À quelques mois des municipales, la Fédération française du bâtiment (FFB) Nord — Pas-de-Calais veut changer de posture. "Nous avons été trop passifs jusque-là", reconnaît son président, Didier Lahure. Forte de plus de 2 600 entreprises adhérentes et 34 000 salariés, la fédération entend se positionner comme un partenaire technique des communes sur l’habitat, l’aménagement et la rénovation.
Installer le dialogue avec les élus
Le logement est au cœur des attentes. Pour répondre aux besoins de la population, près de 200 000 logements neufs seront nécessaires dans les cinq ans en Hauts-de-France et plus de 400 000 à dix ans, selon l’Insee. "Il va falloir construire, mais aussi réhabiliter, avec pragmatisme", souligne Didier Lahure.
Dans son viseur : une application uniforme du ZAN (zéro artificialisation nette). "L’objectif est compréhensible, mais il faut l’adapter. Boulogne-sur-Mer, par exemple, ne peut pas construire sur la mer. Son foncier est limité." Pour le président, les maires doivent disposer de marges d’adaptation. "Ce sont eux qui connaissent les besoins de leur ville."
Rénover ou reconstruire
Sur la rénovation, le discours se veut sans tabou. Dans certains quartiers anciens, notamment du bassin minier, Didier Lahure pose la question : faut-il toujours réhabiliter des bâtis inadaptés aux usages actuels ? "Parfois, reconstruire des immeubles de trois ou quatre étages, mieux pensés et moins énergivores, serait plus pertinent que de s’acharner à rénover." Il cite l’exemple du siège de la fédération, situé boulevard Clémenceau, à Lille, qui va être prochainement revisité : seule l’enveloppe sera conservée. Le cœur sera entièrement repensé pour éviter une nouvelle rénovation dans dix ans. "C’est ce regard technique que nous voulons apporter aux élus."
Même logique pour la transformation des bureaux vacants — nombreux à Lille — en logements, une pratique qui reste encore marginale. "Les modes de vie changent avec le télétravail. Il faut adapter notre vision."
Trésorerie et fiscalité : un enjeu fort
Autre sujet sensible : les délais de paiement dans le cadre des commandes publiques. "Entre les allers-retours administratifs sur une facture et le délai légal, le temps réel n’est pas compté. Or, chaque semaine pèse sur la trésorerie." Dans un contexte de fin de remboursement des PGE et d’attentisme lié aux municipales, ainsi qu’à la loi de finances 2026, le sujet est jugé crucial.
Didier Lahure perçoit d’ailleurs "une légère inquiétude" chez les dirigeants. "Elle revient à chaque cycle municipal, mais cette année elle est renforcée". Et ce, en dépit de grands projets (Canal Seine-Nord, EPR, gigafactories, datacenters) qui offrent de la visibilité. Dans ce contexte, un autre point important est la fiscalité locale, "qui doit rester raisonnable pour soulager les entreprises. 80 % de nos adhérents sont des entreprises de moins de 10 salariés. Ce sont ces derniers et leurs familles qui font vivre les communes".
Refonder le dialogue
Le message de la FFB Nord — Pas-de-Calais est donc clair : associer plus tôt les acteurs du bâtiment aux décisions. "Souvent, la règle arrive d’en haut, et on discute après. Il faudrait l’inverse". Les municipales sont, pour la fédération, l’occasion de refonder ce dialogue, territoire par territoire.