29%), la praticité des locaux (28%) ou les parkings (25%). Plus étonnant, malgré un contexte de post-Grenelle qui nous abreuve de messages vantant les économies d'énergie, la performance énergétique du bâtiment n'intervient qu'à hauteur de 23% dans le choix d'un bien. «Un chiffre à corréler avec les 38% de chefs d'entreprise qui répondent que les performances énergétiques d'un nouveau bâtiment ne sont pas un critère de choix», souligne Jacques Bonneau. Le directeur associé de TMO Régions tempère toutefois ces résultats. Dans le détail, on voit en effet que lorsqu'il s'agit de chefs d'entreprise n'ayant pas de projets, ils sont 46% à ne pas se préoccuper de cette question environnementale. Un taux qui tombe à 20% pour ceux qui ont, au contraire, un projet. Les moins de dix salariés semblent également les moins enclines à être exemplaires. 40% ne considèrent pas la performance énergétique comme un critère ce choix. Taux qui tombe à 15% pour les 10-49 salariés et même à 9% pour les plus de 50. «Un chef d'entreprise de 0 à 9 salariés raisonne par rapport à ses propres référents en tant qu'individu, pas en tant qu'entreprise, explique Jacques Bonneau. La question du surcoût d'un bâtiment aux meilleures performances énergétiques le freinera autant qu'un particulier s'apprêtant à acheter sa maison.»
Besoin de conseils
Bonne nouvelle pour les salariés, près d'un chef d'entreprise sur quatre (23%) considère que la proximité des services (crèche, commerces, etc.) reste importante dans le cas d'une recherche immobilière. Proportion qui monte à 47% pour les plus de 50 salariés. «On voit que les logiques de Responsabilité sociale de l'entreprise (RSE) sont prises en compte.» Enfin, plus généralement, 66% des chefs d'entreprise jugent aujourd'hui difficile voire très difficile la recherche d'un bien. Proportion qui s'élève à 76% quand on distingue uniquement les entreprises ayant un projet immobilier (achat ou location). Le message adressé aux agences immobilières est on ne peut plus clair. Les entreprises veulent du conseil !
Quel regard portent les patrons de PME sur l'immobilier d'entreprise? En lien avec l'institut de sondage TMO Régions, nous avons interrogé les lecteurs du Journal des Entreprises. Forte propension à la mobilité, acquisitions liées à une logique patrimoniale et faible sensibilité à l'argument de la performance énergétique. Voici les grands enseignements de notre enquête.