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Pourquoi la compagnie maritime normande Towt menace de quitter le pavillon français
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Pourquoi la compagnie maritime normande Towt menace de quitter le pavillon français

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Basée au Havre, la compagnie maritime de transport de marchandises par cargo-voilier Towt envisage d’abandonner le pavillon français pour garantir sa survie. En cause, la loi de financement de la Sécurité sociale entrée en vigueur le 1er mars 2025 et qui a supprimé l’exonération de cotisations patronales.

Guillaume Le Grand, CEO de TOWT, se dit dans l’obligation de dépavillonner son entreprise — Photo : Anne Beauge

C’est un véritable coup de tonnerre : Towt (TransOceanic Wind Transport), compagnie maritime normande spécialisée dans le transport de marchandises à la voile fondée en 2011, s’apprête à abandonner le pavillon français et à quitter son port d’attache du Havre.

Fin d’exonérations de cotisations patronales

En cause, la loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2025 adoptée le 28 février dernier, qui met fin aux exonérations de cotisations patronales dont bénéficiaient les armateurs français depuis 2016 grâce à la loi "L’économie bleue". Cette loi dispensait tous les navires battant pavillon français soumis à cotisation internationale, afin de favoriser leur compétitivité.

Fleuron national du transport de marchandises décarboné, la flotte de Towt est composée de deux voiliers de classe Phénix. Ils sont capables de convoyer chacun l’équivalent de 180 EVP en réduisant de 95 % les émissions de CO2 par rapport à un navire moyen sur les lignes transatlantiques.

20 000 euros de plus par mois

Guillaume Le Grand, président de Towt, ne décolère pas. "Concrètement, il s’agit d’une augmentation de 20 % des charges sociales, soit 20 000 euros par mois". Le pionner du transport de marchandises par cargo-voilier emploie 48 salariés dont 30 marins, tous français. "La République française châtie le personnel d’exécution français. On tire le tapis sous le pied des armateurs français", lance le dirigeant.

"Dépavillonner est la seule option"

Pas question pour autant de mettre la clé sous la porte, Guillaume Le Grand se montre parfaitement résolu à poursuivre son activité. "Dépavillonner est la seule option", assure-t-il. Où et quand ? L’armateur se refuse à annoncer les possibilités qu’il envisage. "Nous sommes libres. On est capable d’être décisif avant l’été", précise-t-il.

Malgré ces difficultés, les projets d’agrandissement de la flotte en 2026 ne sont pas remis en cause, "les six prochains navires sont déjà commandés et financés", assure le directeur général.

Le gouvernement change de cap

Comment comprendre ce revirement gouvernemental, après la signature d’un pacte entre les acteurs du vélique (transport de fret par navires à voiles), le ministère de l’Économie et le secrétariat d’État de la mer en mars 2024 ? À l’époque, "l’État s’engageait à accompagner la montée en puissance du secteur pour en faire une solution de référence dans la décarbonation du transport maritime", selon les termes de l’association Wind Ship, regroupant les principaux intervenants du secteur.

"Il s’agit d’un rendez-vous manqué", déplore Guillaume Le Grand. Plus encore, il estime que le syndicat Armateurs de France, auquel Towt adhère, ne défend pas le vélique. "Pourtant, les navires de son président (Édouard Louis-Dreyfus de Louis Dreyfus Armateurs, NDLR) bénéficient de cette exemption". Tout comme Lise Detrimont, déléguée générale de Wind Ship, Guillaume Le Grand réclame un cadre législatif favorable pour soutenir le secteur vélique.

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