Le dernier scrutin municipal a fait basculer Bordeaux dans un camp politique inédit, les Écologistes. Est-ce que cela a eu un impact sur les entreprises du territoire ?
Un fait notable est l’augmentation de l’impossibilité de rentrer dans la grande ceinture de Bordeaux, avec un impact direct sur le commerce en centre-ville. Je n’ai jamais vu autant de locaux vides depuis 20 ou 30 ans. Et ce ne sont pas que des enseignes de vêtements. L’ensemble de l’activité économique est concerné puisque 80 % des entreprises de Gironde sont dans la métropole. Ne plus pouvoir entrer en ville touche tout le monde, notamment le tourisme, les cafés-hôtels-restaurants, ne serait-ce que via les livraisons, l’approvisionnement ou le recrutement. Les salariés qui ne peuvent rentrer dans la ville, se garer, ne viennent plus. Tout est interdépendant.
Une centaine de patrons ont signé une tribune en faveur d’un candidat, qu’en pensez-vous ?
Nous sommes tous très préoccupés. C’est la première fois que le monde économique — les syndicats patronaux, les fédérations de métiers, les clubs de dirigeants, etc. — est aussi intéressé par les municipales. Nous allons tous à la rencontre de candidats pour les interroger sur leurs objectifs, notamment je pense pour anticiper les impacts. Nous avons pris conscience que la Ville a besoin des chefs d’entreprise et inversement. Nous sommes dans un contexte d’instabilité nationale, régionale, avec une fragilité des comptes publics et un manque de visibilité. Les acteurs avec lesquels on peut le plus interagir ce sont les élus locaux.
"On a péché pendant six ans d’un manque de compréhension et d’écoute."
Aujourd’hui qu’attendez-vous des prochaines élections ?
Nous voulons créer de la valeur économique, travailler en bonne intelligence. Nous cherchons la sérénité dans un contexte très compliqué. L’accessibilité d’une ville contribue à son attractivité, qui rayonne sur sa métropole, sur le département, sur la région. Aujourd’hui, des habitants d’Angoulême, à une heure de Bordeaux, préfèrent aller à Paris. La CPME elle-même vient de déménager, quittant Bordeaux pour des locaux hors de la ville — au Cockpit à Mérignac -, pour être accessible par l’ensemble de nos adhérents de Gironde. L’accessibilité est un point prégnant, l’insécurité aussi est un sujet. Les acteurs municipaux sont extrêmement importants pour coconstruire.
Les résidents de Bordeaux intramuros, pour peu qu’ils y travaillent aussi, accueillent plutôt bien les mesures visant à limiter le nombre de voitures. Or, ce sont eux les électeurs. N’y a-t-il pas deux mondes ?
Évidemment. Mais si plus personne ne peut rentrer il n’y a plus de commerces ni de touristes dans les musées, ni de clients dans les restaurants. Si l’activité économique dans la ville disparaît, l’attractivité qui fait que ceux qui y habitent s’y sentent bien disparaît aussi. L’isolationnisme ne permettra jamais une pérennité.
N’est-ce pas ce qui complique le dialogue entre les acteurs économiques et les élus ?
Il y a une incompréhension entre les deux mondes. Les candidats qui feront le lien seront mieux écoutés. On a péché pendant six ans d’un manque de compréhension et d’écoute.
Est-ce différent d’il y a six ans ?
Nous sortions du Covid avec une absence de liberté. Les élections de 2020 étaient différentes et sont, à mon avis, arrivées à un mauvais moment. Les questions d’insécurité et de mobilité n’avaient pas lieu d’être puisque les électeurs étaient restés chez eux pendant trois mois.