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Ramery redéfinit sa trajectoire sans rompre avec ses racines
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Ramery redéfinit sa trajectoire sans rompre avec ses racines

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Alors que le secteur du bâtiment se cherche face à un chamboulement de la promotion construction, le groupe nordiste Ramery a fait un pas décisif, fin 2023, en annonçant aller au-delà de ses métiers historiques pour explorer de nouveaux horizons. Une décision pourtant pas si éloignée de la philosophie de diversification et du collectif qui gouverne l’entreprise familiale depuis 1972.

Née il y a un demi-siècle, l’entreprise nordiste Ramery compte quelque 3 000 salariés — Photo : @YMAClandoeil.fr

Au lendemain de ses cinquante ans, l'état-major de l'entreprise nordiste Ramery a choisi l'enceinte de la ferme familiale, désormais transformée en lieu de séminaire, pour révéler son aggiornamento. Ce lieu où l'entreprise du bâtiment s'est lancée en 1972 allait aussi être celui où elle allait annoncer se renforcer considérablement sur certains métiers (l'ingénierie et la performance énergétique) tout en osant, surtout, faire un pas de côté en investissant de nouvelles activités (la production et la distribution de photovoltaïque et de bioénergies). En septembre dernier, Ramery (3 000 collaborateurs, 700 M€ de CA) s'est ainsi affichée pour la première fois aux Assises Européennes de la Transition Énergétique à Dunkerque (Nord). "Les gens venaient nous voir en se demandant ce qu'on faisait là !", s'amuse Matthieu Ramery, qui préside le groupe depuis 2020. "Aujourd'hui, Ramery, c'est du BTP, mais pas que".

Évolution des activités et de l’impact sociétal

Depuis l’annonce, fin 2023, de sa nouvelle feuille de route, qui devrait commencer à impacter ses résultats à horizon 2027, le groupe a précisé ses ambitions et réalisé plusieurs développements stratégiques. En février 2024, il a racheté le département énergie d’AES Dana (à Saint-Laurent-Blangy, Pas-de-Calais), qui construit et maintient des unités de méthanisation, devenu, depuis, Ramery AES. Un mois après, l’entreprise familiale a mis sur pied une agence spécialisée en photovoltaïque dans l’idée de proposer des solutions d’ingénierie pour accompagner ses clients dans la transition vers l’énergie solaire… avant d’espérer devenir elle-même productrice.

Le siège du groupe Ramery est installé à Erquinghem-Lys, dans le Nord — Photo : Jonathan Blanchet

Plus largement, Ramery réfléchit à faire évoluer l’impact de l’entreprise sur l’environnement, et même "sur le vivant", glisse Matthieu Ramery qui envisage de revisiter sa stratégie sociétale, en développant une fondation d’entreprise qui adressera ces sujets. La société familiale n’en oublie pas pour autant la promotion construction, qui a construit l’entreprise et est corrélée à son avenir. "Sa décarbonation est un enjeu majeur".

De la ferme au bâtiment

Cet éventail de diversifications ne jure pourtant pas tant que cela avec la trajectoire du groupe, qui s’est constamment étoffée depuis les premiers jours. Pour filer la métaphore fermière, Ramery n’a jamais mis tous ses œufs dans le même panier. Fils d’agriculteurs, le père de Matthieu, Michel Ramery, décide de lancer son entreprise de travaux agricoles aux côtés de son frère, avec l’aide du tracteur du grand-père. Mais, déjà, il réfléchit à la suite. "L’activité était trop saisonnière, les fermes commençaient à s’équiper", rapporte l’actuel dirigeant. Michel Ramery se lance donc dans la location de matériel de travaux publics.

Michel Ramery, fondateur du groupe Ramery et père de l’actuel dirigeant, Matthieu Ramery — Photo : Maxime Dufour Photographies

La bascule vers l’activité de travaux publics en tant que telle (démarrée en 1982) va réellement se faire à la faveur de chantiers d’aménagement majeurs où l’entreprise va pouvoir tirer son épingle du jeu, comme celui du tunnel sous la Manche, dès 1989, ou le tracé du TGV Nord qui débute l’année suivante. Avec cette nouvelle notoriété en cours d’acquisition, Ramery se lance dans le bâtiment en 1992. "Nous nous sommes toujours positionnés comme une alternative par rapport aux grands groupes, beaucoup moins procédurière, forts d’une forme de bon sens paysan que l’on conserve aujourd’hui", assure Matthieu Ramery qui, pour les mêmes raisons, a toujours refusé de quitter le fief d’Erquinghem-Lys (où l’entreprise a construit son nouveau siège en 2009).

Le virage environnemental

Au mitan des années quatre-vingt-dix, le groupe commence aussi à réaliser ses premières opérations de croissance externe, désormais au nombre de quatre-vingt. Elles lui permettent de s’étendre géographiquement en Hauts-de-France, comme dans des activités nouvelles. En 2000, Ramery amorce un premier grand virage stratégique en se dotant d’une filiale dédiée à l’environnement. C’est par cette porte que Matthieu Ramery entre dans l’entreprise en 2007, comme directeur de l’usine de Harnes, dans le Pas-de-Calais, débauché par son père alors qu’il était ingénieur chez Razel. "Je n’ai jamais eu la pression. La meilleure chose qui me soit arrivée a été de rentrer par ce métier nouveau et unique qu’était l’environnement", songe celui qui a vécu de l’intérieur le développement de l’entreprise.

Matthieu Ramery lors de l’annonce du plan de transformation du groupe de BTP — Photo : Jonathan Blanchet

À l’époque, le fondateur est secondé par son ami Philippe Beauchamps, qui a accompagné de tout temps les croissances externes de l’entreprise. L’actuel vice-président en charge des relations aux entreprises au Conseil Régional des Hauts-de-France prend, à l’arrivée du fils, des fonctions plus officielles pour faire la transmission avec la première génération, pratiquement dix ans avant la disparition du fondateur en 2016. À ce moment-là, Philippe Beauchamps poursuit sa mission : depuis plusieurs mois, le bureau du fils est situé à proximité du sien. Ce dernier prendra ses fonctions à la présidence comme prévu, en 2020, faisant taire des rumeurs de rachat désormais bien lointaines.

La troisième génération dans l’équation

"Ramery restera 100 % familial", maintient avec force Matthieu Ramery. Une dimension réaffirmée depuis juillet 2023, quand la troisième génération a intégré le capital de l’entreprise pour assurer la pérennité du groupe. "Cela me motive à les impliquer davantage à l’avenir. Quand mon papa est parti, je me suis surpris à passer beaucoup de temps sur le sujet de l’actionnariat familial. Je pensais la question accessoire, mais elle dit tout de l’importance du temps long. Nous sommes au tout début de l’aventure. Après tout, une entreprise familiale ne démarre qu’à la deuxième génération !".

"Aujourd’hui, notre réflexion est plus stratégique. On ne change rien, sauf la façon de le faire".

Finalement, la révolution qui s’ouvre aujourd’hui pour Ramery concerne moins les métiers que la méthode. Durant ses cinquante premières années, le groupe a agi par opportunités. "Aujourd’hui, notre réflexion est plus stratégique. On ne change rien, sauf la façon de le faire. Nous devrons nous doter d’un nombre important d’activités. D’où l’importance de mieux structurer notre vision pour ne pas trébucher".

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